Vesper Land

Après Blake, c’est Dickinson : Vesper Land remet le couvert !

Nous vous avions déjà parlé de Vesper Land lors d’une interview (ici), à l’occasion de la sortie d’un Ep-project reprenant des poèmes de William Blake. Vesper Land, c’est Mikael Cointepas, multi instrumentiste vivant à Lyon, et passionné de musique et de poésie. En fin je le suppose puisque son second projet, qui vient tout juste de sortir propose une mise en musique de textes d’Emily Dickinson, poétesse américaine (1830-1886). L’occasion d’allier culture et passion, en une seule galette de dix pistes, différentes mais constituant un ensemble cohérent  niveau ambiance.  Des projets comme ceux de Vesper Land me touchent beaucoup. D’une part j’aime le rock, le folk mais aussi la poésie. Toutefois cela ne s’arrête pas là, j’aime aussi les rencontres avec des personnes qui ont une réelle démarche artistique et qui, en plus ont du talent à mettre au service de leurs projets.

Ten Poems of Emily Dickinson

PdR : Ton Ep m’avait laissé sur ma faim avec ses 6 titres. L’attente fut longue mais te voici aujourd’hui avec un album de 10 titres reprenant des poèmes d’Emily Dickinson. Comment est né le projet ?

Le premier disque, avait un coté spontané, un peu sur le fil. J’aime vraiment cette dimension, mais j’avais depuis longtemps envie de réaliser un disque plus «étoffé», plus abouti sur le plan de la production et des arrangements en particulier. Mon premier instrument étant la batterie, j’avais à cœur d’y chercher un son particulier par exemple. Je pensais aussi à certains musiciens ou musiciennes que j’avais envie d’inviter. Et puis je suis tombé sur les textes d’Emily Dickinson, et ça a été vraiment une belle découverte. Une œuvre très singulière, et très inspirante.

Pigmy seraphs gone astray,
Velvet people from Vevay,
Belles from some lost summer day,
Bees’ exclusive coterie.
Paris could not lay the fold 5
Belted down with emerald;
Venice could not show a cheek
Of a tint so lustrous meek.
Never such an ambuscade
As of brier and leaf displayed 10
For my little damask maid.
I had rather wear her grace
Than an earl’s distinguished face;
I had rather dwell like her
Than be Duke of Exeter, 15
Royalty enough for me
To subdue the bumble-bee!

PdR : Ton Ep sonnait folk anglais, ton album sonne très américain avec des emprunts au rock, au folk mais aussi à la country. Y a-t-il un rapport à leur nationalité respective ?

Toutes ces musiques me touchent énormément, mais je ne crois pas que j’avais en amont la volonté d’imprégner une couleur particulière en fonction de l’origine de l’auteur. Leurs écritures sont assez différentes, même si certaines personnes les rapprochent. Je pense que ça a joué, mais j’ai surtout pris beaucoup plus de temps pour cet album, j’ai essayé beaucoup de choses. Il est peut être plus contrasté, enfin, il présente plus de facettes différentes.

PdR : L’Ep reprenant les textes de Blake était très intimiste, comme si les chansons s’étaient retrouvées enregistrées par accident. Cet album, au contraire, semble plus généreux, comme si tu voulais nous faire partager les poèmes que tu as choisis. Est-ce une démarche consciente de ta part ?

Je pense que j’avais vraiment envie de partager ce qui me touchait dans les textes de Blake, ce qui a changé tient sans doute au fait que je me suis plus approprié le fait de chanter, je me sens un peu plus en confiance la dessus depuis quelques temps. Et puis L’EP a été fait en quelques jours alors que pour cet album j’ai mis plus ou moins deux ans. 

PdR : J’aime le côté planant de Pigmy Seraph et ce son de guitare en arrière plan, comme si le poème avait plusieurs couches de lecture. Et en même temps j’ai tout de suite accroché au rock sombre de The Doomed, ou au semblant de légèreté que pose Hope is The Thing. J’ai eu du mal à savoir si j’ai un morceau préféré, et toi ?

Pour moi les morceaux on une résonance particulière, parce qu’au-delà du sens des textes ou de la musique, ils sont  liés à des moments. Par exemple It Was Not Death à été enregistrée en prise live, dans un appartement lyonnais. Si on tend vraiment l’oreille on peut entendre des voitures passer sur le quai en dessous. Ce moment là est vraiment un super souvenir musical, les prises de voix de Marie Daviet dans l’instrumental de Pigmy Seraph sont un super souvenir aussi, il y en a beaucoup d’autres…

PdR: Si j’avais identifié une rumeur de fond sur It Was Not Death, j’aurais été infoutu de te dire qu’il s’agissait de celle de la rue (rires)… She Dealt inclus une ligne de piano, mise bien plus en évidence que sur d’autres morceaux de l’album. Comme rien n’est fait au hasard, j’ai envie de te demander : Pourquoi sur celle-ci ? Y a-t-il une raison qui a guidé ton choix ? 

Oui, il y’a du piano sur cinq titres (1;2;7;8;9), et dans She Dealt, pour moi, le piano amène une douceur qui contrebalance un peu le coté aride des guitares. Selon les titres le piano a un traitement particulier. J’aime assez le son de piano droit un peu «étroit » qu’on retrouve dans certains titres des Beatles. Dans « There Is A Certain Slant Of Light », il y’a deux pianos différents, un qui joue les basses, ou on a cherché à avoir de l’ampleur, l’autre plus droit sur une autre piste vers la fin. Il y a aussi le Rhodes et la harpe qui amènent ce truc cristallin que j’aime beaucoup. Il y’a toujours un équilibre a trouver, ce n’est pas chose facile. J’ai essayé de ne pas trop penser en temps qu’instrumentiste lors du mix, mais plutôt de garder une vue d’ensemble, en prenant parfois du recul. J’aime de plus en plus cet aspect du travail. 

