Edito de la semaine

L’Edito du Lundi

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On se retrouve après un week-end plutôt beau, voir très beau, une douceur de vivre qui nous projette dores et déjà dans l’été qui sera là d’ici plus d’un mois. Ne crions pas victoire trop vite, mais toutes les victoires étant bonnes à prendre… Aujourd’hui nous allons parler de certaines sorties qui nous sont restées dans les oreilles, mais également, je vous avais prévenu il y a de cela quelques temps lors de la review de l’enceinte Marshall, d’un film. Pas n’importe quel film, il est hors de question de vous faire une review sur le dernier Tim Burton, bien que son Big Eyes soit vraiment pas mal… Je vous causerai plutôt ici de 20000 days on earth, ou comment romancer intelligemment et assez poétiquement 24h dans la vie de cette icône rock qu’est Nick Cave.

Vu que l’actu est chargée, on commence directement avec un groupe fondé aux US, en Californie, en 2012 : Andreas Fall. La double particularité de ce groupe US est que les deux membres fondateurs sont… français et qu’il nous replonge dans le rock des 90’s, celui des Pearl Jam (on retrouve d’ailleurs Dave Krusen à la batterie…), des Nirvana (comment ne pas y penser lorsque l’on entend Captain Lemon) et des Gumball… Une période faste pour le rock donc. Ces p’tits gars ont traversé les Etats-Unis pour produire leur album, quelques chansons à Chicago, le reste à L.A. Cela donne un album, au-delà de sa qualité irréfutable, bercé par divers influences tout en restant dans son unité de style. Volonté de faire ce qu’ils aiment (forcément !) en s’accrochant à leurs idoles, ou premier album en forme d’hommage, nous le saurons lorsqu’un deuxième album pointera le bout de son nez. Mais pour le moment il est trop tôt pour les conjectures et il vaut mieux se concentrer sur l’écoute de celui-ci.

Restons français (décidément le Rock français se porte bien !) avec Red Money, un jeune duo parisien (2013). Leur premier album, Chase Me annonce la couleur (le rouge et blanc des White Stripes ?) en délivrant un rock minimaliste qui me ferait penser à cette énergie primaire que je ressens en écoutant The Kills ou encore The Blood Red Shoes avec un côté parfois plus enjoué (Chase Me), parfois un peu plus brumeux (24-7). Un son un poil bluesy par moment, surtout dans les sections guitares, appuyées par une basse prédominante et une batterie qui cogne. Voilà ce que j’appelle un premier album encourageant pour le futur du rock hexagonal.

Habituellement, je n’aime pas les compilations mais s’il en est une à se mettre entre les oreilles ces temps-ci c’est certainement celle-ci: A Montrous Psychedelic Bubble. La compile rassemble 33 morceaux qui vont de Russell Morris, Sunset Strip à Tame Impala en passant par Mandu ou encore KÄNGURU et Missing Links. Bref, du beau monde lorsque l’on souhaite s’évader dans des boucles psychédéliques sans fin (on aimerait du moins qu’il n’y en ait pas…) des guitares 70’s. Cette compile fait partie d’une suite initiée en 2008, mais si l’on retrouve tout naturellement le duo de DJ mancuniens Amorphous Androgynous (ces gars-là ont travaillé sur du matériel de Paul Weller ou Noel Gallagher tout de même…),derrière la sélection et au mix, ils s’intéressent cette fois à tout ce qui est venu d’Australie et de Nouvelle-Zélande depuis les sixties… Un excellent panel donc. Ressortez votre LSD du tiroir, assurez-vous qu’il soit bien pur (il doit émettre des petits flashs blancs lorsqu’il est secoué dans l’obscurité), allongez-vous… et bon voyage !

On reste dans le même ton pour parler de Art et de la réédition du superbe Supernatural Fairy Tales. Art est un groupe de la fin des années 60 qui comptait quelques noms connus du milieu du rock de l’époque… Ainsi aux guitares, on retrouvait Luther Grosvenor (Mott The Hoople), Greg Ridley (Humble Pie) à la basse et Mike Harrison (Spooky Tooth) s’occupant du micro. Nous évoluons ici en plein psychédélisme anglais, dérivant déjà vers le rock progressif. Mais cela n’est pas très étonnant vu que le groupe évoluait en parallèle de Pink Floyd.

