David Bowie

Blackstar de Bowie, la chronique

Depuis lundi, le monde entier, des villes aux églises en passant par les fans, rendent hommage au mythe disparu: David Bowie. Avec le recul, et l’arrivée de la video accompagnant le morceau Lazarus, sorti il y a quelques jours, les spéculations vont bon train. A la manière dont Bowie a su mettre en scène tous les aspects de sa vie artistique, on pourrait se demander si, aussi morbide que cela puisse paraitre à certains, il n’aurait pas aussi mis en scène sa sortie de scène. L’album qui sort le jour de son anniversaire, la video de Lazarus, et d’autres petites choses encore permettent de dresser ces hypothèses, fussent-elles dérangeantes. Sachant avec quelle méticulosité l’artiste contrôlait son image, cela ne m’étonnerait qu’à moitié. Il est resté maitre de sa vie, il reste ainsi maitre de sa sortie.

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Cela faisait longtemps que l’on attendait du nouveau matériel de la part de Bowie. Il avait disparu des platines depuis 2013 et son grand retour avec The Next Day. Bien qu’un excellent best-off soit sorti en 2014 (Nothing Has Changed – 59 pistes), best-off qu’il faut absolument avoir dans sa version la plus complète pour que cela ait du sens, l’artiste se faisait rare et n’apparaissait plus en public. Fin d’année, le monsieur avait crée le buzz, comme à son habitude, en sortant Blackstar, le single de l’album éponyme à venir. Nous sommes début 2016 et l’album est là, tout chaud dans mes mains fébriles, me demandant si lors du passage sur la platine je continuerai à être émerveillé par son univers et par son génie.

Bowie, le champion des renaissances

David Bowie n’a pas fait que de bonnes choses, c’est un artiste qui a connu autant de petites morts que de renaissances et je ne suis pas fan de tout son travail, c’est pour cela que cette review devrait être, en théorie, la plus impartiale possible, ce qui n’est pas toujours facile dans des moments comme celui-ci, quoique la review ait été écrite avant l’annonce de sa disparition et que je n’ai eu qu’à la retravailler un peu pour coller à l’actualité. Oui, il n’est pas simple de se frotter à un mythe comme Monsieur Bowie, quand bien même certains salisseurs de mémoire essaient déjà de s’accaparer ce qu’il y aurait encore à gagner en ressortant de soit-disant nouvelles révélations, alors que tout à déjà été dit sur Bowie… Mais si l’on en reste à la musique, David Bowie n’a pas toujours sorti que des chef-d’oeuvres. Celui-ci s’est embourbé dans Tin Machine, a sorti  quelques albums somme toute moyens: Hours, Black Tie White Noise, Never Let Me Down, par exemple. Il aura cependant toujours été à la pointe des changements musicaux, et aura laissé une empreinte indélébile dans le paysage rock depuis le début des années 70 jusqu’à maintenant en sachant orchestrer de main de maitre ses multiples retours, quitte à laisser la rumeur de sa mort envahir le web durant quelques mois pour mieux créer la surprise. Malheureusement cette fois, la réalité a rattrappé la rumeur. Sorti le jour de son anniversaire, Blackstar est-il un album à considérer comme faisant partie du canon des albums incontournables du mythe Bowie, qui lui, ne mourra sans doute jamais ? Sûrement pas, et pourtant…

Des codes apocalyptiques déjà menaçants dans Next Day

Blackstar semble être une suite directe de The Next Day, bien que très différent musicalement. Si The Next Day abordait, certes, des thèmes assez nostalgiques, il abordait aussi des thématiques et imageries plus religieuses comme dans le clip éponyme, où Bowie se fait prêcheur. L’on aperçoit dans les premières images de la video un plateau servant une paire d’yeux. Serait-ce la paire d’yeux perdue par l’oracle de la première partie de la video de Blackstar ? Non, sans doute pas, mais d’autres parallèles peuvent être fait entre le prêcheur de The Next Day et celui de la seconde partie du clip de Blackstar. De la décadence et la figure christique, on passe à une vision futuriste noire et inquiétante, tout en restant dans l’imagerie messianique. On nous entraine vers d’étranges vérités sombres de l’univers. Après tout, les black stars ne sont-elles pas, dans le folklore commun, annonciatrices de grands changements, de malchance,  voir même de destruction ? Les paroles elliptiques, mentionnant la mort ou encore la peur, confortent en tout cas cette idée. Avec le recul, cela semble trouver encore plus sens (cf Lazarus). Puis, tout comme certains morceaux de The Next Day, sonnant comme un échauffement, ce dernier album se pose sur une base jazzy à laquelle Bowie a ajouté de l’électro, des chants rituels et grégoriens, un peu de funk même. Blackstar sonne pourtant davantage comme un One Shot à l’image d’un Outside, quand bien même ses prémices seraient présentes dans l’album précédent.

