Nada Surf

L’edito du Lundi

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Un Edito encore un peu particulier aujourd’hui puisqu’il s’agit plus d’un Live Report. Mais j’ai eu envie de marquer le coup après la formidable énergie ressentie au Krakatoa, mercredi dernier. Alors vous me demanderez surement : « Mais pourquoi ne pas en faire un Live Report et le publier dans la foulée vendredi dernier? ». Non, vous ne me le demandez pas, tant pis, je vais tout de même vous répondre: simplement parce que cela fait deux fois que je repoussais la publication d’une interview de Vesper Land en raison de l’actualité (la disparition de Prince en première ligne), et que comme tout artiste, ce dernier a aussi une actualité et il me paraissait normal de ne pas encore une fois le faire passer après un autre. Surtout que Vesper Land tient une place spéciale dans ma discographie personnelle. Bref, aujourd’hui donc, je vais essayer de vous retranscrire le moment, assez magique, que nous avons vécu le 27 avril dernier à l’occasion du concert de Nada Surf.

Pour beaucoup, Nada Surf est un vieux groupe, High/Low, leur premier album, datant tout de même de 1996. De plus beaucoup assimilent encore, à tort ou à raison, Nada Surf au gros tube de l’époque qu’a été Popular. Pourtant, la vie du groupe ne s’est pas arrêtée là, loin s’en faut. High/Low a été suivi de Proximity Effect, autre très bon album d’ailleurs, puis par 6 autres Lp et quelques beaux lives dont l’excellent triple Lp Live at The Neptune Theatre, enregistré à l’occasion de leur passage à  Seattle en 2012, et sorti en 2015. Et le problème est bien là. Si toutes les radio s’étaient emparées de Popular pour le diffuser en boucle, les maisons de disque recherchaient dans les albums suivant, des singles aussi puissants et surtout payants. Nada Surf, sur ce point, ne s’est pas laissé embobiné et a préféré persévérer dans sa ligne artistique personnelle, se foutant de sortir des tubes à tout va et préférant solidifier ses bases et sa vision. Grand bien leur en a pris.

Du coup, nous avons certes eu droit, au fil des années, à des morceaux moins commerciaux, si tant est que l’on puisse taxer Popular d’un tel adjectif puisqu’il n’a pas été composé dans ce but précis, mais ayant le mérite de construire l’architecture musicale du projet Nada Surf, qui allait, elle, perdurer dans le temps.

Vingt ans, déjà…

Mon premier concert de Nada Surf remonte à 1997, lors de leur venue à Bordeaux, au moment où j’y habitais encore. Un concert énergique et électrisant dans un écrin emballé d’une bonne dose de simplicité. A la sortie du concert, alors que nous étions les derniers à traîner nos grolles sur le parvis de la salle de concert, Matthew Caws et Daniel Lorca se pointaient pour l’un, prendre l’air, l’autre se griller un clope. Sauf qu’étant en rade, il en profita pour nous en demander une et là, s’installait une petite conversation, en toute décontraction, les deux acolytes parlant impeccablement français. Puis, comme beaucoup, nous avons suivi les diverses sorties d’albums du groupe, en préférant certains à d’autres mais trouvant toujours de l’intérêt pour leur démarche artistique qui en faisait un groupe à part.

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Nous avions ensuite croisé Matthew lors de son périple vacancier à travers l’Europe, un peu par hasard, dans une petite salle de Toulouse, à la fin de l’année dernière et nous avions à nouveau échangé quelques mots avant et après son concert intimiste durant lequel ont filtré quelques morceaux de ce qui allait être l’album You Know Who You Are. Lorsque je dis que nous avons échangé quelques mots, n’allez pas croire que je me la pète et que je lui tape l’accolade, non. Le fait est que Matthew (et Daniel d’ailleurs, mais pour l’occasion ce dernier n’était pas présent) est un type simple, aimable et d’un contact facile. Et d’ailleurs, ce soir-là, nous n’étions pas les seuls à avoir pu lui parler. Enfin bref, il nous avait annoncé une tournée mais ne connaissait pas les dates et nous avons surveillé les remous du web donc, pour réserver une place dans l’une des salles proches de chez nous. Il se trouve que le choix s’est porté sur Bordeaux, car, vingt ans après mon premier concert de Nada Surf, quoi de mieux que de revenir sur les lieux du crime…

