Sparklehorse

Sparklehorse – Une vie

Voilà un peu plus de cinq ans maintenant que le chanteur Mark Linkous alias Sparklehorse nous a quitté. L’occasion (si l’on peut présenter les choses ainsi) de nous replonger dans la musique angoissée mais assurément belle de cet artiste aux nombreuses facettes qui, à l’instar de Jeanne Le Perthuis des Vauds dans une « Une Vie » de Maupassant, ne vivra pleinement la « vie véritable », la vrai qu’à partir du moment où sa carrière se lancera définitivement. Nous étions alors en 1995, date de sortie de son premier album studio Vivadixiesubmarinetransmissionplot. L’accueil de ce premier essai est plutôt favorable. La presse voit à travers cet opus un artiste prometteur, doté d’une profonde sensibilité. Mais avant de continuer, commençons par le commencement.

La vie de Linkous débute le 9 septembre 1962 dans le comté d’Arlington en Virginie. Son enfance est bercée par la musique de Johnny Cash qu’il prend plaisir à regarder jouer sur scène à la télé. Puis, il tourne son regard vers les grosses cylindrées. Linkous voue une grande passion pour les bécanes qu’il trafique pour pouvoir jouer au gros dur avec sa troupe de motards. On sait de sources sûres que Mark Linkous faisait carrément parti d’un gang avec lequel il se livrait de temps à autre à quelques bastons bien sévères. C’est d’ailleurs la raison qui va le pousser à progressivement abandonner cette voie pour reprendre celle de la musique. Durant son adolescence, le jeune Linkous comme la plupart des ados se découvre ou plutôt découvre le rock très expressif d’Alice Cooper. Il souhaite lui ressembler tandis que ses parents ne voient pas d’un très bon œil ses nouveaux goûts en matière de musique mais aussi de style vestimentaire. Qu’importe. Mark Linkous a un don pour la musique et compte bien le faire savoir au monde entier.

Il décide donc de quitter les siens et part s’installer à New York. Le changement de cadre est radical. Au revoir la vie à la campagne, les forêts boisées et les vaches dans les prés et bonjour le bitume, les taxis jaunes et la vie « Sex,Drug and Rock’n’Roll ». Il rencontre sur sa route quelques musiciens avec qui il partage les mêmes ambitions et forment ensemble le groupe Dancing Hoods. Bien que l’intention soit là, le style Tom Petty and The Heartbreakers qu’ils adoptent sur leur album 12 Jealous Roses ne parvient jamais aux bonnes oreilles. C’est un échec pour le groupe qui décide de se retirer à L.A. L’inspiration n’est plus au rendez-vous et très vite le projet Dancing Hoods prend fin. Linkous accuse le coup et, ne savant pas quelle sera la suite des opérations, repart en Virginie. Linkous se souvient de cette époque de décadences et d’excès qu’il relate lors d’une interview. Il déclare durant l’entretien avoir fait le bon choix de quitter tout ce train de vie malsain empli de drogues et autres saloperies de la même espèce pour une vie plus saine et paisible. Linkous se sauve la vie en parti grâce à l’aide précieuse de sa femme Teresa.

Mais que faire à présent lorsque son seul moteur dans la vie n’est rien d’autre que la musique ? En effet, il est difficile de percer quand on a que pour seule source d’inspiration la musique étrangement calme de Daniel Johnston, cet artiste polyvalent un peu ravagé de la tête. Toutefois l’idée de faire de la musique n’a pas complètement disparue de sa tête. Linkous ne compte plus reproduire les mêmes erreurs qu’avant. Il le sait, s’il veut que d’autres personnes écoutent ses compositions hormis sa femme et ses potes de chantiers avec lesquels il bosse la journée, il va devoir faire quelque chose de plus accessible et de plus audible pour tout le monde. En creusant dans ses goûts personnels, il se remémore un amour pour la musique folk de Vic Chesnutt, celle des Stanley Brothers, de Will Oldham ou encore celle du groupe Lambchop, des gars tranquilles qui font de la bonne musique tranquille comme on aime. C’est sur ce spectre musical que Linkous va se repositionner pour créer son propre style qu’on lui connaît bien depuis le fameux Vivadixiesubmarinetransmissionplot. C’est par ailleurs lors de cette mutation musicale que Linkous deviendra Sparklehorse.

On relate très souvent un passage particulièrement obscur dans la vie de Sparklehorse, celui de sa « fameuse » mort artificielle en 1996 autrement dit une overdose qu’il provoquera en avalant tout et n’importe quoi alors qu’il faisait la première partie de Radiohead en Angleterre. Nul ne peut certifier si ce triste événement sera son point de non-retour. Peut-être était-ce un appel à l’aide ou une façon de contourner les idées noires qui n’ont eu de cesse de le tourmenter. Toujours est-il que cela ne l’empêcha pas de sortir un second album plutôt bon Good Morning Spider en 1998. Linkous atteindra son apogée en 2001, l’année où il sortira son célèbre et somptueux It’s a Wonderful Life. Évidemment, n’importe qui aura très vite perçu l’ironie qui se cache derrière le titre de cet album, un album captivant que l’on ne peut complètement définir tant il témoigne d’un songwritting poussé, réfléchi mais surtout très intimiste. Si l’on devait réduire à quelques mots It’s a Wonderful Life, on dirait tout simplement que c’est triste mais beau. Il est à noter l’influence de  Linkous sur la scène musicale durant ses années d’activités quand on énumère tous les artistes avec lesquels il a collaboré tels que Tom Waits, PJ Harvey qui prête sa voix sur la chanson Piano Fire, Nina Persson des Cardigans ou encore la tête pensante du groupe Gnarls Barkley, Danger Mouse ainsi que le fameux cinéaste David Lynch qui produiront tous les trois le dernier album XXL de Sparklehorse, Dark Night of the Soul. L’album devait officiellement sortir dans les bacs en 2009 avec un visuel lynchien d’enfer mais pour des raisons juridiques, Dark Night of the Soul ne pointera le bout de son nez que quelques années après le décès de Linkous en 2010.

David Lynch, Danger Mouse et Mark Linkous lors du projet Dark Night of The Soul

En dépit de toutes ces expériences gratifiantes, Linkous ne peut s’empêcher de broyer du noir dans son existence. Il n’y a qu’à se pencher sur sa discographie triste et sombre pour s’en rendre compte même s’il s’est toujours défendu d’être un personnage lugubre. En cela il ressemble beaucoup à Elliot Smith, deux artistes introvertis qui tous deux parvenaient à toucher de par leur fragilité, leur tristesse mais aussi à travers leur sensibilité qu’ils exprimaient avec une timidité indémontable. À cela s’ajoute également une similitude avec les artistes Beck et Eels. Il y a en effet cette pâte Lo-Fi Folk 90’s chez Sparklehorse que l’on retrouve par exemple l’excellent Mellow Gold, premier album du pionnier Beck. Tous ont probablement eu un impact sur Linkous mais aucun n’aura su le tirer de sa déprime qui aura finalement eu raison de lui un certain samedi 6 mars 2010. Sparklehorse n’est plus, Mark Linkous s’est éteint. On ne peut véritablement affirmer si oui ou non Mark Linkous est rentré dans la légende en appuyant sur la détente. En dépit de cela, il reste et restera toujours un homme qui aura su mener « une vie », sa vie.

Marcus Bielak

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