Pavement/Stephen malkmus

Rétrospective Rock : Stephen Malkmus

Alors voilà cette semaine j’avais prévu de pondre un papier sur un bouquin que j’aime beaucoup : GRUNGE de Mickael Lavine, une préface de Thruston Moore (Sonic Youth), de superbes photos en noir et blanc retraçant l’émergence du mouvement Grunge dans les années 90, à Seattle. Mais ce week-end j’étais à Paris et pour me balader dans ses milliers de rues grises et pluvieuses, je me suis fait une Playlist rapido avant de partir. Qu’ai-je pris dans mon ibidule me demanderez-vous ? Et bien pas grand-chose en fait, un best of de Pavement datant de 2010, quelques LP de Stephen Malkmus (ex-leader de Pavement) et du Jazz. Et, tout en errant dans la capitale aux soleils électriques innombrables je me suis dit : « Mais Greg t’es un peu couillon, tu veux faire un article sur un bouquin de photos, si bien soit-il, alors que tu pourrais parler de Malkmus ! » Et là mon autre voix répond (oui parce que dans ma tête nous sommes souvent plusieurs, c’est comme ça…) : « Right, je dis GO ! ». Et voilà comment j’en arrive à vous parler aujourd’hui d’un artiste rock qui m’aura beaucoup marqué durant les années 90 alors que le Grunge était en train d’éclore.

Pavement © Gail Butensky

Stephen Malkmus n’est pas Grunge. Il est loin de l’être ou même de l’avoir été. C’est un gars, né en Californie en 66, peut-être au bout de la route du même nom d’ailleurs puisque celle-ci s’arrête sur le port de Santa Monica et que c’est dans cette même ville que Stephen poussa son premier cri.

Slanted and Enchanted (1992)

Au départ, en 1989, Malkmus fonde le groupe Pavement avec un pote, puis le groupe s’étoffe en 90. C’est un groupe de style Lo-Fi, mélangeant donc Rock Garage et influences Punk. Pavement sort en 92 son premier album : Slanted and Enchanted et sa ribambelle de ruptures rythmiques, de sons expérimentaux presque dissonants parfois mais qui inscrit le LP au centre de l’intérêt général pour le Lo-Fi. Sur cet album, trois morceaux sont représentatifs de toute l’étendue de leur travail, un peu comme un grand écart entre la mélodie gentille mais parfaite (Here) et le très noisy (Summer Babe, chanson que j’ai très souvent chanté à tue-tête) en passant par Two States et Trigger Cutqui sont aussi assez représentatives du groupe à elles seules.

Crooked Rain, Crooked Rain (1994)

En 1994 sort l’album qui va définitivement les installer comme groupe phare de la scène américaine : Crooked Rain, Crooked Rain et LA chanson que je vais souvent siffloter par la suite : Cut Your Hair. Je la découvre au travers du clip, un peu de n’importe quoi mais les clips de Rock n’ont jamais été des merveilles jusqu’alors donc… moi je suis surtout emporté par la mélodie, le rythme, la voix du chanteur. D’autres morceaux valent vraiment le coup sur ce LP, la chanson d’ouverture de l’album Silence Kid en est un, mais aussi Unfair (ou comment avoir un accordage de guitare différent…), Range Life et sa mélodie tranquille, sa voix laconique ; Heaven is a Truck, laconique à l’extrême, un peu comme si le groupe avait enregistré le morceau couché sur un divan…

Ce groupe est assez atypique à d’autres points de vue, les membres étudiant ou bossant dans des endroits parfois diamétralement opposés des Etats-Unis, ils composent et arrangent tout chacun de leur côté et mettent tout ensemble durant les répétitions et séances de travail communes. Cela leur laisse vraiment une liberté créative impressionnante sans ralentir vraiment leur rythme de sortie d’albums puisqu’en 95, c’est l’album Wowee Zowee qui pointe son nez au détour de mon retour d’Irlande et j’embarque quelques amis dans l’aventure Pavement par la même occasion.

Cet album est réellement excellent, We Danse, ouvrant le LP n’a absolument pas la couleur du reste de celui-ci, j’adore cette chanson mais le reste de l’album est vraiment d’une grande qualité. Ecoutez Rattled by the Rush ou Grounded pour vous en convaincre. C’est un album assez expérimental quelque part derrière sa surface propre tenue par de bonnes mélodies. Serpentine Pad et Flux=Rad et leur côté Punk affiché, presque skate-Punk d’ailleurs viennent trouer l’ambiance et c’est bien. Motion Suggests nous redescend ensuite tranquillement et calme l’afflux d’adrénaline. Ce sont là 18 morceaux qui s’enchainent comme des petits pains dans les oreilles.

Pavement

En 1997, Brighten the Corner est un album plus travaillé, moins « livré dans la foulée » que Wowee Zowee. Le morceau Stereo ouvre le bal par son intro tranquille mais où on sent que ça va péter. Ce morceau est vraiment une perle. Quand ça vient on est prêt. On sent que l’expérience s’est installée, même sur le côté expérimental que gardera le groupe jusqu’à la fin, le morceau Stereo vous le démontrera sans peine. Shady Lane très entrainante, avec en contrepoint des désaccords intéressants, Embassy Row est aussi dans cette veine sur son intro, ensuite ça part sur du riff Rock et un refrain entêtant tout en désaccords lui aussi derrière ses riffs propres. Un morceau que j’aime particulièrement pour ma part mais sur la galette il y a l’embarras du choix.

