interview

Samuele, ou la puissance évocatrice de l’intime

DECOUVERTE- Son 1er album est sorti le 2 mars dernier. Samuele nous livre de belles chansons d’amour dans « Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent ».

© Seb Miron

A la fois mélancolique, à la fois combative, à la fois énergique, il y a tout cela chez Samuele. Jeune artiste de 31 ans, québécoise, elle nous plonge dans un univers très intimiste. Sur scène, elle demande au public de couper son portable, et nous parle vraiment, et, ça, c’est bien. Dans ses chansons, on y parle d’amour avant tout, comme si finalement, c’était un peu pour cela que l’être humain était sur terre. Avec sa voix forte, qui claque parfois, elle sait nous faire vibrer comme personne. Et se donne sur scène, elle tombe par terre en jouant de la guitare.

Samuele – © Seb Miron

Chez Samuele, en concert actuellement en France, il y a des messages politiques aussi malgré eux. Comme dans Egalité de Papier, un morceau-parlé qui liste les trop nombreuses réflexions sexistes que doivent subir les femmes (et plus largement, ceux qui ne rentrent pas dans les cases). A savoir qu’on est pas dans de la guimauve du « aimez-vous les uns les autres », mais dans le fond des problèmes, dans de l’intime surtout… Et puis, raison bonus pour l’apprécier, elle porte dans son cœur un artiste au cris vif écorché : Daniel Balavoine (qu’on avait célébré là, rappelle-toi). Elle en profite d’ailleurs pour reprendre sur scène une de ses chansons, Le Chanteur, acoustique, intimiste, avec le chœur de ses spectateurs. « Y’a un côté épique dans ses albums. Je m’identifie beaucoup à lui, un mec qui dit ce qu’il a envie de dire. Et puis, je suis né en 1986, l’année de sa mort, y’a peut-être un signe » en rigole Samuele. Rencontre.

Le Peuple du Rock : Une des choses qu’on lit le plus souvent sur toi, c’est le fait que tu sois une artiste engagée. Es-tu confortable avec cette appellation ? 

Samuele : C’est pas le mot que j’ai choisi. Je suis une personne qui est engagée, je pense, mais je m’annoncerai pas comme tel. Si tout le monde me voit comme une artiste engagée, c’est qu’on en manque vraiment ! Certes, ça fait partie de mon travail, mais dans mon album, il y a beaucoup de chansons d’amour.

PDR : Cependant, cet engagement se ressent dans le titre de cet album, « Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent »…

Samuele : En fait, ce titre inscrit sur la pochette part d’une toile qu’Isa (Pardi) a fait. Je voulais absolument qu’elle fasse le visuel de l’album et donc je lui ai demandé si je pouvais reproduire sa toile. Je trouvais que c’était sympa aussi car c’est une phrase qui me fait toujours sourire, une phrase qui permet de lever le menton plus haut. C’est pas accusateur, c’est sympathique, c’est rigolo. Le genre de choses qui seraient jolies sur un T-shirt (rires).

PDR : Le premier titre, Egalité de Papier, est un texte poétique parlé. Il énonce des faits qui sont sous la lumière depuis le hashtag Me Too… c’est important d’en reparler aujourd’hui ? 

Samuele : Ben, ce texte je l’ai écrit il y a longtemps, il y a 5-6 ans. Ce que je voulais dénoncer, c’est le deux poids, deux mesures. Parce qu’on dit de chez nous au Québec, qu’on est très féministe. J’ai eu envie de répondre à ça, car cela m’agaçait. Parce que si on a l’égalité de papier, on a pas l’égalité dans les faits. Y’a encore beaucoup de violence. Que 5-6 ans plus tard, ça devienne un texte d’actualité, ça montre que je suis pas toute seule. Je suis contente de voir qu’on en parle. Je suis pas toujours satisfaite de la manière dont on traite ce sujet. Les problèmes de fond sont pas toujours abordés, mais c’est bien que la parole se libère, d’avoir le courage de dénoncer ses agresseurs.

 

PDR : Dans cet album, il y a plein de chansons d’amour, très jolies. Une qui me plait d’ailleurs, c’est Tous les Blues.

Samuele : C’est universel, ce sentiment de donner tout son amour à une personne qui n’est pas là pour l’entendre ou le recevoir. Je me rappelle très bien à quel moment j’ai écrit cette chanson. C’était une histoire précise, mais comme j’ai fait avec Le Matin, j’essaye d’écrire des textes très universels. Pour les gens qui l’écoutent, c’est plus facile de s’identifier. Un amour passionnel, on en a tous vécu ça un jour.

PDR : Tu joues et composes de la musique depuis longtemps ? 

