Grands Classiques

Les Fatals Picards : Plus de 10 ans de rock humoristique.

Il est vrai que chez moi, en Normandie, dans la Manche plus exactement, minimes sont le nombre d’évènements musicaux, où des artistes assez connus viennent se produire. Il y a bien le célèbre Festival Papillons de Nuits, à Saint-Laurent-De-Cuves, et Jazz sous les Pommiers, dont je vous ai déjà parlé sur le site, mais ils se déroulent tous deux durant la période scolaire… Alors, qu’il y a-t-il d’intéressant l’été, niveau musique, dans la Manche. Et bien, il y a le petit festival « Les Art’zimutés », juste à côté de Cherbourg, à deux pas de la plage. Le slogan du festival ? « Le festival dont vous êtes le héros ! ». Le site du festival accueille les plus jeunes d’entre nous lors une après-midi culturelle en proposant des jeux en tout genre et des activités de plein-air (planche à voile, natation, athlétisme, beach-volley), et bien-sûr, le soir des concerts. Et même si ce festival peut paraître assez « enfantin », il ne faut pas croire que les groupes qui y jouent sont tournés vers ce public. Loin de là. Car attention, parmi les artistes qui y ont déjà joué, on peut citer ne serait-ce que Eiffel, Yael Naïm, Les Têtes Raides, Les Ogres De Barback. Et cette année, le festival ne s’est pas moqué de nous : Caravan Palace, Arthur H et Les Fatals Picards en tête d’affiche ! Les festivaliers ont répondu présents devant la belle programmation que les organisateurs nous offraient.

Affiche du festival Art’Zimutés édition 2012

Mais parmi ces trois têtes d’affiches, il y en a une que j’apprécie plus particulièrement. Si vous avez commencé à lire cet article par le titre, normalement, vous devez savoir de qui je parle.

Ça remonte à l’époque du collège (Ah, le collège…). Je venais d’en changer justement, et il était temps que je me fasse de nouveaux potes. Un gars m’avait pris mon téléphone pour regarder mes mp3. Les Fatals m’ont permis de me faire de nouveaux potes. Bon bref, j’arrête de raconter ma vie. Je vais plutôt vous narrer celle des Fatals Picards. Ça sera beaucoup plus intéressant à lire, d’autant plus que je suis trop jeune pour écrire mon autobiographie.

Et si la musique pouvait faire rire ? Bon nombres de musiciens se sont déjà posés cette question. Et qui sait, peut-être que cette question est passé par la tête d’Ivan Callot, le fondateur des Fatals. Il rencontre alors en 2000 Laurent Honel, le guitariste actuel du groupe. Avec trois autres zicos, ils réaliseront le premier album du groupe. Un an plus tard, les trois autres musiciens s’en vont, et le batteur actuel, Jean-Marc Sauvagnargues, arrive. Le groupe fait son petit chemin. 2004, arrivée de Paul Léger, le chanteur présent du groupe et 2005 celle du bassiste Yves Giraud. Mais l’année phare du groupe, c’est l’année 2007. Et cela pour trois raisons :

1- Le groupe sort l’album Pamplemousse Mécanique, album aujourd’hui disque d’or.

2- Les cinq gaillards ont le privilège de représenter la France à l’Eurovision. Ils finissent 22/24. La France a échappé de peu à la relégation (Car oui, la Ligue 2 de l’Eurovision, ça existe.) malgré une chanson punchy et amusante, chanté en franglais : L’amour à la Française.

3- Le fondateur du groupe, Ivan Callot, se retire du groupe.

De G à D : Yves Giraud, Jean-Marc Sauvagnargues, Paul Léger et Laurent Honel

Le groupe continue malgré tout de tourner à quatre musiciens. S’il est certain que l’eurovision leur aura permis de se faire un gros coup de pub, le groupe continue à faire parler de lui, notamment pour son habitude à faire du name dropping (figure de style qui consiste à citer des noms connus dans leurs chansons). Et ça commence à faire une jolie liste : Lavilliers, Noah, Superbus, Les Enfoirés, Johnny, (…). Bien sûr, c’est de la moquerie bon enfant. Il y en a qui le comprennent bien, et qui l’ont bien pris, C’est le cas de Bernard Lavilliers, qui a joué son propre rôle dans le clip de la chanson qui lui est consacré, qui s’appelle (accrochez-vous) : Bernard Lavilliers ! D’autres l’ont mal pris.

