Lisa Hannigan

At Swim: un voyage au pays de la sombre splendeur

Vous connaissez sans doute Lisa Hannigan depuis qu’elle avait quitté les bancs de l’université de Dublin pour suivre un certain Damien Rice sur les routes d’Europe. Lisa a par la suite posé sa superbe voix sur les deux premiers albums de l’artiste irlandais. Mais en 2007, Lisa décide d’entamer une carrière solo, non sans succès puisque ses deux premiers albums, Sea New et Passager, ont tous deux été plutôt bien accueillis par la presse et par ceux, comme moi, qui attendait de voir ce qu’elle pourrait produire seule.

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Il y a une petite semaine sortait son troisième forfait : At Swim. Teasé depuis quelques mois par deux morceaux que l’on retrouve sur l’album, l’écoute de la totalité de la production est juste magnifique. Onze pistes qui commencent par Fall, tout simplement splendide. Si l’album semble assez sombre, à première vue (Prayer for the Dying, Funeral Suit, We the Drowned…), le doublage de la voix et les harmonies choisies allègent grandement l’ambiance. La voix, assez aérienne, bien souvent, rend le disque agréable à écouter en toute circonstance. Pas de lourdeur, un songwriting qui est monté un cran au-dessus encore des précédents albums de Lisa. Et lorsqu’elle reprend des textes qui ne sont pas d’elle, comme le superbe Anahorish, poème de Seamus Heaney, en version a cappella, on est tout bonnement extatique devant la beauté du chant, des voix, du texte. De même, la voix posée sur un simple piano, comme c’est le cas sur Ora, aurait pu être un risque de la part du producteur Aaron Dessner (The National), mais il n’en est rien, c’est juste… beau et touchant.

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At Swim est un album dont l’écoute suspend le temps autour de vous. Il est émotionnel aussi. Chaque parole se détache et l’on voit bien qu’Hannigan sait se faire entendre lorsqu’elle a quelque chose à dire. C’est d’ailleurs le fil rouge de l’album tout entier que de se faire entendre lorsque l’on se sent perdu. Mais ici, tout cela passe par tellement de justesse et de beauté que l’on fini par penser qu’il y a quelque chose de fascinant et de jouissif dans la douleur. Oscar Wilde ne pourra certainement pas le démentir. D’une parce qu’il est mort, mais lui, plus que quiconque l’avait écrit en son temps.

La carrière de Lisa Hannigan continue donc de s’étirer, toujours en mouvement, comme un océan à l’apparence calme et tranquille mais qui n’oublie pas d’effleurer les côtes à marée haute. D’ailleurs, le dernier morceau, Barton, vous laissera quelque peu échoué sur la grève d’un rivage étrange et brumeux, au petit matin. Ce dernier album en date est certainement son meilleur travail jusqu’ici même s’il n’est pas question de dénigrer ses deux albums précédents qui semblent avoir été, avec le recul que l’on a aujourd’hui, des étapes dans le développement de la musique et du songwriting de Lisa. L’artiste a défini son chemin avec la sortie de Passenger, optant pour l’indie folk, et confirme avec At Swim sa direction  et sa clairvoyance en la matière.

Si vous connaissiez Lisa Hannigan, cet album vous convaincra de continuer à la suivre. Si vous ne la connaissiez pas, et que vous commencez par ce troisième album, pas besoin, outre votre curiosité, de remonter vers Sea Sew (qui a pourtant de très bonnes choses). Finalement je ne reproche à ce magnifique disque que sa pochette un peu terne et qui manque de ce que son écoute nous apporte : un véritable voyage.

Greg Pinaud-Plazanet

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