Edito de la semaine

L’Edito du Lundi: Le Primavera festival de Barcelone a 15 ans, que fallait-il en retenir ?

Après une courte route, l’avantage de vivre dans le sud de la France, nous voici entrant en grands vainqueurs dans la capitale catalane pour suivre, pour la troisième année consécutive le festival que j’affectionne sûrement le plus, à savoir le Primavera. L’an prochain, on ira peut-être se faire celui de Porto pour changer un peu.

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Le Primavera fêtait cette année ses 15 ans. Sur ces 15 ans, je n’en ai connu que trois et je peux vous dire que ce sont mes trois meilleures expériences de festival, j’en ai pourtant vu un petit paquet. Primavera a la chance d’allier line up de folie (une centaine de groupes voire plus en comptant les concerts en club en parallèle du festival en lui-même), avec l’ambiance d’une superbe ville qui n’est pas avare de révéler aux  flâneurs ses recoins les plus secrets, ici cachés au fond d’une cour, là au détour d’une ruelle étroite. Chaque quartier est identitaire et pour ma part, le Gotico est sans aucun doute le plus magique. Le festival ne commençant que le soir vers 17h30-18h, cela laisse le temps aussi au touriste lambda de visiter les hauts lieux du coin.

Jour 1:

Une fois le pass 3 jours en poche, quelques tapas avalés et l’appartement AirBnB avec vue sur la Sagrada récupéré, il était temps de se mettre en route pour cette gentille petite première soirée, toujours un cran au dessous des deux suivantes, en théorie, mais non dépourvue de ses petites découvertes. C’est ainsi que nous avons pu assister au live des Cheatahsdont le second album, éponyme, est une petite pépite de shoegaze à mi chemin entre My Bloody Valentine et RIDE, ces deux influences prenant toute leur dimension en live. Guitares saturées, voix noyées (même en prenant en compte un petit problème de son… c’est l’âme de ce style de musique), le set était impeccable et quelle meilleure préparation que celle-ci pour nous emmener ensuite vers une autre scène à la rencontre de l’un des fondateurs du Sonic Youth: Thurston Moore.

Cheatahs

Cheatahs

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Thurston Moore – Credits @ DJ Monk

Il ne subsiste, après ce live magistral, aucun doute (mais alors aucun hein…), sur le fait que Sonic Youth devait son âme à Moore (son âme amour… Non ? Pourtant je pensais que ça sonnait bien…). Autant sa dernière galette (Best Day) était posée, autant en live, nous avons eu droit à du « sonic bullet in your face »… Au point que je me demande même comment ces gars-là font pour reproduire ce qu’ils font une seconde fois. Oui, ça m’a toujours turlupiné (que les amoureux de l’étymologie se calment, il n’y a rien de sale dans ce mot). Six morceaux, dont une reprise du premier pour clore le set d’une heure… Moore a toujours eu cette addiction (je ne parle pas ici de drogue, bien que…) pour les morceaux de plus de 10 minutes. Ses décharges électriques sont construites telles des coïts sauvages et impromptus. Il fait l’amour à sa vieille Jazzmaster et nous regardons bouche bée ses ébats furieux. Moore s’arrête en nous laissant exsangues et les oreilles un peu sifflantes. Pour se refaire une virginité, nous allons faire un passage éclair chez Mineral, non loin de là. Passage éclair car il est compliqué, quand bien même mue par un classicisme tout à fait honorable de passer derrière l’ex du Sonic Youth. Cela nous parait, certainement à tort, bien fade et nous nous déplaçons donc tranquillement vers la scène ou se produiront les Black Keys.

The Black Keys - Credits @ DJ Monk

The Black Keys – Credits @ DJ Monk

Que dire de ce groupe… Pour ma part, j’ai toujours été assez mitigé à leur encontre. Si je ne peux absolument pas leur nier cette énergie, ce style bluesy, qu’ils tutoient, je peux en revanche leur opposer une certaine platitude sur beaucoup de leurs morceaux, le dernier album en étant l’exemple le plus parlant. A part donc les quelques tubes du groupe dont un Lonely Boy toujours aussi entrainant, pas pour tout le monde puisque c’est le moment qu’a choisi une partie du publique non-négligeable pour quitter la place, le morceau marquant bien souvent la fin imminente de leurs concerts, à part leurs tubes disais-je, rien dans ce set ne m’a vraiment transporté.