Ce qui fait le succès des Fatals Picards, c’est donc ce mélange de rock et d’humour. Une chanson des Fatals, ça s’écoute deux fois : La première où on écoute la musique en elle-même. Cela peut varier du rock qui bouge bien (On peut citer le morceau Noir[s], une sorte de Rock Collection, hommage à Noir Désir, Mano Negra et Béruriers Noirs), tout comme des morceaux plus mélancolique comme Mon Père était tellement de gauche. La seconde fois, c’est pour essayer de déceler les calembours, jeux de mots etc. Bref: pour découvrir avec quoi ces faux picards (Car aucun membre du groupe n’est picard, qu’on se le dise…) ont décidé de faire rire leurs auditeurs. La recette fonctionne et le public en redemande. Cette année, Les Fatals ont sorti un double album live, le deuxième de leur carrière. Rare sont les groupes qui peuvent se payer ce luxe. 2013 sera l’année également du prochain album. Que demander de mieux ?

Pochette du dernier album live « Fatals s/ Scène »

Les Fatals Picards à 30 kilomètres de chez moi. Je ne pouvais pas rater ça. C’est avec une bonne dose d’humour et de gentillesse que le groupe m’accueille dans sa loge. Il fait beau, il fait chaud, pourquoi ne pas en profiter pour faire une interview sous le soleil normand ? (Ça arrive pas souvent, il faut en profiter). C’est assis sur l’herbe que le groupe répond à mes questions.

PDR : Déjà pour commencer, bonjour Les Fatals Picards ! Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Jean-Marc (Batterie) : Moi, c’est Jean-Marc, et c’est tout.

Yves (Basse) : Vivou, le gourmand, le bassiste, le mec cool !

Paul (Chant) : Capitaine Steven : Chanteur !

Laurent (Guitare) : Laurent, le mec qui fait des tubes ! (avec un tube en plastique à la main)

Alors, Les Fatals Picards, c’est plus de dix ans d’existence, six albums studios, deux albums live, une participation à l’eurovision ! Pas trop fatigués les gars ?

Paul : Bah, c’est vrai qu’on est un groupe hyperactif quoi, c’est pour ça que l’on est internationalement reconnu…

Laurent : Disons que, si tu avais dit sur deux mois, alors ouais on serait très fatigué, mais là c’est sur une décennie alors bon… Ça nous laisse du temps libre !

Jean-Marc : De toute façon, on est que les remplaçants.

Paul : Ouais, on est l’équipe B !

En tout cas, vous avez un très beau parcours, et tout ça, sans l’aide des médias !

Jean-Marc : Mais vous êtes un média !

Yves : C’est aussi grâce aux petits médias comme vous.

Paul : On a couché ! De toute façon, dans le métier, tu as deux solutions : soit tu es franc maçon, ou soit tu couches. Mais comme on est franc-maçons coucheurs, alors on fait les deux !

Laurent : Enfin, on a eu quelques coups de chance comme l’Eurovision, le clip avec Bernard Lavilliers, les petits buzz. Et c’est surtout à force de faire des concerts qu’on s’est construit. On doit être à, allez, neuf cent dates, donc ça commence à faire ! Même sur dix mille personnes, s’il n’y en a que deux qui aiment un concert, et bah, au fur et à mesure, ça fait quelques fans.

Paul : Au fur et à mesure, ça fait trente ! Et avec trente personnes, on peut faire une équipe de foot avec les remplaçants.

Jean-Marc : deux sur dix mille quand même, ça fait pas beaucoup, ça fait que 0.0002…

Paul : Et si par rapport à ça, tu places ce chiffre dans l’espace, et bah y’a pas d’air dans l’espace, alors le chiffre, il n’existe pas ! Et puis le zéro, il n’existe pas non plus, l’espace c’est infini, ça commence pas quelque part ! (sic)

Laurent : Mais dans l’espace aérien du pacifique, il y avait des zéros japonais qui avaient la tête brulée !