Samuele : Cela  fait 15 ans ou 16 ans, oui. J’ai enregistré deux EP avant que mon fils naisse, en 2005, et un EP en 2011. Mais pour moi, c’était un peu l’école. Je me cherchais beaucoup. C’est vraiment l’album digital sorti en 2015 qui a marqué le début de l’aventure de ce projet. « Les filles sages… » c’est la continuité. J’ai trouvé un angle de création dans lequel je me sens bien, et un groupe aussi ! Avec une dynamique de famille : Julie (Miron) était dans mon premier groupe quand j’avais 15 ans. Jean-Sébastien (Brault-Labbé), c’était mon prof de guitare quand j’avais 18 ans. Alex (Pépin) est celui avec qui je joue depuis le moins longtemps, ça fait 8 ans. Et puis sur « Les filles sages », y’a Gabrielle (Smith) et Elizabeth (Rogers), que j’ai rencontré lors du Rock Camp for Girls (un camp de musique pour filles ) y’a deux trois ans. Je savais que Gabrielle jouait du sax, j’avais besoin de cuivres et je lui ai proposé. Elle a accepté et quatre mois après, elle est venue jouer sur l’album.

PDR : Une vraie ambiance de famille comme dans la piste cachée Hochelaga mon amour ? 

Samuele : Ouais, après y’avait aussi beaucoup d’amis qui étaient venus. J’aime m’enraciner dans des groupes, j’ai besoin de ça, j’aime travailler longtemps avec les mêmes personnes et créer des trucs qui durent.

PDR : C’est quoi tes premières influences musicales ? 

Samuele : Le premier disque que j’ai acheté avec mon argent, c’était No Doubt. J’étais amoureuse de Gwen Stefani mais je savais pas encore que j’étais gay (rires). Après, quand j’étais jeune, j’écoutais les disques de mes parents, beaucoup de folk, du grunge (Pearl Jam, Nirvana). A l’adolescence, j’étais obsédé par Dead Kennedys et Crass, et plein de groupes punks locaux. Mais l’artiste que j’ai découvert et qui a vraiment eu un impact pour moi, c’est Ani diFranco, pour sa démarche, son attitude et puis son jeu de guitare. C’était le premier exemple de personnage fort, intègre, honnête, et politique d’une façon très intime. J’aime pas et je n’écoute pas les chansons écrites juste pour me faire la morale.  Je préfère quand les messages politiques sont vues à travers un vécu plus intime, et j’ai découvert ça avec elle. C’est aussi là que j’ai découvert les chansons parlées, bref, j’ai été charmé par son univers.

PDR : Parle-moi du clip de La Sortie, la deuxième chanson de l’album..

Samuele : C’est moi qui ai filmé les images et on a fait le montage avec Seb Miron. Mon idée de base, c’était de filmer des gens non-binaires à l’extérieur des stéréotypes. Y’a toutes mes ami.e.s aussi. C’est la seule fois que j’ai mis les mains dans la réalisation d’un clip.

On vit dans un système qui divise les gens, entre le féminin et le masculin. Le fait que des femmes aient des vagins et des hommes des pénis est ancré depuis longtemps. Or, tout le monde ne se sent pas homme ou femme. Combattre le sexisme, l’homophobie, c’est aussi se battre contre la binarité du genre. Admettre qu’il y a un spectre global, et des personnes sur toute l’étendue du spectre. Et puis, oui, c’est difficile d’être visible, car les personnes qui ont le pouvoir de décider ce qui est diffuser ne sont pas des personnes qui veulent célébrer la binarité car ils profitent de ce système. Et puis, c’est très frontal, ça rend les gens mal à l’aise, inconfortable…mais c’est important de rendre visible la non-binarité.

PDR : On est au tout début de la tournée française, qui se poursuit jusqu’au 31 mars. Comment se passe les premières dates ? 

Samuele :  Ça se passe bien. Je suis encore en train d’apprivoiser la culture française. Mais le public qui vient voir le spectacle, c’est des gens qui veulent découvrir, qui sont ouvert et veulent se laisser surprendre et se laisser emmener dans un univers.

Samuele est en concert en France jusqu’au 31 mars. Voici les dates.

13 mars – Deauville
16 mars – Sotteville-lès-Rouen
18 mars – Neufchâtel-en-Bray
20 mars – Bar-le-Duc
22 mars – Noyon
23 mars – Bruxelles
25 mars – Laon
29 mars – Hazebrouck
30 mars – Gauchy
Son album est disponible sur Spotify, et vous pouvez le commander sur Bandcamp.
Propos recueillis par Mickaël Chailloux

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