Matthew E.White

Matthew E.White de retour avec du « Fresh Blood »

La dernière fois que nous avions parlé de Matthew E.White, nous nous étions pris d’affection pour sa grande tendresse, tendresse qu’il nous exprimait savamment en musique. Nous étions alors tombés sur un premier album, Big Inner, envoûtant. Il en ressortait également beaucoup de maîtrise et d’assurance dans ce premier jet mais aussi une grande timidité dans sa voix. De là, nous nous étions intéressés au parcours atypique du chanteur. Celui-ci force l’admiration. Un gars de Virginie, amoureux de la musique aussi bien sur le plan technique que pour son histoire, parvenant à convaincre le label Domino de le produire. On vous rappelle que c’est grâce à eux si aujourd’hui on a Franz Ferdinand, Elliott Smith, Pavement sans oublier Arctic Monkeys. Mais l’histoire est trouble car même s’il dépend en partie du major, Matthew E.White est avant tout producteur indépendant de son propre label, Spacebomb Records.

Une précision qui n’est pas si anodine en fin de compte. Et puis nous apprenions il  y a peu que Matthew E.White  s’était remis au travail pour nous pondre un deuxième bébé lequel se nomme « Fresh Blood ». Alors ? Comment s’en est-il sorti cette fois ? Eh bien tout le monde fut emballé, nous un peu moins. Aie… S’est-il complètement planté ? Non, n’exagérons rien et puis on a dit un peu, disons même un tout petit peu. Allez, trêve de bavardage car on vous doit tout de même quelques explications.

L’album commence super bien. On retrouve tout ce qui faisait le charme de White dans le premier morceau Take Care of my Babe : une sorte de soul revisitée avec une chaleur, une émotion et une précision dans le geste qui fait clairement mouche. La deuxième piste, Rock & Roll is Cold, confirme ce très bon départ. Le single, relayé sur les réseaux sociaux avant la sortie de l’album, avait beaucoup fait trépigner d’impatience la populace et nous en particulier. Il y a véritablement un truc qui se dégage. On dirait une musique d’un road movie made in USA avec la route 66 en panorama. Qu’est-ce que c’est bon !

Et puis d’un coup, tout bascule. À cet instant, une nouvelle atmosphère s’engraine donnant à Fresh Blood une note beaucoup moins légère, plus sombre même notamment dans l’écriture avec des thèmes comme la mort ou la rupture amoureuse. Le hic, c’est qu’on assiste, en filigrane de ce changement de ton plus austère, à une variation d’humeurs tout au long de l’album créant un déséquilibre dans sa structure. Et force est de constater qu’à l’écoute, ça passe pas super bien. Les mots manquent pour exprimer clairement l’idée énoncée. Disons que l’hétérogénéité de l’album a une drôle de saveur sur notre palais. En effet, on passe par des mélodies mélancoliques puis hyper joyeuses avant de s’engouffrer dans un flow berçant, voire mollasson sans qu’il y est un recalibrage dans la manipulation. Ce vas et vient mélodique est surement ce qui nous a un poil chagriné. C’est comme-ci le gars n’était pas clair avec nous. Nous avions déjà repéré cette tendance dans son premier opus sur le titre One of These Days et son « trompe l’œil » au niveau de la mélodie. Mais à l’époque, on l’a ressentait quelques instants et autour d’une seule chanson. Là, c’est comme-ci ça se proliférait comme de la mauvaise herbe. Ce n’est pas mauvais, c’est juste gênant.  On ne reproche pas le parti pris mais sa réalisation qui pêche un peu allez savoir pourquoi mais c’est ainsi.

Cela dit, au-delà de cette remarque purement subjective et surement infime pour vous, on n’occultera jamais le talent de White dans cet album.  Tenez, jetons par exemple une oreille sur Holy Moly. La chanson est d’une beauté et d’une tristesse extraordinaire. Les émotions vont crescendo à mesure que les différents instruments se réveillent un à un jusqu’au solo de guitare qui nous a subjugué. Il faut le souligner car jusqu’à présent, ce n’était pas dans l’habitude de White d’intégrer cette petite touche de nervosité qui ne lui fait pas défaut du tout. Les autres titres ressemblent pas mal à ceux de Big Inner ce qui a peut-être fait redescendre l’euphorie qu’on avait au début. Enfin il y a toute de même du bon : rien qu’en passant par la piste Feeling Good is Good Enough.

Fresh Blood est à écouter plusieurs fois pour l’observer sous tous ses angles. La première écoute n’a pas été très concluante puis en réessayant, on s’est davantage laissé porter par l’originalité de cet album qui tient dans le soin mis sur quelques morceaux comme pour Holy Moly sans oublier l’excellent Rock & Roll is Cold. On appréciera de surcroît une volonté bien visible chez White d’aller plus loin dans ce qu’il fait, d’oser tenter quelque chose d’innovant. Malheureusement, ça n’a pas totalement marché pour nous mais cela ne nous enlève pas de la bouche le fait qu’il a quand même fait du bon boulot le Matthew.

Marcus Bielak

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