Mikael C

PdR : Plus largement, comment s’est effectué le choix des instruments pour ce projet ? Le passage de la Télécaster à la Gretsch bien-sûr, même si nous en avons déjà parlé par ailleurs, mais aussi tout le reste…

J’ai commencé par faire une première série des maquettes chez moi, vraiment tout seul, avec pas mal de pistes d’instruments virtuels. Ce qui se dessinait alors c’était un album avec d’un côté, cinq titres plutôt intimistes dans la ligne du premier disque, et d’un autre, cinq titres plus électriques, et plus appuyés, avec batterie, basses, claviers et autres.  Il y a sept musicien(ne)s invités sur le disque, on retrouve Anthony Castin  le harpiste du premier album, Mat Davallet au pedal steel, Alice Perret aux Rhodes et orgues, Jeanne Garraud au piano, Marie Daviet joue du cornet a piston, des Flûtes en bambou et fait des choeurs, de même que Marie Garcin, qui se produit avec moi sur scene. Il y’a aussi la gretsch de Frederic Bobin sur un titre. Une fois les « vraies » rythmiques enregistrées. j’ai fait des propositions aux invités, certains ont rebondi dessus et amené des idées à leur tour. Beaucoup de parties sont venues lors de l’enregistrement, avec le son, j’ai parfois modifié la structure des morceaux en fonction de ce qu’il ressortait de tout cela. Le résultat final est, pour certains titres, très éloigné des maquettes de départ.

PdR : Comment s’est déroulé l’enregistrement de cet album ?

Ca s’est beaucoup étalé dans le temps. J’ai bossé dans plusieurs lieux. La plupart des batteries, des guitares électriques et basses ont été enregistrées en plusieurs sessions au studio de Gérard Lavigne dans la Drôme. C’est la qu’on a fait le mixage, aussi. Les guitares folk et autres instruments acoustiques ont étés enregistrés avec Marc Arrigoni dans son studio (Paon Records) en Chartreuse. Les invité(e)s ont quasiment tou(te)s été enregistré(e)s dans des lieux différents, j’ai fait des prises chez moi également, ainsi que les voix. En somme, J’ai joué la plupart des rythmiques (batterie, basse, guitares, contrebasse). C’était un point important pour moi, même si j’aime plutôt faire des prises « live » par ailleurs. Pour les invités, j’avais des couleurs d’instrumentations en tête, mais j’ai surtout fonctionné avec les musiciens dont j’aimais le son, la sensibilité. C’est très émouvant d’entendre des musicien(ne)s qu’on estime beaucoup jouer sur ses morceaux et leur donner un nouveau caractère, une nouvelle énergie.

Vesper Land sur bandcamp

PdR : Le final de l’album, Split The Lark, m’a fait pensé à Nick Drake : le petit bruit de glissement des doigts sur les cordes, le son fluté, la façon de faire rouler tes arpèges, ta voix placée plus haute… Quelles ont été tes influences musicales ?

Merci ! C’a n’est vraiment pas évident à résumer. Il y a beaucoup de choses très diverses, en ce moment j’écoute du classique et de l’électro par exemple, j’ai bien eu ma phase hiphop aussi il y’a quelques temps (rires…) Je crois que je suis d’un naturel dispersé, c’est pour ca que je joue de plusieurs instruments, ça se ressent aussi dans la musique que j’écoute. Disons que dans Vesper Land j’essaie de faire de ce défaut un avantage. J’ai aussi une écoute particulière pour les producteurs (au sens anglo saxon du terme). J’aime le travail de gens comme Rick Rubin, Daniel Lanois ou Nigel Goodrich  par exemple, pour en citer des connus… Et puis je pense aussi être beaucoup influencé par les musiciens avec qui je joue, ou que je côtoie. Certains sont dans le disque d’ailleurs…

Crédits @ Elton Cardon

                                                               Crédits photo @ Elton Cardon

 

PdR : Lors de notre interview pour le premier projet de Vesper Land, tu avais dit que tu aimerais tourner plus mais que tu étais en pleine construction. Et maintenant ? Es-tu prêt à te lancer sur des routes plus éloignées de ta région ou est-ce encore trop tôt ?

Je pense que je suis prêt musicalement et techniquement. Les difficultés sont d’un autre ordre, je bosse beaucoup comme musicien accompagnateur à coté (c’est mon job) et je suis déjà beaucoup sur la route. J’avoue avoir parfois du mal à mener de front les deux aspects de mon travail.  Je suis aussi confronté aux mêmes difficultés que la plupart des artistes émergents. La musique que je fais est plutôt intimiste et ça n’est pas toujours évident de trouver des conditions d’écoute appropriées, dans l’univers des musiques actuelles. J’essaie de faire le maximum de choses moi même, mais je me rends compte des limites de ce fonctionnement. Sur certains aspects, je ne suis vraiment pas performant (rires).  En tout cas j’aime beaucoup faire de la scène, en ce moment je joue pas mal en trio avec une batteuse et un contrebassiste. Il m’arrive de jouer dans d’autres formules aussi. J’espère tourner plus dans les temps qui viennent.

PdR : Je te verrais bien au Connexion Live à Toulouse, je pense que ce bar-scène se prêterait bien à ton live. Peut-être qu’un jour nous pourrons nous y croiser, je l’espère en tout cas. En attendant je te remercie de nous avoir consacrer un peu de ton temps, et comme dit, si tu viens sur Toulouse, tu sais comment nous contacter, on se fera une joie d’aller faire un Live-report de Vesper Land !

Propos recueillis par Greg Pinaud-Plazanet

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