Nous en arrivons maintenant au petit plus de cet Edito: 20000 days on earth. C’est le temps théorique qu’aurait passé Nick Cave sur cette bonne vieille terre depuis sa naissance et le générique nous le rappelle en faisant défiler nombre de photos et extrait de documents du bonhomme, en accéléré jusqu’à arriver à 19999 puis s’arrête. Le documentaire-fiction-film débute alors et l’on démarre sur un Nick Cave, réveillé avant l’heure sautant du lit lorsque le réveil retentit, près à se mettre au boulot. C’est sa journée que nous allons suivre mais pas comme dans la plupart des documentaires sur un artiste, non… de façon plus… fantasmé, tout en restant réel. C’est exactement le but du film : mettre en exergue l’endroit même où se croisent imaginaire et réalité et faire apparaitre ce qui se cache derrière le voile. Exactement comme sont écritent ses chansons. A contrario, Nick Cave est devenu la rock star qu’il rêvait d’être et apparait désormais sans masque. Là encore sa réalité a rencontré sa fiction. 

Dès qu’il se lève, Cave se met donc à son bureau, au travail puis s’en suit un rendez-vous avec une personne que l’on suppose être un psy (Darian Leader, un acteur en réalité), qui guidera, au travers d’une consultation, l’artiste à se livrer sur son rapport au père, sur son enfance joyeuse, sur son rapport à la scène et à la transformation de l’être. Puis nous le verrons en train de chercher l’aspiration, de la trouver, de la perdre, tout ce qui compose son processus créatif. Il ira déjeuner chez son vieux compagnon de route, Warren Ellis et ils se souviendrons d’un concert de Nina Simone et de sa personnalité, comment elle pouvait captiver une foule tout en étant effrayante. Une grande leçon qu’a bien retenu Nick Cave et qui le dit d’ailleurs à une Kylie Minogue souriante, installée à l’artière de sa voiture. Car, chaque trajet en voiture permet une discussion imaginée avec ici Kylie, là l’acteur Ray Winstone (Sweeney Tood, Les Infiltrés, 44 Inch Chest…), là encore son vieux complice Blixa Bargeld. Toutes ces conversations nous mènent un peu plus loin. Cave fait un tour aux archives pour commenter certains documents amassés depuis les débuts. Une occasion de mettre en image quelques anecdotes marrantes à propos d’un Nick Cave Museum, de sa vie à Berlin et d’images porno soft projetées sur un plafond au travers d’une table en verre pourtant couverte d’images saintes… Là aussi nous sommes dans le « ce qu’il y a en dessous » de toutes choses. Il nous explique ce que sont ses carnets météorologiques (chronique du temps anglais lors de son emménagement dans l’île) et de l’impact que ce temps a eu sur ses textes. Il nous fera aussi la décomposition d’une série de photos d’une même scène, défilant image par image, nous expliquant ce qu’il s’y passe réellement, chose que nous n’aurions sans doute pas vu ou compris  au premier abord en les regardant.

On voit l’artiste en répétition, rentrer voir ses enfants pour partager une pizza devant un bon film…. Tout est toutefois très étudié et esthétique dans ce docu-film et, à mon sens les bonus, scènes coupées notamment, que l’on trouve sur le BluRay auraient mérité de figurer au sein du documentaire final. Il est d’ailleurs dommage qu’aucune option en ce sens ne le permette. Ces scènes, plus d’une dizaine, permettent de capter encore un peu plus l’essence même de Nick Cave depuis sa première rencontre avec Bargeld, son travail avec lui, en passant pas des séances studio et une impro formidable de Warren Ellis sur Jubilee Street. Cave parle aussi brièvement de ses deux livres et de leur point commun avec lui-même: Et l’Ane vit l’Ange ainsi que Mort de Bunny Munro, respectivement parus en 1989 (réédité en 2012) et en 2010. Vous assisterez à une digression rigolote sur les Fish & Chips avec Ray Winstone, et enfin le duo légendaire avec Kylie Minogue qui a poussé Nick cave sur le devant de la scène: Where The Wild Roses Grow, en live. Dans le reste des bonus, vous trouverez un making off des plus intéressant présentant l’envers du décors du film.

En conclusion, je dirai que sans pour autant être indispensable, j’ai eu vraiment beaucoup de plaisir à regarder ce docu-film, bien tourné, scénarisé pour mieux laisser place aux trouvailles et aux réflexions qu’il apporte avec lui. La semaine prochaine, nous parlerons de Brian Jonestown Massacre pour sa Musique de Film Imaginé, entre autre. Pour l’heure je vous laisse profiter du soleil, de la musique…

Greg Pinaud-Plazanet

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