Une célébration

Le concert de jeudi dernier a démarré en trombe et c’est peu dire. Pour autant nous avons eu droit à des moments de détente, sortes de bulles d’oxygène improvisées. Par ici avec quelques mots échangés entre le public et Matthew, là avec une anecdote ou deux de la part de Daniel (notamment sur un trip coupe-tifs  chez le coiffeur du coin avec son frère, très amusant). Les deux compères étaient manifestement très heureux d’être là et ne nous ont pas ménagé une fois l’ambiance électrisante installée. J’ai pour le coup, eu l’occasion d’apprécier un public bordelais, de tous âges (Daniel a d’ailleurs remercié l’ancienne génération d’avoir emmené la nouvelle), chaud bouillant et cela m’a fait plaisir. D’entrée de jeu, Matthew nous annonçait une set-lest fournie sous-entendant qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Vingt morceaux menés à tombeau ouvert ont donc littéralement emporté le public, avec en signe de célébration pour leur relation particulière à l’endroit, une petite demande du groupe sur l’un des morceaux, plus calme. Le public s’est empressé d’exécuter la requête en se balançant en rythme de droite à gauche. Cela fait toujours une forte impression que de se retrouver, tous ensemble, dans un mouvement commun. Même si l’on ne connait pas ses voisins (bon moi, j’étais entouré d’amis, je parle donc en général), cela donne toujours l’impression d’avoir partagé quelque chose de fort. Lors d’un autre morceau, Matthew a demandé au public de reprendre Fuck It ! au moment adéquat de la chanson Blankest Year. Le public a suivi, trop heureux de participer, encore une fois.

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Parmi les morceaux joués ce soir-là, nous avons eu droit à peu de nouveaux morceaux finalement: Cold To See It Clear, Believe You’re Mine, Friend Hospital, New Bird, Out of The Dark, Animal. Enfin, cela fait tout de même six sur les dix pistes que compte le nouvel album… En comptant le rappel, cela fait donc dix-huit morceaux plus anciens que le public a, bien souvent, entonné de concert avec le groupe, tels de vieux hymnes fédérateurs. Oui car il y a eu quatre morceaux en rappel standard, dont le fameux Popular et Always Love. Je dis « standard » car, lorsque le concert s’est terminé, que les lumières se sont allumées et que la musique de fin a retenti, le groupe est revenu sur scène pour prolonger l’ivresse, mais cette fois en acoustique, loin des micro. Seul Matthew et leur guitariste (l’excellent Doug Gillard, qui les avait rejoint en 2012 pour The Stars Are Indefferent to Astronomy), sur l’un des morceaux bonus, jouait l’accompagnement sur guitare(s), les autres faisant les cœurs, le tout à très bas volume, mais croyez-moi, il n’y avait alors pas une mouche qui osait nous voler ce moment de pure magie (notez le jeu de mot…), dernier cadeau du groupe avant leur départ vers Madrid où les attendait la suite de leur tournée européenne.

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L’osmose ?

J’ai, comme beaucoup d’entre vous surement, vécu quelques concerts où le public était en véritable osmose avec le ou les artistes passant sur scène. Mais rarement cela aura été une épiphanie. Il n’y a bien qu’avec Patty Smith que cela m’était vraiment arrivé à ce niveau. Et Nada Surf, dans un autre style et une autre approche, a su sortir le meilleur du public bordelais ce soir-là en offrant sans réserve. A la sortie tout le monde avait le sourire aux lèvres, avait la satisfaction d’avoir eu ce pourquoi ils étaient venus, et même bien plus. C’est là toute la générosité d’un groupe comme Nada Surf. Ce concert restera pour ma part une marque que j’espère indélébile, même si, mon âge avançant, les problèmes de mémoires arriveront plus tôt que tard.

Lors de l’après concert, bien-entendu, Matthew Caws et Daniel Lorca sont venus au contact de leur public pour les photos habituelles et les autographes. Là aussi, en toute simplicité, clôturant ainsi une excellente soirée en compagnie de « presque vieux amis », façon de parler bien-sûr. Et si je ne devais avoir qu’un seul mot pour la fin, ce serait sûrement :

It’s never too late for teenage dreams…

Greg Pinaud-Plazanet

 

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