Ben Mazué

Interview d’un Rap Addict : Ben Mazué

Aujourd’hui, nous publions l’interview de Ben Mazué, un artiste de la scène hip-hop/chanson française, montant de plus en plus, à l’occasion de son nouvel Ep: La Règle des 3 Unités. L’interview s’est déroulée dans les studios d’Ephélide, les fameux studios… Ceux dans lesquels ont été faites les interviews et sessions acoustiques des Wankin n’ Noodles, ou encore des Popopopops ! Nous remercions Ben Mazué ainsi qu’ Ephélide de nous avoir permis cette interview.

Visuel de l’E.P. « La Règle des Trois Unités » de Ben Mazué

PDR : Salut Ben Mazué, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore ?

BM : Je m’appelle Ben Mazué, je suis chanteur auteur compositeur… Un peu ronflant comme présentation. (rires) En fait, je suis artiste musicien depuis deux ans maintenant… J’ai toujours un peu de mal à me présenter… J’ai un peu envie de te proposer de le faire !

Et bien voilà, Ben Mazué, chanteur/guitariste, auteur compositeur au style chanson française acoustique, plutôt rap je trouve, avec une bonne influence Hocus Pocus, je me trompe ?

Non non, tu ne te trompes pas.

On est surtout là pour parler de ton dernier Ep: « La Règle des Trois Unités », alors peux-tu nous le présenter et nous dire aussi pourquoi faire un EP après un album ?

Parce qu’en fait, j’avais fait un EP avant l’album déjà, un peu pour l’introduire et là j’avais envie de reboucler et de faire un EP d’intro et un d’outro. C’était intéressant parce que c’était une façon de se poser la question sur une nouvelle manière de travailler… C’est donc à la fois boucler la boucle tout en étant aussi une transition pour la suite.

Donc on peut en déduire que tu nous prépare un nouvel album…

Bien sur oui, on écrit toujours de la musique… C’est un peu plus en flux tendu qu’avant, je trouve qu’on a raison de proposer tout le temps de la musique, c’est aussi ça l’apport d’internet dans l’univers musical, c’est qu’il y a des EP qui sortent tout le temps, des vidéos, des choses comme ça à droite à gauche, qui font qu’il y a une actu régulière des artistes, et je trouve ça passionnant.

Comment se passe ta composition, est-ce d’abord le texte ou la musique qui vient en premier ? Tu n’as pas de rituel de composition ?

Je ne sais pas, ça dépend des fois, c’est assez différent… J’ai pas vraiment de rituels, j’écris et je compose de manière très différente, c’est vraiment deux monde qui, pour moi, sont vraiment très différents. Le texte est pour moi le plus important, je demanderai plus volontiers de la musique à quelqu’un, plutôt qu’un texte. J’y accorde plus d’importance, car c’est aussi mon héritage, le fait d’avoir écouté pas mal de Hip-Hop, je me sentirai pas trop de chanter des textes qui ne sont pas les miens. Du coup, j’accorde plus d’importance aux textes et aux thèmes. C’est ce que je travaille le plus et qui met le plus de temps à arriver. Les musiques soit je vais aller en chercher au près des différents musiciens avec qui je travaille et fais les lives, soit je cherche une musique par rapport à ce que moi j’écris pour la faire évoluer au fur et à mesure.

Au premier plan, Ben Mazué, en arrière plan, Anthony pour le Peuple Du Rock. ©Roman Arroyo

Et les musiciens avec qui tu as travaillé pour ton EP, peux-tu nous en parler ?

Ce sont les musiciens du live en fait, alors que sur l’album, ce ne sont pas les mêmes. Donc là, il y a Clément Simonet qui a écrit une partie de l’album qui a précédé l’EP, qui fait toutes les guitares, quelques chœurs aussi et qui est avec moi sur scène et avec qui j’ai commencer la musique. Un batteur qui s’appelle Rémi Sanat, qui est un jeune mec, qui doit avoir votre âge à peu près, c’est à dire quoi… 15 – 16 ans à peu près ? (rires)

Quoi, je fais si jeune que ça ? (rires)

Non (rires)… Il est un peu plus vieux quand même, il doit avoir plutôt dans les 25 ans, il est très fort, il a passé trois ans à tourner avec le Cirque du Soleil Je l’ai attrapé à la sortie de cette tournée là. C’est avec eux deux que je suis sur scène. Sur l’EP, il y a aussi un claviériste qui s’appelle Gaël Cadou, il est aussi dans un autre groupe qui s’appelle Electro Deluxe.

Pour l’enregistrement de votre EP, vous avez laissé une part d’improvisation et de spontanéité ?

