Edito de la semaine

L’Edito de la semaine

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Semaine chargée, beaucoup de disques à écouter, j’ai encore pris du retard et bientôt les nuits ne seront même plus suffisantes… D’ailleurs, lors de l’une d’entre elles, je me suis laissé surprendre à passer en boucle Common As Light and Love Are Red Valleys of Blood, le dernier album de Sun Kil Moon. Un album très enraciné dans le folk qui voit se dérouler nombre de questions que se pose Mark Kozelek, songwriter habitué aux plongées intimes et existentielles. On y croise la mort, on parcours le chemin qu’il reste jusqu’à elle, on revient sur les souvenirs d’un passé vécu et on fait les comptes de ce qu’il pourrait bien en rester, on parle du contrôle des armes, de faits divers…

Utilisez sagement le temps qu’il vous reste

A la manière d’un Nick Cave, Kozelek sait créer l’intimité avec l’auditeur et semble pouvoir prendre du recul sur la vie en dégageant une certaine philosophie de ses réflexions. Cave le fait au travers d’histoires inventées, pour la plupart, en autant de petits romans cachant pudiquement ses expériences, là ou Mark Kozelek raconte plus simplement sa propre vie, ses pensées profondes, ses émotions, et plus simplement son univers tout entier. Et même lorsqu’il parle de l’actualité de ces trois dernières années (notamment de certains faits divers), il la fait sienne en livrant les émotions qu’elle a suscité, ou les questions qu’elle a soulevé. Ainsi Mark Kozelek est allé passer une nuit au Cecil Hotel, dans le centre de L.A, ou Elisa Lam a été découverte, morte, en 2013, pour s’imprégner du lieu et réfléchir sur les faits. Pour d’autres morceaux, même si les noms changent, si les situations sont sensiblement remodelées, les vérités continuent à sous-tendre l’album de bout en bout. Et si une chanson comme Lone Star résonne de façon différente après l’élection de Trump, alors qu’elle a été écrite bien avant, c’est sans doute que, comme tout artiste, Kozelek sillonne les routes et rencontre des gens connectés à la réalité de tous les jours. Il a pu se rendre compte de ce qui couvait alors et que le pessimisme général pouvait être le terreau dont avait besoin un populiste pour sortir au grand jour.

Eclectisme

L’album, écrit dans la première partie de l’année 2016, a été enregistré dans la foulée et, pour l’occasion, Kozelek s’est entouré, comme sur Benji (2014), de Steve Shelley, (batteur de feu Sonic Youth notamment) qui a participé au songwriting de façon déterminante. Et puis l’artiste s’est frotté à quelques instruments auxquels il n’était pas habitué, cela donne souvent des choses non académiques et assez étonnantes. Certains morceaux ressemblent à ces petits jams bien cools que l’on fait partir en studio, au grès de l’inspiration. De fait, cet album est certainement l’un de ses plus éclectiques lorsque l’on s’attache à son orchestration. Et si je trouve certaines pistes surprenantes, je ne peux m’empêcher d’y remarquer un certain dessin global. Se dessine-t-il de façon intentionnelle ? Je ne sais pas, c’est à Kozelek qu’il faudrait poser la question. L’enregistrement s’est fait à la volée, les longues sessions ayant été découpées au grès de l’envie de l’artiste et son ingénieur du son. La piste ouvrant l’album est une de mes préférées, sur les seize que compte Common As Light and Love Are Red Valleys of Blood. Plus loin,  Philadelphia Cop nous hypnotise tandis que l’on y croise subrepticement David Bowie, comme pour marquer la période durant laquelle la chanson fût écrite, une fois pour toute, dans le marbre. Certaines chansons sont pratiquement déclamées, sur des tempos très lents. D’autres sont tantôt susurrées, tantôt chantées lors du même morceau (Lone Star) sur des arpèges délicats et cristallins (ah les cordes en nylon !). On y parle d’internet, de comment il a changé le monde et se fout de la mémoire des lieux, des choses et des gens. Kozelek s’est toujours senti en dehors du monde dit de progrès, où la technologie a un certain pouvoir pervers sur les interactions humaines. Là aussi, le recul sur les choses est primordial pour lui.

Et si ce dernier album n’arrive pas à détrôner Benji (2014), il semble toutefois embrasser une certaine logique découlant de la collaboration récente de Kozelek avec Jesu. L’artiste confirme en tout cas qu’il ne suit pas les mêmes courants que les autres en s’inscrivant définitivement à part avec Common As Light and Love Are Red Valleys of Blood.

Greg Pinaud-Plazanet

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