Kacey Musgraves

Kacey Musgraves, la rebelle texane

C’était le 6 novembre dernier, à la Bridgestone Arena, au cœur de Nashville. Une jeune femme monte sur le podium. Simple, tout de jaune vêtue, la belle jeune femme reçoit sa première récompense nationale : New Artist of the Year. « C’est impressionnant ce que 52 semaines peuvent faire à une personne », a-t-elle déclaré lors de la conférence de presse des 47th Country Music Association Awards. Nominée 6 fois dans cette même cérémonie (sur 12 catégories), Kacey Musgraves n’en fait pourtant pas toute une histoire. Oui, on l’a censurée (dans son dernier single, on parle de « joint », et à une heure où des millions d’Américains regardent la télévision, cela ne passe pas). Et oui, Miranda Lambert, pour qui elle a écrit une chanson et qui est devenue une superstar à Nashville, l’a battue sur le fil pour le titre de Female Vocalist of the Year. Kacey Musgraves fait sauter les tabous et cultive sa vie différente.

Kacey Musgraves, rebelle jusqu'à la pointe des cheveux.

Kacey Musgraves, rebelle jusqu’à la pointe des cheveux.

Kacey est née dans une petite ville à l’Est du Texas, Mineola, en 1988. A l’époque, Georges Bush, autre texan, devient président des Etats-Unis. Au Nord-Ouest de cette ville, un bourgade où Kacey résidera durant son enfance, après la naissance de sa jeune soeur, Golden. A 8 ans, elle commence à chanter, avec sa mandoline (son premier instrument) devant des parterres d’inconnus. Plutôt des chansons traditionnelles, tirées du répertoire de Roy Rodgers, un chanteur de Western Swing, yodels et compagnies. Mais, autour d’elle gravitent aussi les idoles normales des années 90 : les Spice Girls, N’Sync. A 12 ans, elle reçoit en cadeau une guitare Stargazer. Nous sommes le jour de Noel de l’année 2000.

Son professeur de guitare lui fait maîtriser les bases de l’instrument (elle reconnaît : « je ne suis pas de celles qui maîtrisent la technique comme personne »). Son but avoué : écrire une chanson. En pleines études supérieures à Austin, elle décide de partir à Music City, s’étant fait éliminée, sans regrets, en 7ème position dans l’émission Nashville Star, sorte d’American Idol pour musiciens country. Après quelques aventures sur Warner Bros, elle décide de rejoindre le label indépendant Lost Highway Records, correspondant plus à sa facette rebelle. Cette étape est celle qui est la plus importante pour elle : elle a pu comprendre, comme le lui souhaitait le fondateur de ce label, « qui elle était ».

Car la jeune texane, 24 ans aujourd’hui, est toujours là où ses intuitions et son cœur la guident. Et souvent, Kacey se mobilise sur des thèmes qui sont encore tabous chez les texans et amoureux de la country « old time ». Au programme de Same Trailer Different Park, les substances illicites (le « joint » de Follow Your Arrow ou encore Blowin’ Smoke), mais aussi les relations humaines, comme dans la magnifique et tragique ballade It is what it is. Son dernier single, Follow Your Arrow, engage ses auditeurs à tout simplement faire ce qu’ils veulent. Sorti au moment de la polémique américaine sur le mariage gay, Kacey rappelle cependant qu’elle a toujours « séparer musique et politique. Mais d’un autre côté, musique et politique s’influencent. Regardez les années 60 et 70. »

Supportrice au nom de la liberté du mariage gay, elle refuse de se coucher devant le poids de la tradition. Premières phrases de son tube Merry Go Round : « Si tu as deux enfants et 21 ans/tu mourras probablement seule/C’est au moins ce que t’a dicté la tradition ».  L’idéal de vie de Kacey Musgraves est contenu dans cette quarantaine de minutes : dans Step Off, elle nous interpelle sur la nécessité d’aller toujours plus haut, au risque de se retrouver seul et con. Optimisme et liberté, oui. Même lorsque les chagrins d’amour sont présents. Cet amour et cette confiance qu’elle recherche dans la chanson Back on a map. Son succès (42 000 ventes d’albums la première semaine, devancé seulement par le nouveau Justin Timberlake) confirme aussi le besoin de femmes talentueuses dans la musique country, encore trop réservée aux hommes.

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We’re just blowin’ smoke…

Ses idoles sont Johnny Cash, Dolly Parton, Loretta Lynn… des hommes et des femmes, avec poigne, qui ont cassé le système. Kacey Musgraves entre dans la cour des grands avec Same Trailer Different Park, car son style musical est radicalement différent de celui de Taylor Swift, dont elle récupère parfois le grain de voix. La jeune texane le déclare bien au site American Songwriter : « Ma voix est indéniablement country, et j’adore la musique country. Est-ce que j’aime en quoi elle s’est transformée ? Non, vraiment pas. […] Mon meilleur compliment est quand quelqu’un me dit : je déteste la musique country, mais j’aime votre musique ». En réalité, Kacey Musgraves est l’anti-Taylor Swift : non, elle ne veut pas chanter des chansons à propos des « trucks » ou « tanlines », mais des chansons à propos de la vie, de la solitude, des chansons qui dérangent, qui dénoncent… La mandoline, la steel guitar résonnent dans chaque chanson, sans aucun rythme « dance », ni aucune guitare stridente, dix ans après le succès de Toby Keith avec sa chanson conservatrice défendant le drapeau américain  Courtesy of the Red White and Blue. Le secret du succès ?

En tout cas, lors d’une soirée au Ryman Auditorium (une des scènes les plus renomées de Nashville), Kacey Musgraves était au rendez-vous, au côté de George Strait (une des plus grandes stars country, aussi texane, et cultivant la musique traditionnaliste), Lionel Richie, Scotty McCreery (ancien vainqueur d’American Idol), et Luke Bryan. Elle et Strait gagneront la soirée à l’applaudimètre. En novembre, elle remporte l’award du New Artist of the Year, lui le très prestigieux award d’Entertainer of the Year.

La fronde gagne Music City et son industrie musicale, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Et la personne qui mène les frondeurs est une femme : elle s’appelle Kacey Musgraves.

 Mickael Chailloux

3 réflexions sur “Kacey Musgraves, la rebelle texane

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