Ouais, complètement, on est arrivé et… pas grand chose était écrit en fait. On a laissé une part d’improvisation et de spontanéité, c’est ça qui était agréable d’ailleurs. C’est quand même un peu angoissant car tu arrives en studio et tout n’est pas fini, donc tu te dis « Si ça se trouve ça va être à chier » mais en même temps, c’est ça aussi la musique, c’est toute cette part d’improvisation, c’est agréable en vérité.

Et en live, ce sera pareil, ou le show sera plus écrit ?

En live, c’est plus écrit ouais. Je suis quelqu’un qui prépare, j’aime bien quand c’est préparé. (rires)

Bon, on va parler un peu de toi, comment s’est faite ta rencontre avec la musique ? Tes premières notes, ton premier instrument ?

Ma rencontre avec la musique est assez vague… Je ne me souviens pas précisément du moment où j’ai rencontré la musique, mais je me souviens que rapidement, j’ai eu une espèce de trop-plein, quelque chose de l’ordre du déséquilibre intérieur qu’il fallait que je dégage et la musique m’aidait à faire cela. Le fait d’écrire ou de jouer de la musique, ça m’aidait à faire disparaître ce trop-plein, cela existe toujours d’ailleurs. C’était assez tôt, je devais avoir douze-treize ans…

Et quand est-ce que tu t’es dit que tu voulais faire de la musique ton métier ? Vu qu’avant tu étais médecin…

Je me suis jamais dit que j’allais en faire mon métier, je me suis dit que j’allais vraiment me lancer et le faire à fond en 2006 – 2007, il y’a pas longtemps tu vois…

C’était quoi tes influences, au début, quand tu as eu ce déséquilibre ?

Je ne pense pas que les influences soient toujours musicales, les influences c’est un peu tout ce qui peut t’entourer, surtout quand tu fais de la chanson française, où le texte est important, tu vas plus te rapprocher d’un auteur de livre ou d’un scénariste, plutôt que d’un musicien pur. C’est-à-dire que l’émotion, tu ne vas pas la faire passer seulement dans ce que tu peux ressentir avec ou dans la musique, mais aussi ce que tu peux en comprendre. Dès lors que c’est cette musique là que tu fais, les influences sont larges. Ce n’est pas dénigrer la musique, au contraire, mais il y a des gens qui font de la musique et dont l’émotion va passer seulement par la musique, par exemple, quand tu écoutes de la musique anglophone, si tu comprends rien, c’est pas grave car il y a quand même de l’émotion qui est transmise alors que parfois, dans la musique francophone, si tu ne comprends pas, c’est dommage. Quand tu vas écouter une chanson comme « Ne Me Quittes Pas » (Jacques Brel. Ndlr.), c’est quand même vachement bien de comprendre ce qu’il raconte. Du coup, parti de là, les influences sont très larges… Cela peut être des situations, des évènements, des peintres, des musiques mais aussi des ruptures… Je pense qu’une rupture amoureuse va beaucoup plus m’influencer qu’un album, quel qu’il soit, même ceux que j’ai écouté en boucle…

« Je ne suis pas plutôt rap old-school… Je suis plutôt rap tout court ! » ©Roman Arroyo

Et du coup, le Hip-Hop, comment l’as-tu rencontré? Est-ce toi qui t’es forcé à écouter ce style ou ça t’es tombé dessus par hasard ? Hip-Hop ou toutes autres chansons à texte d’ailleurs…

J’ai été très rapidement touché par le Hip-Hop. Comme beaucoup en fait… Il y a une vague qui nous a tous transporté dans les années 90 et pour moi, ça part de là. Avec des albums comme le deuxième album de Solaar qui s’appelle Prose Combat, c’est à partir de cet album que j’ai commencé à apprécier le rap. Car c’était aussi de la poésie et puis pour tout ce que ça pouvait dégager de liberté, de facilité, de simplicité… Ma rencontre s’est faite aussi avec le concept du walkman en fait (rires): Le fait d’écouter la musique en marchant dans la rue, ça a changé ma façon d’écouter de la musique. Puis il y avait aussi tout cet engouement autour du Hip-Hop qu’il n’y avait pas autour des autres musiques, pleins de nouveaux groupes et d’artistes qui sortaient des trucs tout le temps, des fusions extraordinaires… Dans les années 90, il y avait énormément ça ! Puis tous les samedi, il y avait une émission qui s’appelait « Neuf the do » sur génération, je mettais mon enregistreur mini-disk et j’écoutais ça toute la semaine suivante. C’est à cette occasion que j’ai découvert pleins d’artistes comme Time Bomb, les X-Men, Oxmo, Pit Baccardi, j’ai découvert aussi des artistes qui ont moins marqué le Hip-Hop, mais qui m’ont marqué moi comme Don’t Cha, Les Sages Poètes de la Rue et tous ces artistes qui faisaient beaucoup d’impro, des clash… C’est parti de là.

