Margo Price

Margo Price : la « country music » peut être progressiste et moderne

La musique country souffre encore en France d’un déficit de visibilité. Surtout d’une méconnaissance profonde.

Nouvel exemple encore ces derniers temps : vous avez entendu parler du massacre de Las Vegas. Un homme, posté à l’hôtel Mandalay Bay, a tiré dans la foule d’un concert du chanteur country Jason Aldean. Bilan : 58 personnes tuées. Un humoriste nommé Fréderic Fromet sur France Inter en a tiré une chanson sur la country, ses valeurs plus ou moins floues sur le contrôle des armes à feu. En fait, c’est pas si flou que ça puisque ces chanteurs sont un peu tous conservateurs et promettent dans leur chanson que « c’est super fun de jouer avec un gun ». Pour le reste, la country c’est un peu résumé à Dick Rivers dans une voiture porte Mailhot devant un Buffalo Grill,  à Hugues Aufray devant son feu de bois, ou encore des cowboys qui chantent du nez, des sons « répétitifs », « durs à supporter », faits à la « guitare qui sonne faux ». Bref, vous l’aurez compris : la country, c’est fait par des beaufs. Et en plus, ils en font de la danse. Et vous avez compris ce que j’en pense : il exagère (et en plus, ce n’est pas la première fois)

C’est vrai que la country a dans ses rangs des gens extrêmes et conservateurs. Mais pas que. Déjà, les gens peuvent changer d’avis : le guitariste du Josh Abott Band, un groupe qui participait à cette soirée morbide, choqué, a pris les devants : « j’ai toujours défendu le deuxième amendement de la Constitution…jusqu’à cette nuit ».  Et même sur la musique, Fromet a tort de partir d’une généralité. Il y a belle lurette que la country n’est plus simplement des types grattant sur une guitare et chantant du nez. Déjà, il y a beaucoup de femmes, lesquelles sont des artistes/auteures/compositrices. Et puis même qu’elles sont progressistes parfois. C’est le cas de Margo Price.

Margo Price – Photo credit : Danielle Holbert /margoprice.com

Margo Price est une jeune compositrice originaire d’Aledo, dans l’Illinois. Elle a très vite déménagé à Nashville, la ville de la musique par excellence. Elle y rencontre son mari, bassiste, et joue de la musique. Après la perte de son premier fils, mort d’une attaque cardiaque, elle sombre dans la dépression… Perdue, elle réussit à se remobiliser grâce à ses amis et sa famille, et crée son premier album en 2016, Midwest Farmer’s Daughter. Produit par Third Man Records, elle obtient un succès assez grand. Après les élections de 2016, elle se met à écrire son nouvel album. Celui qui sort le 20 octobre 2017 s’appelle All American Made.

Pourquoi les élections de 2016 sont-elles si importantes ? Parce que Margo Price a ressenti le besoin de parler, de s’insurger contre le sexisme, les inégalités et l’ Amérique de Trump. La chanson-titre de l’album a été écrite lors des derniers mois du mandat de Barack Obama. Elle n’hésite pas à sampler quelques discours de politiques dans une ambiance folk, quelques guitares qui « twang » au loin, et des paroles qui célèbrent l’Amérique, toute l’Amérique, tous ceux qui sont nés aux États-Unis, quelque soit leur couleur de peau, leur religion, leurs hobbies, leur sexe…

Autre chanson : Wild Woman. Dans cette typique chanson country, Margo Price y dénonce le sexisme et encourage les « wild women » à envoyer se faire paître les personnes qui vous empêcheront de réaliser vos rêves puisque vous n’avez pas de pénis.

Musicalement, Fréderic Fromet devrait aussi être très étonné : il découvrira la véritable (quoique cet adjectif est soumis à controverse) musique country, une musique ouverte. Margo Price s’en défend d’ailleurs au micro d’une radio dans l’Illinois : « Je respecte les puristes, mais j’adore mélanger. Je ne vais pas me priver d’un ingrédient sous prétexte qu’il n’est pas inscrit dans les recettes officielles ». C’est pourquoi vous trouverez dans All American Made des morceaux funkys, très soul made in Memphis, comme Little Pain ou Do Right By Me, enregistrée avec un groupe de gospel The McCrary Sisters.

Ce deuxième album de Margo Price est un bijou donc : la chanteuse a une voix absolument incroyable et son talent ferait pâlir les plus grandes icônes de la chanson country. Et si après ça, on entend encore Fréderic Fromet digresser sur la country, c’est qu’on aura à faire à une cause perdue.

Mickaël Chailloux

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s