Stills & Nash

Crosby, Stills, Nash derrière les barreaux

Les festivals de musique ne vont pas très bien : de toute part, on essaye de remplir salles, aires de concerts, pour atteindre le nombre de spectateurs promis et ainsi rentabiliser les maigres subventions accordées. La sacro-sainte crise érode la culture, et les festivaliers ne sont pas en manque d’idées. L’exemple ici : à Lyon, où se déroulent les Nuits de Fourvière. Nous nous sommes essayés au concert gratuit derrière les grilles de l’amphithéâtre gallo-romain. On a choisi le concert le plus cher : Crosby, Stills & Nash. Verdict : on aurait peut-être dû payer notre place.

20h48 : la voix charmante du métro D nous accueille à l’aide de son « Vieux Lyon, Cathédrale St Jean, correspondances Funiculaires direction Fourvière ou St Just ». Les Lyonnais reconnaîtront le quartier historique de la ville, celui où trainent les touristes, les amateurs de bouchons lyonnais et… les Jeunesses Nationalistes. Pas question de le visiter, ce soir. Nous nous rendons à l’amphithéâtre gallo-romain voir un des plus grands groupes de l’histoire du rock. Pas seulement car ils étaient présents à Woodstock, une expérience dont, selon leurs dires, ils pensent beaucoup de mal. Mais parce que ce groupe là va nous faire voyager jusqu’à l’antre rêvée de tout les fans de musique américaine : Laurel Canyon, non loin de la côte Ouest des Etats-Unis. Je me suis paré de mon meilleur T-Shirt spécialement pour l’occasion : L.A., The City of Dreams and Angels…

Au passage devant la grille, on peut entendre : « Qui vend des billets ? Je cherche des billets à vendre ». L’homme trouve preneur et fait même des émules, lorsque le vendeur sort son carnet d’une bonne dizaine de places. Aux Nuits de Fourvière, Crosby Stills & Nash (que nous appellerons CSN) n’ont pas fait le plein. Ils ont été dépassés par Patti Smith, mais aussi par Woodkid, Jacques Higelin, Stéphane Eicher et même par IAM, accompagné de Psy 4 de la Rime. Le concert va bientôt commencer, et alors que nous montons la petite côte nous permettant de voir le concert, quelques accords retentissent…le groupe commence. Première chanson : la première de leur album mythique de 1970 Déjà Vu: « Carry On », « on continue ». La chanson est de circonstance et nous aide à gravir le peu d’espace qui nous sépare des grilles.

Derrière les grilles, les gens se sont pressés pour voir les maîtres du folk américain

Derrière les grilles, les gens se sont pressés pour voir les maîtres du folk américain

Expérience presque éléctrifiante

Première constatation : le son est fort, mais fort bien. La scène s’est même rapprochée de l’espace où nous sommes. L’année dernière, on avait pu y entendre un Dylan très en forme, mais trop loin pour en discerner quelque chose. Autre constatation : vu la renommée de CSN, nous nous attendions à énormément de monde. Loupé, beaucoup de personnes sont là sans être là. On lit « Le Progrès », on peut même apercevoir des étudiants en train de réviser…

Le show se déroule sans la moindre entrave, mais des grilles, on ne voit pas bien. Par contre, on entend majestueusement, surtout lorsque le groupe entonne « Southern Cross », avec un claviériste de talent. La chanson s’éclaire toute seule, à l’aide de claviers-trompettes…un petit bijou. David Crosby prend alors la parole et remercie aux claviers…son fils, James Raymond avec qui il a coécrit la chanson suivante: « Lay Me Down« . La nuit n’est pas encore tombée sur Fourvière, mais déjà, des esprits planent autour de la butte ancestrale.

Chaque spectateur se sent maintenant comme chez lui. C’est peut être pour cela que « Our House », au tempo nettement ralenti, ravit la nuée de fans amassés dans l’espace spectateur du théâtre. Ce sera le cas, avec cependant plus de parcimonie, des deux chansons suivantes, deux chansons nouvelles. Le concert bat son plein, et enchaîne avec une chanson du Buffalo Springfield. Le clin d’œil est amusant, si on sait que la veille, c’est à Vienne, non loin d’ici, que Neil Young jouait, accompagné de son cheval fougueux.

La nuit n'est pas tombée, les voix résonnent...

La nuit n’est pas tombée, les voix résonnent…

Graham Nash, la pause et le fan de Georges Lang

Après un « Love the one you’re with » Stephen Stills nous ravit de son jeu toujours flamboyant, Graham Nash prend la parole : « Nous allons faire une pause de 20 minutes, ne bougez pas, on revient après avec de la bonne musique ». Désarçonnés, des spectateurs ont un peu de mal à y croire. Nous même, nous constatons que c’est la première fois qu’un groupe ose faire ça…

Derrière les grilles, ou nous avons pris place en hauteur, car c’est seulement là que nous arrivions à voir les visages des trois hommes, c’est loin d’être rempli. Pendant la première heure, on a pu entendre des « C’est qui ? », « – Crosby, Nash, et Still…non, Crosby Still et Nash – Non, c’est Stills, maman »…Un couple s’étonne même de leur présence ici : « C’est les vrais ? ». Force est de constater que les passants ne constituent pas la majeure partie de ceux qui restent écouter.

