David Bowie

Rencontre avec David Jones aka David Bowie

 

Si le titre parait un peu tapageur, il n’en est pas pour autant moins vrai et reflète tout à fait le but affiché de l’exposition David Bowie Is qu’accueille jusqu’au 31 mai le Philharmonique de Paris à La Villette. Cette exposition vous invite, au travers de divers documents, documentaires, extraits de films, et habits de scène, à vous faire découvrir l’artiste avant-gardiste qu’est David Bowie. De son enfance dans l’après guerre des tickets de rationnement, dans des quartiers portant encore les stigmates des bombardements (Brixton) à l’homme qu’il est aujourd’hui.

Pour cela, l’exposition nous remet dans le contexte culturel qui a vu naitre David Jones, futur jeune passionné de musique. On nous raconte dans quel environnement il a grandi, on nous raconte quelques anecdotes. On voit ici son premier instrument de musique, un saxophone en plastique de qualité professionnelle (Gafton), offert par son père… Là, la veste verte portée lors d’un de ses premiers concerts, dont il aura, déjà au fait d’une certaine mode à venir, fait des rayures au feutre bleu. On comprend l’envie de ce jeune homme d’être quelqu’un qui compte. Il enchaine les groupes sans pour autant percer puis un jour David Jones laissera la place à David Bowie. Un David Bowie qui se fera un devoir dès lors de montrer à tout le monde que l’on peut être ce que nous voulons, qui nous voulons. David Bowie devient alors un véritable concept multidimensionnel qu’il faut appréhender dans sa globalité, un médium que l’on peut alors s’approprier, interpréter ou utiliser comme on l’entend.

scenette

C’est le 1er juin 1967 que parait le premier album de Bowie, en même temps que le Sgt   Pepper’s des Beatles… Il a alors 19 ans. A partir de là s’enchaine, sur fond de conquête de l’espace, en 69, la montée de Ziggy Stardust, permier personnage créée par Bowie, croisement entre  sa facination pour l’expressionnisme, le mime (il étudiera avec Lindsay Kemp, la grande figure du moment), l’art théatral japonais (le nô) et l’envie de faire bouger les choses, participant déjà ainsi à la révolution sexuelle qui arrive à grands pas. Tout au long de sa carrière, il se trouvera à la pointe des modes. Pas par simple opportunisme comme on serait tenté de le croire, mais pour montrer que rien n’est impossible à personne. Ce faisant, il repousse sans cesse ses propres limites et devient successivement quelqu’un d’autre: Aladdin Sane, Thin White Duke, The Buddha of Suburbia, Nathan Adler… Il s’occupe de tout pour s’assurer que le concept ne soit pas dénaturé, depuis ses tenues scéniques jusqu’aux pochettes de disques et aux story-boards de ses clips qu’il dessine lui-même la plupart du temps.

Bowie costumes

Les costumes de Bowie les plus emblématiques

Je ne vous referai pas ici sa biographie qui a déjà été maintes fois écrite ou commentée (voir le hors série de Rolling Stones ou encore plus récemment celui des Inrocks…). Sachez simplement que si vous allez rencontrer l’artiste et ses masques nô (ses tenues ont d’ailleurs presque toutes été créées par le styliste Kansai Yamamoto dont on voit une excellente interview lors de l’exposition), vous allez aussi découvrir l’homme sous le masque, sans fard, sans habits excentriques, celui qui s’intéresse à l’Art, tous les arts. Celui qui repousse les limites de la composition en utilisant les cartes d’un jeu de cartes pour stratégies obliques, afin de remettre en permanence en question ses acquis ou ses certitudes: Le hasard en tant que source de créativité… On retrouvera le même concept dans les techniques de collages, comme le faisait aussi Burroughs, appliquées à ses textes, à sa composition. Vous aurez même une démonstration du logiciel qu’il a inventé pour reproduire cela de façon automatique. Tout cela expliqué par lui-même dans une featurette vidéo.

CUT good

A gauche la technique dite du collage, consistant à agencer des mots ou des phrases au hasard des sonorités ou de l’émotion induite. A droite, le jeu de cartes pour stratégies obliques: Oublier ce que l’on a appris afin de toujours se surprendre.

Tout au long de cette exposition, vous découvrirez donc ses différentes facettes, son jeu d’acteur, maintes fois saluée au cinéma bien entendu mais aussi à Broadway ou il incarna en 1980, un John Merrick (Elephant Man). Pour reproduire les déficiences physiques du personnage, Bowie préférera recourir à la gestuelle proche du mime, plutôt qu’à des prothèses (il eu, pour ce choix, les félicitations de John Hurt, qui avait tenu le rôle dans le film de David Lynch). A l’approche des postes de télévision, des écrans, de certaines pièces de sa collection personnelle exposée au philharmonique, vos écouteurs se mettrons en marche pour vous passer ici des extraits musicaux, là des extraits audios d’interviews de diverses personnalités ou de lui-même. Vous lirez des documents qui vous aideront à appréhender l’insaisissable. On vous amènera à comprendre les choix artistiques de l’homme, au-delà de son simple état d’artiste. Pour que cette expérience soit de qualité, Sennheiser, géant de la sonorisation, a collaboré avec les muséograhes et les commissaires de l’exposition en proposant leur système GuidePort ainsi que des simulations sonores 3D, permettant une immersion totale dans l’univers de l’artiste.

Vous l’aurez compris, cette exposition est un must pour tout fan qui se respecte, mais pas seulement. Véritable concept interactif, comme cela se fait beaucoup aujourd’hui, vous comprendrez comment Bowie a pu s’inspirer de personnes aussi différentes que Le Corbusier, Che Guevara, de Greta Garbo, de Brecht ou de Burroughs.

Greg Pinaud-Plazanet

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