Nick Beggs

Dans le rétro : Nick Beggs, de la pop synthétique colorée à l’univers sombre prog-rock

Qui a dit que chaque personnalité était unique ? N’avait qu’une facette musicale ? Dans le rétro aujourd’hui, un groupe mythique des soirées des années 80, dont le leader va changer d’air et de style, pour jouer une musique léchée. Et si finalement cela n’était pas incompatible ?

Beggs dans les années 80 et en 2017 / Photos n’appartenant pas au Peuple du Rock mais à ses propriétaires

Ce groupe se nomme Kajagoogoo. Leur histoire commence en 1982, lorsque les quatre membres se rencontrent à Leighton Buzzards, une petite ville du comté de Bedfordshire dont ils sont originaires. C’est à l’est de l’Angleterre. Ces quatre jeunes créent alors un groupe qui se nomme Art Nouveau. Parmi eux, Nick Beggs a 17 ans, c’est le plus jeune. Ils créent leur premier album, intitulé Fear Machine, vendu à 1 000 copies seulement, avant de chercher un « leader » à leur groupe en postant une annonce dans le magazine Melody Maker. Tout va s’enchaîner très vite, en avril 1983, après avoir rencontré Chris Limahl, leur futur chanteur, ils sortent White Feathers, leur œuvre. Avec cette chanson que, évidemment, tout le monde a entendu une fois dans sa vie. Too Shy est un essai déstructuré sur l’amour… et… bon, le rythme est vraiment bien travaillé malgré les paroles minimalistes, mais ça marche.

Une deuxième chanson sera d’ailleurs à noter dans cet album à réécouter, c’est Ooh to be Ah, qui nous gratifie d’une magnifique ligne de claviers et d’un jeu de guitares qui ravira les oreilles.

Après cet album, Limahl s’en va. Reste les quatre membres originels. Nick Beggs décide de devenir le nouveau chanteur du groupe. Parmi ses influences, Joe Jackson, Donald Fagen mais aussi Hall & Oates, le premier groupe qu’il a vu sur scène. Avec lui, le groupe prend une autre tournure. Idoles des jeunes, Kajagoogoo s’oriente vers une pop plus léchée… En témoigne ce Melting the ice away. A écouter aussi On a Plane, avec une véritable incursion de cuivres juste comme il faut.

Départ en Californie pour le dernier album de Kajagoogoo, devenu trio après le départ de Jez Strode, le batteur. Renommé Kaja, ce nouvel opus se veut plus rock, plus rude en gardant les marques de fabriques du groupe. Et en fait, Crazy Peoples Right to Speak est un album intéressant : une fois séparé de la première partie de l’album plutôt faible, on se retrouve dans une ambiance totalement différente, plus progressive, plus inquiétante, avec des chœurs plus travaillés, des rythmes lancinants. Dans cette dernière partie d’album, il y a le vrai Nick Beggs, et la suite le confirmera. Malgré tout, l’album n’atteint pas le top 100 des charts, et le groupe se sépare après cette dernière tentative.

Et maintenant ?

Nick Beggs n’a pas arrêté de faire de la musique. Il rebondit avec deux autres anglais, Simon Ellis (aux claviers) et Austin Howard (au chant). Expérimental, l’histoire dure quelques années, avec un album, Homelands. Peut-être que ces chansons étaient plus fouillis. Néanmoins, si Nick Beggs a fait son retour avec Kajagoogoo dans les années 2000, il a réalisé aussi deux albums solos, Stick Insect et The Maverick Heinsman. En 2014, ces albums très rares ont été résumés dans une compilation par Nick Beggs. Intitulée The Darkness in Men’s Heart, on y retrouve un lyrisme peu forcément entrevu dans sa carrière dans une atmosphère très sombre, très triste. On se croirait un peu dans une sorte de désert, empli de nos pensées les plus intimes, à parcourir le chemin qui nous sépare de la prochaine ville habitée. Cette atmosphère est belle et pure, en tout cas magnifiée par Nick Beggs à plusieurs reprises par ces morceaux instrumentaux.

Et puis, Nick Beggs a eu une carrière de musicien prolifique. Il a tourné notamment avec deux grandes pointures du monde prog-rock : Steve Hackett, l’un des guitaristes du groupe Genesis (des débuts), mais aussi Steven Wilson du groupe Porcupine Tree. Il les a accompagnés en studio pour leurs différents albums respectifs. Il y a rencontré deux hommes de talent, Roger King et Marco Minnemann. Les voilà lancés dans un nouveau projet qui va faire plus de bruit que ses mouvements de guitares solo… au sens littéral.

The Mute Gods (les dieux muets) émerge de cette rencontre. Un premier album sort en 2016 intitulé Do nothing till you hear from me. Il remporte le « Vanguard Award » lors d’une cérémonie récompensant les meilleurs artistes et albums de rock progressif cette année-là. Les trois compères ont donc remis le couvert cette année en sortant un nouvel opus, Tardigrates will inherit the earth. Nick Beggs l’a décrit comme un album qui envoie du lourd. Et il a raison. Écoutez plutôt We can’t carry on.

Tout suinte le gros son dans cet album. L’intro et la première chanson Animal Army est entré dans le panthéon des musiques mélodiques les plus belles du monde. On est bien loin de Kajagoogoo finalement, et c’est tant mieux. Nick Beggs a prouvé qu’il pouvait séparer son image de ce groupe en explorant d’autres musiques, c’est bien le signe que rien n’est jamais linéaire. Et quand c’est bon, on en redemande encore.

 

Mickaël Chailloux

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