Bruce Springsteen

High Hopes, l’anomalie du Boss

C’est l’album dont tout le monde parle en ce début d’année, et pas seulement pour sa qualité. Lundi est donc sorti le nouveau Springsteen. Intitulé High Hopes, l’album aligne 12 chansons qui vont faire pâlir tous les fans du Boss. Y compris les journalistes musicaux français.

High Hopes, c’est d’abord le récit d’une communication manquée. Le 29 décembre 2013, le Billboard, puis tous les médias américains, avaient relatés cette histoire : Amazon avait accidentellement mis à disposition des internautes le disque de Springsteen en format numérique. Très vite, le site avait retiré l’album de la vente. Puis, une semaine plus tard, on avait trouvé l’album (aux Etats-Unis), en streaming. Progressivement, on redressait la barre dans cette histoire dont voici le dénouement: ces quelques pistes du Boss en vente depuis cette semaine.

High Hopes, nouvel album de Bruce Springsteen (image : brucespringsteen.net)

High Hopes, nouvel album de Bruce Springsteen (image : brucespringsteen.net)

Passons sur tout cela, on pardonnera tout au Boss, surtout que ce n’est pas vraiment sa faute. On lui pardonnera aussi sa volonté de faire ses tiroirs. Car les chansons qu’il nous offre sont magnifiquement belles. Tout débute par une fanfare, celle qui gouverne sur le titre générique de l’album. Elle ne représente certainement pas tout l’album (Frankie Fell in Love est typique du Springsteen que l’on connaissait en 2001), mais, malgré tout, montre le tournant gaélique et traditionnel d’un Bruce Springsteen depuis les années Bush. La preuve : d’abord, cette chanson gospel-rock Heaven’s Wall, où le talent musical du Boss se fait entendre de façon magistrale. Et, je ne sais pas pourquoi je pense aux Pogues lorsque j’entends This is your sword. Peut-être un voyage spatio-temporel agrémenté de bière bien fraiche..

Springsteen s’est offert les services de Tom Morello pour l’album. L’ex-Audioslave et Rage Against The Machine est souvent présent, jusqu’à se payer le luxe de remplacer les deux membres manquants du E Street Band (Clarence Cleamons, dont le sax nous manquera toujours, y compris dans cet album, ainsi que Danny Federici). Sur Harry’s Place, une chanson datant de l’époque de The Rising (album sorti en 2001), Morello s’en sort sans briller. Quant à American Skin (41 Shots), une autre chanson poignante, le remplaçant n’arrive pas à faire oublier la version de référence enregistrée live en 2001 avec le saxophoniste. Évoquant la mort d’Amadou Diallo, un jeune guinéen tué par des policiers à New York en 2000, Springsteen lui donne une nouvelle signification et pour Trayon Martin, jeune homme tué en Floride en 2012 pour des motifs qui rappellent les sombres heures du racisme sudiste aux Etats-Unis,  Tom Morello avoue avoir eu beaucoup de mal avec cette chanson.

Le moment de gloire de Morello est sur The Ghost of Tom Joad. La chanson était déjà magique, il en fait un mythe, avec son rivage de guitares . La version éléctrique de cette chanson lui permet de rendre hommage au fan qu’il est de Springsteen, et lui permet de chanter avec lui. Parait-il aussi que c’est lui qui lui aurait soufflé ce titre d’album et cette chanson, une chanson obscure d’un EP rare intitulé Blood Brothers (1996).  Bon, et puis, The Ghost of Tom Joad avait déjà été repris par RATM en 1997, donc…

Bruce Springsteen et Tom Morello en concert en 2009. Crédits photos : Kevin Mazue/Wirelimage

Bruce Springsteen et Tom Morello en concert en 2009. Crédits photos : Kevin Mazue/Wirelimage

C’est bien-sûr le seul regret de cet album : qu’il soit une compilation (pour l’essentiel) de chansons déjà enregistrées. Certes, ce regret est vite dissipé par la nouvelle orchestration suivie par Springsteen/Morello mais pour le natif du New Jersey, cet album restera « une anomalie ». Mention donc spéciale à cette anomalie qui fait que Springsteen reprend (version classique…euh, bah… version Springsteen en fait) deux chansons issus de groupes punk : la réussie Just Like Fire Would du groupe australien The Saints, et la plus « mélancolique » Dream Baby Dream du groupe Suicide.

Trente ans après Born in The U.S.A, l’artiste n’arrive pas à faire oublier (en tout cas en France) cet album mythique. Est-ce de sa faute ? Benjamin Chapon note dans le journal 20 minutes que pour Springsteen, il s’agit de s’adresser « à ses fans les plus attentifs ». On a retenu de Dylan uniquement Like A Rolling Stone comme on ne retient que Born in the U.S.A. de Springsteen. Malheureux ? Oui (si cela est vrai), car en réalité, l’album High Hopes est bien a replacer dans le contexte des 3 albums précédents : Working on a dream était l’album de l’optimisme post-éléctoral (2009 : Obama est président), Wrecking Ball était l’album de la destruction et de la démolition, donc de la colère, High Hopes est l’album de la colère domptée par de « hauts espoirs »  en la justice et d’une vie meilleure. Dylan et Springsteen sont deux monstres sacrés qui savent s’entourer. Et ce sont surement les deux meilleurs songwriters et représentants des Etats-Unis d’aujourd’hui : High Hopes est tout cela. Une anomalie, donc.

Mickael Chailloux

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