Bowie s’entêtait à ne pas faire du Bowie

Après toutes ces années et plus de vingt galettes (25 en studio), on aurait pu s’attendre à ce que l’artiste freine, se complaise dans un certain confort. Mais cela n’a jamais été le cas, Bowie ayant toujours apporté du renouveau dans sa discographie. Aucun artiste ne peut se targuer d’être aussi loin de son premier album, que lui. Beaucoup d’artistes auraient fini par tomber dans l’oubli en essayant de changer de styles de façon régulière. Mais Bowie, artiste avant tout, savait créer à partir de rien. Il peignait, sculptait, écrivait et s’en trouvait habitué à un processus de recherche et de créativité constant qu’il appliquait à sa musique. Ici, l’artiste s’était entouré de musiciens de jazz pour apporter une nouveauté plus marquée et creuser ainsi davantage cette piste, mainte fois utilisée au cours de sa carrière. Ce dernier album n’est donc pas, au sens strict, une nouveauté comme semble le penser la majeure partie de la presse spécialisée. Blackstar sonne par contre beaucoup plus avant-gardiste que le précédent mais, comme plus haut, je le comparerais à Outside, qui était aussi très expérimental autant musicalement que visuellement. Pour autant, sortir ce type d’album maintenant était plutôt audacieux de sa part, car même s’il n’avait plus grand chose à prouver, malade d’un cancer depuis près de deux ans, il savait pertinemment que Blackstar serait surement son dernier album…

Une suite de mélodies hantées

Sept morceaux en quarante minutes. C’est court oui, mais avec un opening de prêt de dix minutes, le format des morceaux suivants s’accueille volontiers. Quoique que le single Balckstar puisse se scinder facilement en deux parties distinctes, donnant ainsi l’impression à l’auditeur qu’il écoute en réalité deux morceaux différents qui partagent une base commune. Sur T’is a Pity She Was A Whore, Bowie a réintroduit de façon plus proémminente son instrument fétiche: le saxophone, en une introduction hantée qui tranche avec le reste du morceau lorsque la section voix démarre. Dès que la voix s’efface, le saxo y répond et vice et versa. Le morceau acquiert ainsi un équilibre fragile, que l’on sent parfois sur le point de se briser mais qui ne se rompt jamais. Lazarus, troisième single sorti, est calme, très posé, on est loin de l’inquiétude amenée par Blackstar, même si le texte est emprunt d’une certaine noirceur. La mélodie est toutefois assez lourde même si elle reste minimaliste. Le morceau est aussi lancinant qu’un couteau que l’on retournerait dans une plaie. Mais Oscar Wilde ne disait-il pas que la douleur pouvait aussi être magnifique ? Et bien c’est le cas ici. Sue, sorti début 2015 comme une annonce de l’album qui allait sortir un an après, de son côté, me fait penser à un autre morceau figurant dans Outside. Ou du moins qui aurait pu y figurer. Girls Love Me pose un tempo syncopé et quelque peu distordu sous une voix qui s’envole. Ce tempo semble vouloir parfois s’emballer mais reste captif des nappes du clavier en contrepoint. Peut-être le morceau auquel j’accroche le moins bien qu’il soit tout à fait dans le standard posé par l’album. Le saxo revient, cette fois dans une mélodie plus mélancolique sur l’avant dernière piste de l’album : Dollar Days. Ce morceau pourrait être intégré à The Next Day car il n’en reste pas loin, niveau style, tout à fait comparable à un Where Are We Now. Enfin I Can’t Give Everything Away, titre qui semble de circonstance, débute en me faisant penser à un Thursday Child version jazzy mais s’en écarte bien vite au bout de quelques secondes. Le morceau sonne bien comme une piste finale, le saxo s’emballe, le refrain est éloquant, on ne s’y trompe pas, c’est une chronique d’une mort annoncée. Et déjà le gressillement du diamant sur les derniers sillons vides se fait entendre. Le disque est passé tellement vite qu’on ne désire plus que le remettre afin de se faire une opinion plus posée.  Mais en réalité, c’est juste pour s’y replonger plus profondément, tout simplement, et puis, vu les nouvelles de ce début de semaine, notre façon de continuer à le faire vivre, aussi.

Mais les mythes sont immortels.

Greg Pinaud-Plazanet

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