Some Smoking Guys

Some Smoking Guys: l’interview

Un jour, j’ai reçu un message sur Facebook avec un lien vers Soundcloud et lorsque j’ai écouté, j’ai immédiatement été captivé par ce son des 70’s en total décalage avec une voix plutôt moderne à la Stone Roses, pour donner une idée… Le titre, c’était She Wanna, il débutait – un Ep sorti milieu 2015, intitulé The Ground. Les titres suivants ne m’ont pas tous autant frappé, la chanson titre notamment, mais dans l’ensemble tout ça se tenait plutôt très bien et Go Fight m’ayant titillé l’oreille aussi durant quelques jours, je me décidais à répondre au messager qui n’était autre que… François Herpers, membre de Some Smoking Guys, un groupe issu de la génération 90, creusant leur propre sillon dans un rock décomplexé et moderne aux accents parfois britpop, parfois stoner à la Queens of the Stone Age, dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler les Stones façon Sympathy for the devil. Ce groove hypnotique, allié à l’efficacité du double jeu de guitare et à la légèreté des claviers, vient délivrer une énergie brute et directe.

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Le Peuple du Rock : Dis-moi François, charité ordonnée commençant par soi-même, comment en es-tu arrivé à ce démarchage direct ? Je veux dire par là : vu la qualité musicale de votre Ep… Pourquoi nous ?

François Herpers : On a sorti l’EP The Ground en mars 2015, et hormis quelques concerts pour le promouvoir, on a très peu communiqué dessus. Sachant qu’on est en complète autoproduction, on n’a que très peu pris le temps de contacter la presse. On l’a fait dans un second temps, en visant surtout des webzines raccords avec notre style. On a voulu miser sur des structures qui défrichent encore les “petits” groupes… Et on est tombés sur Le Peuple du Rock !

Le Peuple du Rock : She Wanna, le premier titre de votre Ep, sonne très 70’s. Le Hammond, la Wha-Wha, la couche de guitare saturée par dessus, qui balance un riff bien efficace… Tout y est. D’où vient ce son ? Comment est-il né ?

François Herpers : Je pense qu’on a tous écouté beaucoup de sons de cette période là, et même si on essaie de s’en extraire ou en tous cas d’en faire une sorte de synthèse, il y a forcément des éléments qui restent… C’est une époque fondamentale dans la recherche de sons, dans les méthodes de production. D’un point de vue technique, le son “Hammond” vient d’un vieil orgue tout pourri dont j’ai oublié le nom, qu’on a trouvé au dernier moment pour les prises claviers ; il trainait dans l’un des studios dans lesquels on répète habituellement et on a tous été bluffés par le son qui est sorti de cette machine ! She Wanna est aussi la première composition sur laquelle on a travaillé avec la formation actuelle, il y a un peu plus de deux ans. J’utilisais beaucoup la Wah Wah à l’époque… Beaucoup moins aujourd’hui ! Mais ça me parait encore cohérent avec l’intro du morceau qu’on a enregistrée.

Le Peuple du Rock : Tu m’as dit, lors de nos échanges, que tu trouvais qu’il y avait un certain manque de cohérence sur votre Ep The Ground. Qu’entends-tu par là ?

Théo Noël-Apperry : Je pense que cet EP est une étape, dans le sens où on avait beaucoup de choses à dire et à fixer, beaucoup d’éléments éparpillés, pas mal d’idées… Et on a essayé de mettre tout ça en forme, sans réellement avoir de fil directeur. Les morceaux sont assez différents, et même dans chaque morceau, il y a des parties différentes, qu’on a essayé tant bien que mal d’assembler. En réécoutant tout ça avec du recul, quasiment un an après, il y a évidemment des choses qu’on aimerait changer, qu’on aimerait supprimer ou qu’on aimerait rajouter. Mais globalement, vu le peu de temps qu’on a eu pour faire les derniers arrangements, on est contents du résultat. On sait aujourd’hui que quoi qu’il arrive, on prendra à l’avenir tout le temps qu’il faudra pour sortir quelque chose dont on est satisfaits à tous les niveaux.

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Le Peuple du Rock : J’ai crû comprendre également qu’il existait un avant The Ground et un après, peux-tu nous dire en quoi consiste cet après ? Votre son va-t-il en être affecté ?