Jour 2:

Je ne vous dirais pas combien je kiffe le fait de commencer à vous écrire ce report, assis sur le balcon de l’appartement où nous logeons, surplombant une rue ressemblant étrangement à une véritable fourmilière, avec ses bruits, ses gens qui font leurs courses de produits frais, cette vie que j’imagine trépidante, en bon étranger… Oui, car c’est bien connu, une fois que l’on vit cette vie imaginée, elle n’est plus si belle que cela. C’est typiquement humain, mais pour l’instant, je profite. Que dire de cette seconde journée à part que pour moi, ce sera celle qui aura été la plus forte malgré un vrai bon gros faux départ…

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Julian Casablancas and The Voidz – Credits @ DJ Monk

En effet Julian Casablancas et ses Voidz ont ouvert les hostilités de façon pour le moins curieuse. Un look sorti d’un autre temps, la moitié de la tête, cheveux courts teints en rose, l’autre côté long avec des mèches vertes jaunasses, habillé avec un goût que même ma grand-mère, célèbre attachée au ministère du mauvais goût aurait épinglé sans retenue. Si cela s’était arrêté là, tout aurait été pardonné, au lieu de cela Casablancas nous donne un concert creux, fichu de chansons peu attrayantes et d’un manque de caractère certain. On se demande alors ce que vont donner les Strokes le lendemain soir, mais bon… Qui vivra, verra, il est toujours salutaire d’espérer… Nous quittons donc le bonhomme et son vide intersidéral pour se positionner de manière à recevoir le prêche d’une combattante du Rock : Patti Smith qui, avec son groupe rejoue intégralement l’un de ses albums mythiques : Horses. Et là… Tout s’envole. Une magie que j’ai rarement pu voir lors d’un festival : une communion intime de la foule avec cette prêtresse dont seule la chevelure devenue blanche vient mettre un peu de lumière à son habit noir. La dame est habitée par ses textes et sait haranguer la foule présente pour distiller ses mots au plus profond des cœurs. Évidemment, elle commencera par Gloria pour reboucler dessus, de façon plus religieuse et chargée, à la fin du set, ou presque. Gloria est ici une reprise très personnelle de la chanson écrite par Van Morrisson. Patti Smith transcendant littéralement le texte par ses ajouts. Et la foule de reprendre le chorus en cœur. Même Patti en a été légèrement retournée, cela s’est vu et du coup, elle s’est livrée, donnée, offerte à cette foule, tant et si bien que pour la première fois de ma vie, j’ai senti ma gorge se serrer et mes yeux se sont mouillés derrière mes lunettes de soleil et lorsque j’ai regardé autour de moi si personne ne me voyait, j’ai constaté que tous les yeux brillaient étrangement de la même façon que les miens. Ce fut un moment très fort du début à la fin, y compris sur cette chanson écrite en pensant à Jim Morrisson ou cette dernière relatant tous les grands rockeurs jusqu’ici disparut, pour la plupart des amis à elle, on y comptera forcément Lou Reed

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Patti Smith Group

Après Patti Smith, nous avons eu droit à Damien Rice. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit seul sur une si grande scène, vu l’orchestration de son dernier album. Toutefois, et très vite, il a su nous le faire oublier. Là ou les Inrocks invoquent des braillements qui les ont faits fuir, je contre en disant simplement que Rice maitrise son sujet. La preuve : il a su en deux morceaux fixer son audience en commençant par d’anciens morceaux déjà bien connus de son public et ainsi l’emmener peu à peu vers ce qu’il souhaiter lui offrir. Il a joué finalement peu de son dernier opus mais juste assez pour donner envie d’aller l’écouter. Rice n’a pas eu peur de passer au son saturé lorsque cela était nécessaire et l’empilement final de boucles guitres/voix a été, à bien des égards une des plus magistrale démonstration que j’ai pu voir durant ce festival. Mais soit, je me contente peut-être de peu à en croire les connaisseurs. J’ai pourtant vu des gens non acquis, conquis. C’est un signe non ?

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Damien Rice

Quelque temps plus tard et après quelques boissons et hamburgers avalés, le clou de la soirée a démarré: RIDE. Mark Gardener et Andy Bell remettent au goût du jour leur shoegaze d’excellente facture nous faisant oublier en l’espace de quelques minutes seulement le fait que nous écoutions des Chelsea Girl, des Dreams Burn Down ou encore des Paralysed en… 1990. But old guys rule ! Un set d’une parfaite exécution, qui fait remonter en nous ce que Cheatahs tente de poursuivre, ce que Kevin Shields tente de ramener du passé. Le shoegaze est vivant et se porte bien, merci ! Andy Bell se remet plutôt bien du naufrage de Beady Eye, et les fantômes du passé (la tentative de virage Britpop notamment) qui obscurcissaient la séparation du groupe, semblent aujourd’hui définitivement dissipés. RIDE était mort et enterré, vive RIDE !