Parmi les quelques téméraires, on croise des asiatiques, des métaleux qui évoquent, l’œil vif, les dernières performances du Hellfest…et aussi un homme d’un certain âge. « J’habite ici, nous dit-il, et c’est magnifique de les voir là. Je ne les avais vu qu’en disque. Des artistes comme ça, on en a pas en France ». Comment l’homme a connu ce groupe ? « J’écoute Georges Lang, le soir, sur RTL. Les Nocturnes, vous connaissez ? C’est de 0h à 3h du matin. L’autre jour, il a passé « Time« , et il a dit qu’à 1h45, c’était un bon moment pour écouter cette chanson », ajoute-t-il dans un pouffement de rire. « Lang, c’est un chic type, sympathique. En plus, il y va tout le temps aux Etats-Unis. Ca doit être payé par RTL, surement… ». Georges Lang est donc un des responsables de la venue derrière les grilles d’au moins deux personnes. La conversation dérive sur Deep Purple, « un groupe que mon frère m’a fait découvrir » ajoute le local de l’étape. Puis il me demande « Qu’est-ce que vous me conseillez comme magasins, pour trouver du Graham Nash ? Non, parce que je n’arrive pas à en trouver… » Jusqu’au moment où des accords de guitare reprennent. La deuxième partie du concert commence.

Téléphone en main, jumelles devant les yeux, rien n'est trop bon pour faire partager la musique du trio.

Téléphone en main, jumelles devant les yeux, rien n’est trop bon pour faire partager la musique du trio.

Regrets

Sur toutes les personnes présentes derrières les grilles, ma déception reste vive. J’espérais trouver des personnes qui comme moi auraient refusé le prix du concert et seraient venues ici, à deux pas de la basilique. Mais, il semblerait que le public ait été fidèle : il a payé sa place. La suite du concert atteint son paroxysme : malgré un début poussif, les accents country reviennent avec « Teach Your Children », que Graham Nash lance dans un sursaut gauchiste-hippie. Je traduis pour mon nouvel ami à mes côtés : « Voici un morceau pour les professeurs…qui devraient surement être mieux payés que les politiques »… Il est ovationné comme il se doit, les spectres des différents scandales politiques français ne sont pas loin…

Puis, deux morceaux et Nash et Crosby nous laissent « avec les mains expertes de Stephen Stills ». « Treetop Flyer » est un morceau d’anthologie, la foule se dandine les hanches pendant bien 5 minutes. Puis reviennent Graham Nash et David Crosby, pour LE moment. Que des harmonies vocales et une guitare. David Crosby nous indique : « Maintenant, retour vers les chansons d’amour », au moment de chanter « Guinnevere ». Au loin, Lyon est éclairée : la nuit tombée, la vue est imprenable. Les voix des esprits de Nash et Crosby nous pénètrent dans une mystique californienne. Le silence et la méditation sont de mise, avant l’applaudissement et l’ovation réservée aux deux hommes.

Retour de Stills pour des morceaux moins acoustiques : au programme, une chanson dans l’esprit de leur engagement contre la guerre au Vietnam, mais cette fois-ci, consacrée aux moines s’immolant par le feu en Chine. Et le morceau qu’ils se devaient de chanter, dans un lieu comme l’amphithéâtre gallo-romain de Fourvière, encastré entre la basilique et la cathédrale St-Jean… »Cathedral » met en lumière (christique assurément) les talents de claviériste de Graham Nash

Quand Stephen Stills joue de sa guitare, on prend une grosse claque...

Quand Stephen Stills joue de sa guitare, on prend une grosse claque…

La fin du set est consacrée aux rêves hippies de paix : « Chicago » (et son refrain légendaire « We Can Change The World ») est suivie par « Almost Cut My Hair », une chanson écrite suite aux désillusions de l’époque hippie. La fin est proche : « Wooden Ships » est le bouquet final de ce feu d’artifice du 16 juillet, fort en sensations. Les coussins volent, « Merci mille fois Lyon » lance un Graham Nash de sa voix aigue et puissante. Très vite, les trois compères reviennent chanter la seule chanson qu’ils avaient oublié : « Suite Judy Blue Eyes », une chanson d’amour…le final est puissant. Il est 23h46, le concert est fini.

Derrière les grilles, les gens s’éclipsent. « On était pas en VIP, mais ça le faisait ». On croise aussi les personnes venant du concert, commentant à leur guise les performances et l’âge de leurs héros d’un soir. Avec le recul, le regret que nous avons en prenant le dernier métro est de n’avoir assisté au concert que d’en haut. Finalement, on se dit qu’on aurait bien payé notre place. Le regret est vite dissipé lorsqu’on repense à la vue majestueuse sur Lyon, et à son alliance avec les chants des sirènes David et Graham…Cela aura été notre seul privilège: Nous croire, sans y avoir été, dans les profondeurs du Los Angeles mythique.

Mickael Chailloux

SET LIST :

Carry On/Questions – Military Madness – Long Time Gone – Just a song before I go – Southern Cross – Lay Me Down – Our House -What Time I Have – Exit Zero – Bluebird – Déjà vu – Love the One you’re with

BREAK de 20 minutes

Helplessy Hoping – Teach Your Children -Treetop Flyer – What Are Their Names – Guinnevere -Burning for Buddha – Triad – Cathedral – Chicago – Almost cut my hair -Wooden Ships

RAPPEL : Suite Judy Blue Eyes

Une réflexion sur “Crosby, Stills, Nash derrière les barreaux

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