François Herpers : On aura, pour les prochains morceaux, un son justement un peu plus moderne, et moins 70’s. On va garder des choses de The Ground, bien-sûr, mais on aimerait tendre vers des sonorités plus actuelles, dans la veine de Mini Mansions, de Queens of The Stone Age, de Kasabian… On écoute toujours autant de vieux trucs, mais on aimerait un son plus lourd, et les nouvelles techniques de production le permettent de plus en plus facilement.

Le Peuple du Rock : Comment avoir un son différent lorsque l’on joue des mêmes instruments ?

Théo Noël-Apperry : On y a beaucoup réfléchi, et on a surtout travaillé sur l’énergie dernièrement. Les prochains morceaux seront enregistrés en prises live, autrement dit sans piste par piste, on jouera tous ensemble. On a fait récemment quelques pré-productions avec cette technique, et ce qui s’en dégage correspond beaucoup plus à nos attentes. Le son sera donc moins propre, avec des possibilités de mixages réduites, mais beaucoup plus travaillé et peaufiné en amont.

Le Peuple du Rock : Aujourd’hui, penses-tu que la formation est au complet et que vous êtes libres d’avancer de façon sereine ?

François Herpers : Oui. On est certain que la formation est au complet. Et on essaie d’avancer, peut-être pas toujours sereinement… Mais en même temps, est-ce que sérénité rime avec rock ? Par contre on avance dans l’organisation, on a plein de projets pour 2016, et on essaie de concilier ça avec nos autres activités.

Le Peuple du Rock : au sein du groupe, comment se passe la composition ?

François Herpers : On compose souvent autour d’un riff que l’un de nous a apporté. Ensuite on complète, rythmiquement et harmoniquement. Les lignes de voix arrivent plus tard, et on essaie d’adapter les prémisses du morceau à ce qu’aura trouvé notre chanteur. On laisse souvent “décanter” le résultats quelques temps, pour essayer de mieux s’y remettre, avec du recul et de nouvelles idées.

Le Peuple du Rock : A quand l’album ?

Théo Noël-Apperry : On y pense pas vraiment ! Actuellement, on aurait assez de nouvelles compositions pour sortir un 7 ou 8 titres… Mais on a choisi, à moyen terme, de diffuser nos morceaux au compte-gouttes. Si les moyens financiers et humains ne suivent pas pour communiquer efficacement sur un album, aujourd’hui en tous cas, et à notre niveau, il sera oublié quelques jours après sa diffusion. Je pense qu’il faut y aller petit à petit ! Enregistrer régulièrement et faire beaucoup de concerts.

Le Peuple du Rock : Par qui, dans l’idéal, voudriez-vous être produit et pourquoi ?

François Herpers : Par Josh Homme ! Mais de manière plus terre à terre, on aimerait trouver quelqu’un qui saurait nous aider à synthétiser les idées qu’on a, à en faire un ensemble cohérent. N’importe qui, finalement, connu ou pas, mais qui aurait un vrai rôle de directeur artistique. Après si un type comme Chris Goss vient vers nous, qui a produit War Stories de UNKLE et qui a participé aux Desert Sessions, on ne dira pas non…

Le Peuple du Rock : Penses-tu comme nous que le rock n’est pas mort mais que c’est l’industrie autour qui va mal ? Le business model d’internet, l’obligation de faire des tournées pour survivre… (à noter que tu as le droit de ne pas être d’accord avec nous )

François Herpers : C’est une question de partiel de socio-économie que tu me sors là ! Hahaha ! Personnellement ça ne fait que peu de temps que j’évolue dans le milieu de la musique et que je m’intéresse au « business », ses acteurs, son évolution. Non le Rock n’est pas mort, au contraire, je pense qu’il fait désormais partie intégrante de la pop culture, c’est un courant qui a été complètement absorbé. Et c’est peut-être là où le bât blesse pour certain(e)s… Oui je pense que le rock contemporain a perdu de sa superbe, il n’est plus le mouvement de contre-culture qu’il a été. Je reste persuadé que les révolutions musicales sont concomitantes aux révolutions sociales. Mais néanmoins il existe toujours au travers d’un paquet d’artistes pro et d’une scène amateur, dont le niveau ne cesse d’augmenter, mais peut être sous une forme plus sage, plus réfléchie. Je ne veux pas non plus généraliser. Mais si Lemmy  était tant aimé, c’est parce qu’il représentait l’archétype même du rockeur brûlant sa vie par les deux bouts… Au final on est parfois proche de la mythification. Le rock ce n’est peut-être tout simplement qu’une posture… Concernant le business model, je trouve que c’est une bonne chose qu’on en revienne au live, car c’est l’essence même de la musique, et peut être encore plus pour un style tel que le rock, qui est paradoxalement né avec la démocratisation du micro sillon. Les lives, les tournées, pour moi, c’est fondamental dans un groupe, tant pour sa cohésion que pour se faire connaître, avoir les pétoches et se faire plaisir. Si je ne pouvais faire que ça je le ferai. Le web a certes changé la donne, mais il y a toujours eu de nombreux artistes mineurs qui galèrent pour vivre,  qui ont pu. survivre grace à leur musique. Prends l’exemple de BB King, je crois qu’il a le record de concerts sur une année, le mec tournait quasi 365 jours sur 365. Ou Led Zep, qui ont un album live qui se nomme « How The West Was Won » ou comment on a conquis l’Amérique (du Nord), alors que la santé de Page était pas au top à ce moment. Peut-être qu’au final le changement de donne du secteur de la musique fera ré émerger le rock et rendra le milieu et la musique plus sincère, plus intègre et plus viscéral. Mais seule une minorité peut et pourra en vivre, faut pas se leurrer. Et puis au final c’est aussi se cramer la santé un peu plus vite que la moyenne.