Donc, toi qui est plutôt rap old-school, qu’est-ce que tu penses de la scène rap actuelle ?

Je ne suis pas plutôt rap old-school, je suis plutôt rap tout court (rires)

Toi qui est plutôt rap alors, qu’est-ce que tu penses de la scène rap actuelle ?

J’en pense que du bien ! Toutes les scènes, j’en pense que du bien. Il y a des artistes que j’écoute plus ou moins, mais c’est beaucoup plus facile de me séduire avec ce type de discipline musicale qu’avec une autre. J’aime beaucoup la musique en général, je peux être sensible à pleins de styles musicaux et surtout sensible aux hybrides, c’est-à-dire aux musiques qui s’inspirent de plusieurs musiques. J’en pense que du bien mais je ne connais pas beaucoup. J’ai vu sur scène 1995, que j’ai trouvé super frais, il y avait une énergie, une richesse dans l’équipe que tu vois sur scène qui est super agréable. Puis pour nous, les anciens, c’est très bien les vieilles instrus et de se dire que finalement c’était plus qu’un courant, c’était carrément un style, puisqu’on y revient. Puis sinon, la nouvelle scène… Orelsan, c’est la nouvelle scène ?

Oui, il en fait partie, dans la scène rap actuelle, je pense aux artistes qui passent souvent à la télé comme Sexion d’Assaut, Sefyu, Booba, La Fouine notamment…

Je connais pas tout, ça m’arrive d’écouter après, dans ma démarche artistique actuelle et le fait que je sois entrain d’écrire l’album à venir, je suis pas du tout dans la musique, je suis vraiment dans l’idée du thème. Essayer d’accrocher ce qui va me paraître être quelque chose dont j’ai envie de parler. Par exemple de vous les jeunes… J’ai envie de parler de vous en ce moment (rires). C’est tout nouveau pour moi la jeunesse, avant j’étais jeune aussi, maintenant ce n’est plus le cas… Donc c’est tout nouveau, car avant je parlais de moi quand je parlais des jeunes. Maintenant j’ai quitté cette tranche d’âge, il y a des mots que je ne peux plus utiliser maintenant, car ça fait ridicule sinon… (rires)

Par exemple ?

J’ai trente-et-un ans, je ne peux pas utiliser le « swag », le « seum »… Je les comprends, mais je ne peux pas les utiliser. (rires)

Soyons fou, si tu voulais faire une collaboration avec un artiste de la scène rap actuelle, ça serait qui ?

Je pense que ce serait Dany Dan,  un des rappeurs des Sages Poètes de la Rue.

« Il sort son iPhone et regarde dans son MP3 pour pouvoir répondre à ma question » ©Roman Arroyo

Et du coup, qu’est-ce qui tourne dans ton MP3 en ce moment ?

En ce moment, j’ai plus d’écouteurs, donc j’écoute plus la musique dans la rue, c’est relou… (rires). Mais en ce moment, je n’écoute pas beaucoup de son… (Il sort son iPhone et regarde ses MP3 pour pouvoir répondre à ma question. Ndlr). J’écoute un peu des amis, notamment Lenox, qui a sorti un album et que j’écoute vraiment, car on l’a écrit ensemble et j’ai chanté sur pas mal de titres, du coup ça fait plaisir de pouvoir l’entendre… Sinon, il y a un titre que j’aime, qui s’appelle « Atmosphère »… (Il reprend son iPhone et cherche sur internet. Ndlr) En ce moment, je n’écoute pas de musique, je regarde Rolland Garros comme tout le monde… (rires). Non j’ai écouté le dernier album de Youssoupha, « Noir Désir » !

Et qu’en as-tu pensé?

Je l’ai trouvé génial.  Je ne me rappelle plus qui a fait les instrus, mais j’ai vraiment accroché !

Tu aurais un bouquin à conseiller à nos lecteurs ?

J’aime bien Tonino Benacquista, je conseillerais bien le livre « Saga », c’est l’histoire de jeunes auteurs qui sont dans la merde et qui se retrouvent à écrire pour une série qui va passer la nuit à la télé, juste pour remplir les cases de séries françaises, et finalement ça marche à mort !

Sinon, c’est quoi la suite des évènements ?

Là on va jouer en live avec une artiste qui s’appelle Nadéah… Ha bah voilà ce que j’écoute en ce moment ! (rires). Donc on jouera des morceaux à elle et à moi au Café de la Danse le 29 juin (dernier…Ndlr). Après les Francofolies de La Rochelle, on jouera avec Kery James et Sly Johnson, puis plusieurs autres dates dans les festivals…

Propos recueillis par Anthony Amar

Photo : Roman Arroyo

Un grand merci à Ephélide et à Ben Mazué.

By Anthony Amar

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