Terror Twilight vient, à l’aube des années 2000, clore la carrière de Pavement. Bien que j’apprécie beaucoup l’album, le succès commercial n’est plus là au niveau international, sans doute est-ce le signal pour passer à autre chose, les années 90 se terminent, les courants changent et même si leur musique reste de très bonne facture, de plus en plus travaillée, cela ne suffit sans doute plus.

Stephen Malkmus, du haut de ses 34 ans décide alors d’attaquer une carrière solo sous le nom de Stephen Malkmus & The Jicks. Dans l’année qui suit, soit en  2001 un album éponyme sort. Sa musique ne change pas, c’est une vraie prolongation de Pavement, une espèce de pas sur la marche supérieure. Le morceau Black Book le montre bien. Par contre on y sent aussi une influence plus folk parfois, en « sous cutané » comme dirait l’autre (The Hook, Pink India). Les désaccordages (ou accordages alternatifs c’est selon…) sont toujours présents, les ruptures de rythmiques aussi, le côté enfantin et simple de certaines mélodies aussi, écoutez donc Phantasies ou Troubbble pour comprendre ce que je veux dire ici. La voix se veut par contre beaucoup moins laconique, moins en désaccord elle aussi par rapport à l’orchestration globale. Il y a sur ce LP de vraies bonnes pépites : Jo Jo, Discretion Grove, Jeanny & the Ess-Dog et son couplet un peu  Lloyd Colien époque No Blue Sky.

Stephen Malkmus (2001)

Je ne peux malheureusement pas vous parler de Pig Lib, sorti en 2003 car je ne l’ai pas… Par contre on comprend à la sortie de son troisième LP solo (accompagné des Jicks mais c’est compliqué vis-à-vis de la maison de disque alors…) que Malkmus a décidé de s’enfoncer plus profondément dans l’expérimental en mixant pas mal de sons bizarres, un soupçon d’électro même parfois, bref en sortie de Pavement soit il se cherche, soit il sait exactement où il va. Je pencherais personnellement pour la seconde affirmation, connaissant bien son travail. Mais à la première écoute Pencil Riot, qui ouvre donc Face The Truth (2005) est assez déroutante. Mais là est peut-être le secret du titre de l’album. Quelle vérité ? Celle que nous croyions avoir en face de nous, installée par le succès de Pavement ? Ou bien celle que nous découvrons en écoutant cet album très différent du précédent et qui nous fait découvrir Malkmus sous un nouveau jour ? Même si bon sang ne peut pas mentir et que ses influences ainsi que son passé musical transparaissent au cours de l’écoute, on découvre une nouvelle facette de sa personne et cela ramène un peu de fraîcheur à l’image globale.

Real Emotional Trash (2008)

Real Emotional Trash, en 2008, confirme la chose. La transformation s’est opérée. Stephen Malkmus n’est définitivement plus Pavement et c’est bien. Il fait désormais ce qu’il veut, comme il veut, débarrassé de son étiquette. Il en profite d’ailleurs pour signer l’album avec l’ajout du nom de son groupe The Jicks à la cover du LP. L’album est excellent, plein de petites trouvailles au détour des morceaux. Ils deviennent par la même occasion beaucoup plus fouillés, plus complexes et restent souvent loin de l’excitation « Pavementienne » presque « skatienne » (va falloir que je dépose des droits pour certains mots moi tellement j’en invente !).

Petite parenthèse nostalgique, en 2010, Pavement décide de se reformer pour une tournée sur quelques scènes indé européennes.

Enfin, et c’est pour cela que j’ai été déterré Pavement au départ pour Paris, en 2011 sortait le dernier album en date de Stephen Malkmus & The Jicks : Mirror Traffic. Ouvert par Tigers, on commence à croire à un retour aux sources mais non, loin de là et cela nous rassure. Pas au regard d’une qualité quelconque de l’avant 2000, mais simplement parce qu’on commençait à bien l’apprécier le Malkmus nouveau, nous ! Bon sinon on entend bien, pour l’oreille avertie, une Fender JazzMaster, et ça, un jour il faudra qu’on fasse une retro sur ces guitares qui ont marqué les années 90 alors qu’elles sont nées à la fin des années 50, mais ceci est une autre histoire… Cela reste ma guitare préférée en tous cas, une fois bidouillée. Elle donne en tout cas à Mirror Traffic, produit par Beck une sonorité particulière très vintage sur les solos surtout. L’écoute est très agréable, emplie peut-être d’un peu de nostalgie, ce qui en a fait un vrai compagnon dans mes balades parisiennes car j’aime cette ville mais n’y vais pas assez souvent à mon goût. Par contre on y rencontre un Malkmus plus posé, plus mature peut-être ? En tous cas pétri de beaucoup d’influences différentes et écouter ce qu’il en fait est très intéressant.

Mirror Traffic (2011)

Voilà, c’est finalement bien plus long qu’un article sur un bouquin de photos, quand bien-même celui-ci est très bon, mais au final commenter des photos reviendrait à vous faire des trucs un peu plats alors que là et bien il m’a semblé partager un peu de ma passion avec vous : le Rock !

Greg Pinaud-Plazanet

Une réflexion sur “Rétrospective Rock : Stephen Malkmus

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