Paul : Ah bah là d’accord, ça existe ! C’était quoi déjà la question ?

Je sais plus… Mais vous avez dû y répondre ! Ah oui, les médias ! Justement, est ce que vous auriez envie d’être plus médiatisés ?

Jean-Marc : Oui. Enfin non, surtout gagner beaucoup plus de thunes !

Laurent : Des fois, on regrette de pas avoir un gros coup de pouce médiatique qui nous permettrait d’avoir un peu plus de confort, d’être moins pris pour des cons, des fois, par des organisateurs. Mais sinon, non. On vit très bien comme ça

Vous vous en êtes pris à Bernard Lavilliers, Yannick Noah, Les Enfoirés, Superbus et même l’inspecteur Derrick ! La prochaine victime, c’est qui ?

Paul et Yves : C’est toi !

Mais pourquoi ?

Paul : Fallait pas l’ouvrir ! Non, je déconne. Pour l’instant, on arrête le name dropping parce qu’on va avoir des problèmes sinon.

Laurent : Moi, j’en ai une sur Michael Vendetta mais vous n’en voulez pas alors. Elle va être gratuite celle-ci, elle va s’appeler « V pour Michael, ou M pour Vendetta » ou un truc dans le genre.

Tout le monde (Moi y compris) : Ahhhhhhhhhh (d’un air ébahi)

Laurent : Dicton du jour : Si l’intelligence était une fleur, tu serais un caillou.

Vous avez touché au mythe Johnny dans une de vos chansons, interdite, « Le Jour de la mort de Johnny » ce qui vous a valu des problèmes.

Paul : On a touché la mite de Johnny ? Ah non, oui d’accord… A l’époque où l’on a voulu sortir cette chanson, pour l’album d’avant avant (Le Sens de la gravité NDLR), il s’est avéré qu’à ce moment précis, Johnny avait changé de maison de disque et il s’est retrouvé chez Warner où nous étions encore à l’époque. Et du coup, vu qu’il était déjà malade de son truc, et que la chanson datée d’avant que cette histoire n’explose, les mecs de la maison de disque n’ont pas jugé opportun de la mettre sur l’album. Ils ont préféré mettre leur véto dessus, ce qui est assez ridicule…

Laurent : D’autant plus que Johnny n’est pas un animal.

Paul : Ouais, en plus. Enfin, on disait rien de mal sur lui. On disait juste ce qui allait se passer le jour où Johnny allait nous quitter. C’était plutôt un hommage. Mais ce qui nous as fait plaisir dans cette histoire, c’est que certains fans de Johnny nous on dit « Ouais, elle est géniale votre chanson ! »

Laurent : L’argument le plus bête qu’on ait eu contre cette chanson, c’est « C’est pas bien de souhaiter la mort des gens. » Mais, on ne l’a jamais souhaité.

J’ai fouillé un peu le livret de votre album live qui vient de sortir, et quelque chose m’a intrigué. Dans les remerciements, vous évoquez quelque chose que vous appelez « La vie en Rock ».

Laurent : Alors, La Vie En Rock, c’est un projet d’émission télé qui a été initié par Jean-Marc, mais qu’on a beaucoup de mal à vendre à des chaines de télévision, dont le but est d’amener des gens qui ne sont pas issus de la scène rock à s’exprimer dans un contexte plus rock.

Paul : On a tourné un pilote avec Julie Zenatti, c’est super cool.

Laurent : De toute façon, dans le show-biz, on te dit toujours « c’est génial », et on te rappelle pas. Alors du coup, on fait des trucs pourris.

Paul : Il faut tirer son épingle du jeu. Et si ça peut fonctionner, ça fait parler de toi. Comme on te le disait tout à l’heure, on n’a pas la médiatisation de Shaka Ponk.

Laurent : Tu la connais l’histoire de la poupée vaudou qui avait réussi à sortir son épingle du je(u) ? Putain, ça, ça va être mon nouveau statut Facebook dans 10 min, tout le monde va liker ! TOUCHDOWN!

Yves (le téléphone à la main) : Les gars, la vidéo est en ligne !

Quelle vidéo ?

