Dans le rétro/Grands Classiques

Neil Young vs Transformer Man

« Et si le rock n’était pas revenu à la mode ? » titrait Libé récemment dans leurs « cahiers d’été » où les journalistes du quotidien réécrivent l’histoire. A nous de réécrire l’histoire maintenant. Et si Neil Young avait inventé la musique électronique ? On pourrait être porté à le croire…

BLESSURE INHUMAINE

En novembre 1980 sort Hawks and Doves. C’est le dixième album studio de Neil Young. Juste après la parution de cet album, le Loner connut un événement tragique : son deuxième fils Ben naissait avec une infirmité motrice cérébrale (IMC) qui lui fit perdre la possibilité de s’exprimer. Pendant près de 2 ans, Neil Young essaiera d’éduquer son fils tant bien que mal. La tétraplégie de son fils touche le musicien au plus profond de lui-même si bien qu’en 1981 sort Re-act-Or. Cet album réalisé avec le Crazy Horse témoigne de la violence de la maladie de son fils sur son travail : énergique, parfois trash, il contient aussi les premières chansons réalisées à l’aide de synthétiseurs…

En 1982, alors que la New Wave prend son envol (Jean-Michel Jarre, Mike Oldfield ), Neil Young utilisera pour la première fois dans son travail de composition, un objet qui connut ses premières utilisations avec succès dans les années 70 avec Giorgio Moroder entre autres, puis dans les années 80 grâce au groupe allemand Kraftwerk: le vocoder (un Sennheiser Vocoder VSM201) qui lui permet de modifier sa voix. Neil Young utilise ce procédé  dans 6 des 9 chansons que contiendra son futur album. Derrière ces chansons : l’inhumanité, la difficulté des communications entre les hommes et l’apport des nouvelles technologies…loin de l’image actuelle du canadien prêt à tout pour revenir au vinyle…

Trans devient le douzième album de la carrière de Neil Young

Trans devient le douzième album de la carrière de Neil Young

BACK TO THE FUTURE

La chanson « Transformer Man » exprime exactement cette idée-là : Le « Transformer Man » se révèle n’être autre que son fils. Young délivre plusieurs sentiments allant de l’amour d’un père qui veut aider son fils (« Laisse-nous enlever les chaînes qui te retiennent » – « Chaque jour, lorsque je regarde tes yeux, je me sens comme pétrifié ») à l’influence des outils électroniques pour communiquer avec Ben (« Transformer man, tu mènes le spectacle, commandant directement l’action en poussant un bouton »).

La voix vocodée de Neil souligne aussi d’autres aspects de la vie naissante à l’intérieur de la technologie. Ecoutez simplement « Computer Age, Computer Cowboy » ou encore « Sample and Horn »…la moitié des chansons synthétiques de l’album sont de cet acabit : voix modifiée haut perchée, paroles à l’aide d’ordinateurs et de samples…Surtout, l’album se veut précurseur des temps modernes. Dans une des rares interviews de l’époque réalisée à la TV, le canadien déclarait déjà : « la musique électronique est pour moi comme la musique folk, c’est le nouveau rock’n’roll. Je pense ça parce que c’est une musique émouvante, car elle est froide…j’ai mes synthétiseurs et mon ordinateur, et je ne suis plus seul… »Trans, le nom que donnera Neil Young à l’album qui sortira le 29 décembre 1982, est un album que ne renierait pas Jeff Lynne d’ELO ou même Daft Punk. La musique n’a (presque) pas vieillie…d’ailleurs, si on affabule, la chanson We R in Control n’évoquerait-elle pas les scandales d’espionnage de la NSA ?

Nils Lofgren (de dos) et Neil Young à Wembley en septembre 1982

Nils Lofgren (de dos) et Neil Young à Wembley en septembre 1982

INCOMPRIS

Et pourtant, Neil Young le reconnaîtra quelques années plus tard dans la biographie de 2002 écrite par l’auteur natif de San Francisco Jimmy McDonough : Trans fut un malentendu. D’autant plus que ce fut le premier album publié par le label fondé par David Geffen qui avait déjà refusé plus tôt un autre album intitulé Island in the Sun, album de musiques inspirées par les civilisations anciennes et les tropiques. D’où la présence dans Trans de 3 chansons plus ou moins normales  : « Little Thing Called Love », « Hold on to your love » ainsi que « Like an Inca » faisant  de Trans un album plutôt incohérent, bien que de bonne facture.

L’album aux deux concepts sème la pagaille chez les fans de Young comme dans l’esprit de Geffen qui lui reproche un album qui « musicalement n’est pas caractéristique de ses anciens albums ». 3,3 millions de dollars sont demandés…rien n’aboutit mais cette histoire nuit par ailleurs à la promotion et à la suite de la carrière de Neil Young. La réalité est que peu de fans de celui qui, il y a encore 10 ans se réclamait de la country-rock issue de Woodstock se reconnaissent dans Trans. Tout comme ils ont été heurtés par la reprise de « Mr Soul », une chanson de son ancien groupe Buffalo Springfield, façon « Daft Punk »…

Reste à Neil Young à se parer dans son attitude d’incompris…personne n’a réellement aimé et compris son œuvre, et l’album suivant, un pastiche (que l’on souhaiterait être une parodie) du rock des années 50, ne suffira pas à éteindre le feu et contribuera même à souffler sur les braises allumées avec Trans…il faudra attendre 1989 et son hymne « Rockin’ in the free world » pour que les critiques et fans redeviennent cléments avec la star canadienne…son crédit ne lui sera rendu que quelques années plus tard…

Est-ce que Trans est toujours joué par Neil Young et son Crazy Horse ? Pas actuellement, puisque jusqu’à nouvel ordre, sa tournée est arrêtée suite à une fracture de la main de son guitariste…mais en tout cas, Trans mérite plus d’écoute. Il a été remasterisé en Europe (en CD !) en 1998, et attend toujours de l’être aux Etats-Unis.

By Mickael Chailloux

Une réflexion sur “Neil Young vs Transformer Man

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