Review

« Hallelujah » de Igorrr : une apologie de l’étrange

Igorrr, c’est la définition même de l’originalité. Un mélange de sons d’horizons multiples dont la quintessence mène à un tout, harmonieusement chaotique. Igorrr, c’est la folie personnifiée d’un homme qui n’a cure des règles instaurées par certain dictateurs de la musique. Igorrr, c’est la destruction des styles prédéfinis à grands coups de beat bien sale.

Igorrr est un projet musical orchestré par un certain Gautier Serre, également fondateur de Whourkr, un groupe d’electro death metal tout aussi barré. Bien qu’assez peu connu à ses débuts, Igorrr a réussi à imposer son style à travers la scène française, avec des albums comme le dément Poisson Soluble (2006), le plus sombre Moisissure (2008) ou l’immense Nostril (2010).

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Agorr © Geometria

Le 21 Décembre dernier, telle une sorte de présent de fin du monde, M. Serre nous pond une véritable bombe à fragmentation: Hallelujah. Cet album, au nom équivoque, est, comme à l’habitude de ce projet farfelu, un gargantuesque rire au nez de ceux qui s’acharnent à mettre les groupes dans des cases prédéfinies, mais dispose aussi d’une dimension blasphématoire envers les cultes religieux (notamment la pochette, très Igorrrienne, représentant un pape au charisme et à la texture de flan adulé par une foule de fidèles difformes.).

L’album commence en « douceur », avec un « Tout Petit Moineau ». Piano, instruments baroques et chant clair féminin tout à fait charmant (par Laure Le Prunenec, de Öxxö Xööx), le tout rehaussé tardivement d’un beat electro plus ou moins discret, mais ceci, jusqu’au milieu de la chanson. A cet instant, l’harmonie explose. La rythmique se fait énervée, la chanteuse part en hurlements déments, des riffs métal parsèment le tout d’une puissance intense. Peu à peu, la musique reprend son cours normal, mais il est trop tard, la machine Igorrr est enclenchée et s’ouvre sur une myriades de titres plus dantesques les uns que les autres.

Passant du metal extrême « Damaged Wing », « Absolute Psalm » (avec Teloch, de Mayhem), ou « Lullaby for a fat Jellyfish » (encore une fois avec Laure Le Prunenec), à une électro plus sombre saupoudrée de chant clair poétique, comme « Grosse Barbe », « Corpus Cristis », « Scarlatti 2.0 », ou encore « Toothpaste » qui gardent tout de même quelque riffs metal. L’album en profite pour explorer le flamenco expérimental avec « Cicadidae » ou la musique folklorique slave avec « Vegetable Soup » (et son fameux sampler de caquettement de poule.). Hallelujah se termine avec un majestueux « Infinite Loop », magnifique conclusion à coup de métal martelé et à la fin douce est apaisante sublimée par la chanteuse attitrée du projet.

Le terme métal a plusieurs fois été mentionné, car oui, Gautier Serre a commencé dans ce milieu. Cet album est donc un peu comme un hommage au milieu qui a vu naître ce génie de l’absurde. Chroniquer précisément une telle oeuvre est un travail difficile, car chaque minute en est différente et quasiment sans rapport avec la précédente. Seules vos oreilles et votre goût pour l’absurde pourront juger, car Igorrr est un panégyrique de la liberté.

By Abel Haddad

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