Le Peuple du Rock : Et bien tu viens d’obtenir ton partiel, je crois bien… (rires)Pourquoi avez-vous décidé de monter votre propre label? Comment ça s’est passé? Et quels sont les obstacles que vous avez dû surmonter?

François Herpers : Théo, le batteur du groupe et moi même, avons décidé de monter ce label sur un coup de tête. A la base il s’agissait d’un label éclectique, largement destiné au groupes émergents étudiants ou non, notamment à travers un tremplin entièrement gratuit, AMPLITUDES, qu’on relance d’ailleurs cette année. Celaa s’est fait car on n’était pas hyper raccords avec l’ambiance du milieu musical, et on voulait donner leur chance à des artistes auxquels on croyait. Franchement le montage a été assez facile, notamment parce que je viens du milieu associatif et que j’ai été responsable pendant trois ans d’un gros réseau national étudiant. Mais aussi grâce au chômage, héhéhé… Aujourd’hui les choses ont un peu évolué. Entre le boulot, le groupe, la vie perso, on a moins de temps pour gérer la structure, et on va intégrer les Some Smoking Guys au label pour ne plus travailler en parallèle. Le label va partir dans une veine plus rock, gagner en cohérence, et fonctionnera sûrement plus en mode collectif, avec bien sûr toujours des signatures à la clef, si on trouve des groupes qui nous plaisent vraiment. L’intérêt pour le groupe c’est la crédibilité que ça nous donne, que ce soit pour les recherches de salles, le montage de partenariats… Bien que petite, l’association est bien structurée administrativement, et ça nous enlève donc un paquet de barrières.

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Le Peuple du Rock : Tu viens d’aborder un peu le sujet, mais plus précisément, comment vois-tu le futur de SSG ?

François Herpers : On n’a pas encore communiqué dessus, c’est une exclusivité Le Peuple du Rock, mais on partira en tournée dans presque toute la France en 2016. On garde le mystère des lieux précis où on jouera pour l’instant, mais on sera dans une quinzaine de villes différentes entre mai et août prochain ! On a tout organisé et planifié nous-même, on bosse dessus depuis le mois d’ août dernier. 2016 sera donc live ! On sortira aussi un ou deux morceaux, on espère avant cet été. On a du stock mais on veut faire les choses bien. Et puis un clip, si on a le temps ! Si tout se passe bien, on sera de retour à Paris pour un ou deux concerts au mois de septembre prochain ! On a du boulot, donc…

Le Peuple du Rock : Profitant de la nouvelle année, on souhaite en tout cas le meilleur à SSG pour 2016 et on attend avec impatience la suite de vos aventures. Pensez à nous si jamais vous passez du côté de Toulouse ou Bordeaux, on sera contents de pouvoir couvrir l’un de vos lives.

François Herpers : On tiendra le PdR au courant, merci !

Informations utiles:

Some Smoking Guys, ce sont : François-Gaël (Chant, Guitare) François (Guitare lead) Théo (Batterie, Percussions, Choeurs) Antoine (Basse, Choeurs) Jonathan (Claviers, Choeurs)

Théo et François sont les co-fondateurs de Beside Labelhttps://www.facebook.com/besidelabel

(Le site est actuellement en refonte)

Suivez-le groupe sur Facebook à cette adresse:  https://www.facebook.com/SomeSmokingGuys/

 

propos recueillis par Greg Pinaud-Plazanet

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