Jake Bugg

Live report : Jake Bugg @L’Aeronef Lille, 22/11/2013

Jake Bugg, le nouveau prodige de la folk est de retour avec son nouvel album Shangri-La. A seulement 19 ans, il en est déjà à son deuxième opus produit par le monstre Rick Rubin (Black Sabbath, Johnny Cash, Red Hot Chili Peppers…). Pour le présenter à son public, il est passé par Lille, dans la petite salle de l’Aéronef, lors de sa tournée européenne. L’occasion de cerner le personnage pendant ces deux heures au pied de la scène.

 British-attitude, bière et rock’n’roll.

Vendredi 22 octobre, dans le centre de Lille rue Willy Brandt, la file d’attente ne paraît pas très longue, devant l’Aeronef. La salle, au sommet d’un immeuble de métal peut accueillir 2000 personnes, c’est donc un concert plus intimiste qu’un Zénith, en perspective. Les gens qui attendent sont de tous les âges et de tous les styles : jeunes rockeurs, hipsters, midinettes à tendance groupies, quadra en manteau long… Les portes s’ouvrent, les videurs fouillent, et les tickets sont arrachés. Je me suis toujours dit qu’un concert doit être vécu au plus proche de l’artiste. Aussi, je me suis retrouvée au quatrième rang, derrière quatre grands mecs qui me cachaient la vue. A force de jouer des coudes pendant la première partie assurée par HoneyHoney, je suis finalement parvenue à trouver un bon poste de vue. Le public promettait d’être bien vivant ce soir : HoneyHoney, bien que méconnu, fut acclamé comme des princes. Ce couple de chanteurs et guitaristes folk, qui alternent entre bonjo, acoustique et électrique nous on offert une mise en bouche country et entrainante. Le tout accompagné d’une voix féminine mélodieuse, qui a su capter l’attention du public. Dieu merci, ce soir la première partie ne sera pas ennuyeuse ! Mais il est 21h30, et Jake Bugg ne va pas tarder à arriver. Sur scène, les techniciens s’affairent aux derniers réglages. Dans le public, on entend des Flamands, des Anglais, des Français, mais surtout un gars un peu bourré qui insulte à peu près tout le monde autour de lui. La sécurité ne tarde pas à se montrer quand celui-ci s’en prend à une dame relativement mûre. Le contexte est donc posé : une petite salle, de la bière qui coule à flot et un public impatient. 21h45, Jake Bugg montre enfin le bout de son nez. Sous ses paupières tombantes, son regard hautain balaye la salle. Il a mis un petit polo tout simple aux motifs plus loufoques, un jean et des baskets noires. Il n’est pas très grand et il fait bien plus jeune que son âge. Sans transition, il démarre avec la première chanson de son nouvel album : There’s A Beast And We All Feed It. A la fin du morceau, le public l’acclame, l’applaudit, clairement, tout le monde l’attendait avec un enthousiasme démesuré. Il remercie calmement et d’une voix extraordinairement grave (en total contraste avec sa voix chantée un peu nasillarde) en français : « Merci beaucoup. » L’audience frappe des mains. Le concert peut enfin sérieusement commencer.

Jake Bugg Photo: Aurélie Da Clara

Jake Bugg Photo: Aurélie Da Clara

La setlist de la soirée est une vraie réussite. Le chanteur Anglais a alterné de façon tout à fait équilibrée, entre titres énergiques et chansons romantiques. Il a choisi les morceaux qui marchent le mieux, pour faire chanter un public fidèle, avec des morceaux du premier album (Trouble Town, Taste It, Seen It All) et des ballades qu’il a interprétées avec une émotion désarmante, telles que Pine Trees et Simple At This. Broken, qu’il introduit en Anglais, scotche la salle toute entière, qui peu à peu se tait complètement. Alors que les dernières notes ne vont pas tarder à sonner, un imbécile se met à applaudir en criant (on remercie la bière), et gâche par la même occasion la chanson, qui aurait dû faire place au silence avant d’être applaudi. Même Jake  a l’air déçu de ne pas avoir eu droit à un moment d’émotion intense avec le public, et laisse pendre sa guitare à son cou avant de nous tourner le dos. Ce concert fut également l’occasion de mesurer l’étendu du talent technique du jeune chanteur. Jake est un musicien, c’est une évidence. Il a su brillamment transformer des morceaux country plutôt calmes, en de véritables titres rock, avec un riff plus agressif, comme Country Song, ou encore Messed Up Kids. Il se fait plaisir avec des solos sur Slumville Sunrise, le dernier single de Shangri-La ou encore sur What Does’nt Kill You, tout en arpentant la scène de gauche à droite. Scéniquement, d’ailleurs, il semble très à l’aise. Il échange brièvement avec ses musiciens mais n’a interagi avec le public qu’une seule fois : il a suffit qu’un fan lui crie de sourire : « Smile Jake ! Smile please« . Le jeune guitariste, gêné et amusé, a tenté de réprimer un sourire mais trop tard, le public crie, ravi : Jake Bugg, le boudeur a souri ! Le miracle de la soirée en somme… Cependant, il n’en reste pas moins froid avec son public. Le regard sérieux, l’attitude prétentieuse, ce gamin de 19 ans a clairement conscience de l’effet qu’il a sur ses spectateurs. Au rappel, il reprend une chanson de Neil Young, qu’il interprète à merveille, Hey Hey, My My, et termine le concert sur Lightining Bolt en jetant ses médiators à la manière d’un roi qui lancerait des pièces aux pauvres de son royaume. Fort heureusement, il remercie son public presque entre chaque morceau, toujours en français.

Jake Bugg Photo: Aurélie Da Clara

Jake Bugg Photo: Aurélie Da Clara

 C’est donc un concert réussi pour Jake Bugg. Le public, même si un peu pénible, est ravi et a très bien reçu les nouvelles chansons de l’album. Pas de souci à se faire, donc, pour les ventes de Shangri-La du côté des Lillois, et espérons-le, des Français. Le songwriter a prouvé ses talents de musiciens en plus de ses talents de compositeur, et montre par la même occasion son aisance scénique. Sa plus grande force est sûrement d’être parvenu à revisiter des morceaux de l’album précédent dans un univers plus rock et surtout plus adapté à la scène. Et aussi étrange que cela puisse paraître, sa froideur et sa condescendance n’auront pas eu d’impact négatif sur l’audience, au contraire. Il semblerait même que cela excite la foule. Encore un anglais qui se prend un prince, fidèle à leur réputation décidément… (Les frères Gallagher si vous m’entendez !)

Juliette Geenens

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