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RIDE

Pour clore la soirée, je suis parti voir Death From Above 1979 où comment, à deux, enflammer une foule de remueurs de tête. DFA1979, nous en avions parlé lors de la sortie de leur album dans un Edito en annonçant que ce groupe allait déchirer (bon ok, à cette époque-là, ce n’étaient pas tout à fait mes termes, ne vous fatiguez pas à chercher dans les historiques), et bien, nous avions vu juste. Ce groupe, emmené par Sébastien Grainger et Jesse Keeler est juste une petite bombe qui vous tombe sur le coin de la gueule depuis le ciel, tout comme son nom l’indique. La plupart des titres joués ce soir auront été sortis de Physical World, leur dernier album en date (2014), nous avons pu croiser toutefois quelques autres morceaux, plus anciens. Les Canadiens ont envoyé la purée grave comme on dit et c’est sur cette bonne note finale que je quittais le festival, fatigué.

Jour 3:

Le troisième jour est souvent le plus difficile au Primavera car, on a les deux derniers soirs dans les pattes et les journées touristiques également. La plante des pieds brûle un peu. Faut être con aussi pour faire un festival en Converse… Mais on ne se changera pas, car on aime souffrir, ça ajoute du panache ! Nous sommes arrivés sur le festival assez tard ce soir-là et je n’ai donc pu voir qu’une partie du show de Foxygen. Je dis show au sens propre hein, car sur scène, c’était théâtral… Littéralement. À la limite du clownesque, mais cela a eu l’air de faire son effet sur le public venu les écouter. Prenez un Rocky Horror Show, un poil de Bowie et une dose des Stones et mélangez dans un shaker, servez chaud… Nous nous sommes placés en face pour accueillir Interpol sur lesquels, ne les ayant jamais vus en live, j’avais de grosses attentes, trop grosses peut-être. Le set démarre normalement et quelques morceaux phares, tels Evil, Slow HandsNot Even Jail, tous trois sortis d’Antics propulsent tour à tour le show dans une dynamique positive. Malheureusement entre ces morceaux, le choix de la setlist me laisse quelque peu interloqué à défaut d’être totalement « interpolé ». Certains morceaux ne sont clairement pas taillés pour la scène et l’on préférerait surement les écouter à la maison, quitte à bouger un peu de la tête. Je me demande pourquoi ils n’ont pas refait la setlist de leur passage à l’Olympia en début d’année. Du coup, je regrette de ne pas avoir pu les voir, faute de temps à la salle Apolo de Barcelone jeudi en arrivant. Toutefois, et pour vous rassurer, si j’ai été déçu sur cet aspect, le live en lui-même n’a rien à se reprocher, le groupe non plus, ils ont été parfaits, ils ont fait de l’Interpol de façon plus que convaincante. Mais quelque part au fond de moi, je suis un poil déçu.

Interpol - Credits @ DJ Monk

Interpol – Credits @ DJ Monk

Interpol - Credits @ DJ Monk

Interpol – Credits @ DJ Monk

Dès la fin d’Interpol, nous avons constaté qu’il était quasi impossible de se placer pour The Strokes tellement il y avait de monde. Le Primavera, ce soir-là était Sold Out ! D’après nos informations, la seule finale (football) rediffusée sur écrans géants dans le carré alimentation/restaurant ne peut, seule, l’expliquer. Bref, The Stroke, Julian Casablancas donc, dont nous avons un bileux souvenir de la veille, remet le couvert avec son groupe. Et même si certains, que je peux comprendre, ne sentent pas le groupe à fond, il faut avouer tout de même que voir tout le monde danser sur leurs morceaux les plus connus (le live n’a été quasiment que cela d’ailleurs) faisait plaisir et nous entraînait à les suivre. Malgré un Is This It chanté si mollement que Sylvain craignait, à juste titre, qu’ils ne le chantent en reverse, le public s’est défoulé et avait la banane, pari mine de rien gagné donc pour le groupe, quoique l’on en dise.

La soirée s’est terminée pour moi sur un doublé à savoir deux groupes qui passaient en même temps : Thee Oh Sees, que j’avais déjà vu deux fois et que je savais capable d’emmener du monde, et Shellac, que je connaissais beaucoup moins. J’ai donc profité du moment ou John Dwyer abordait quelques-uns de ses anciens morceaux pour filer, en face, voir ce qu’il se passait chez Shellac. J’ai tenu presque deux morceaux. Je n’ai pas accroché du tout, il faudra que je réessaie en version disque, car on me dit que c’est bien. Je n’étais peut-être pas dans les meilleures conditions pour apprécier. Du coup, je suis retourné voir la fin du set des Oh Sees pour le plus grand plaisir de mes chères petites oreilles. Le son était puissant grâce aux deux batteries et donnait vraiment la pêche… Comme s’il y en avait eu vraiment besoin…

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Thee Oh Sees

Après un total de 66 261 pas sur trois jours, et éreintés, nous sommes rentrés nous coucher quelques heures avant de repartir vers nos univers familiers tout en attendant impatiemment les premiers noms à tomber pour l’édition 2016.

Greg Pinaud-Plazanet

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