Laurent : Hier, on a joué avec Bénabar et Archimède. On a partagé la scène le temps d’un « laisse béton », parce qu’on adore Renaud. Et Bénabar a un léger problème avec les prompteurs. Et donc, le souci, c’est que Bénabar a aussi des petits problèmes de lecture ! Donc notre « laisse béton », il a duré 9 minutes ! Sur un accord, c’est chiant !

Paul : Tu vois, je chantais « J’étais tranquille, j’étais pénard.. » et quand c’était à lui « Ah merde, on recommence ! ». Mais c’était cool, on a passé un bon moment. Dans ce métier, on fait de la route, et on rencontre des gens qu’on aime bien et avec qui on peut passer du bon temps, et ça, c’est quand même pas plus mal.

Laurent : Moi d’ailleurs, Arthur H ce soir, je suis content. Moi je trippe assez sa musique. Heureusement que sa musique a plus décollé que ses oreilles ! TOUCHDOWN ! Non, je rigole.
Surtout Chem-Cheminée que j’aime bien, elle est magnifique.

Ah oui, Mary Poppins…

Laurent : Oui, exact. Quand on y pense, il est stupide le ramoneur dans Mary Poppins , on peut en parler longtemps : Il est heureux alors qu’il est dominé socialement, exploité par la bourgeoisie londonienne du XIXeme siècle, et il trouve le moyen de se réjouir dans une espèce de crétinerie stupide et insipide qui permet à Disney de faire passer des messages aussi subversifs qu’une demie bible !

Ça, c’est dit !

Laurent : Et ici, les pauvres, ils font la Manche ? TOUCHDOWN !

Paul : Tu devrais vendre des statuts Facebook !

Vous ne manquez pas d’humour quand même, vous avez même recruté Dave pour jouer le rôle d’un père homophobe pour le clip de votre chanson « Coming-out ». Ce n’est pas un peu ironique quand même ?

Laurent : Oui, un peu ! Mais il était super cool ! On a passé une journée avec lui dans un pavillon de banlieue, avec aussi Armande Altaï. C’est un mec vachement lucide.

Dernière question : Quel morceau tourne le plus en ce moment dans votre lecteur MP3 ?

Laurent : Euh.. Moi, ça doit être « La Ruelle Des Morts » de Thiefaine. Attend, je te dis ça. ( Paul, Yves et Laurent sortent les iPhones pour répondre à la question ). Oui, moi c’est ça.

Paul : Putain, si c’est un truc qui craint… Ah non, ça va : « Revenga » de System Of A Down.

Yves : Moi, c’est du Velvet Revolver !

Paul : Et vas-y, on les met toutes en même temps !

Laurent : C’est peut être comme le pinard, en mélangeant que des trucs pourris, on peut obtenir un bon cru ! (Imaginez un peu le mélange de que ça donne)

On se quitte sur ce magnifique mix, merci à vous Les Fatals Picards !

LIVE REPORT :

C’est bien beau tout ça, mais en concert, ça donne quoi ? Ce n’était pas la première fois que je les voyais en concert, mais là, j’ai été agréablement surpris. Les Fatals réussissent très facilement à interagir avec le public. Chaque personne de ce public multi générationnel a perdu de nombreuses calories : Un foule compacte et énergique du début à la fin (un homme d’environ 45 ans m’a demandé de le slammer !). Les Fatals assurent le show. On a même eu le droit à un medley (Téléphone, Queen, Los Lobos, Whites Stripes, j’en passe et des meilleurs) et à une reprise rock de Partenaire Particulier. Bouger sur cette chanson, je pensais que c’était impossible. J’ai eu tort.
On comprend alors que le groupe soit surtout un groupe fait pour la scène. Même si les chansons peuvent ne pas plaire dans leur version studio, elles prennent une tout autre saveur en concert. Si Les Fatals Picards passent près de chez vous, n’hésitez pas. C’est plus efficace qu’une séance de gym, et en plus avec du bon rock. Que demander de mieux ?

Prochaines dates des Fatals Picards sur leur site : http://www.fatalspicards.com/concerts.php

Site web de Laurent Honel, dans lequel il met en ligne des chroniques très bien écrites, et pour les guitaristes, les partitions des Fatals Picards : http://www.xn--lesensdelagravit-qqb.com/

By Thibault Lemesle

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