Teenage fanclub

L’Edito de la semaine

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Hier soir je me suis replongé dans mon adolescence comme on relis un bon bouquin qu’on avait adoré il y a longtemps. En 1989, l’Ecosse, grand pays contributeur du rock, voit débouler le groupe alternatif Teenage Fanclub, qui enflamme la scène indie anglaise d’une fine saturation soutenant des voix qui n’ont rien à envier à une certaine scène surf californienne (qui a dit The Byrds ?). Un mélange qui depuis a fait maintes fois recettes. Pour ma part, ce n’est que quelques années plus tard que j’y pose mes oreilles, lors de la sortie de Bandwagonesque, un de leurs albums le plus connu à ce jour, sorti en 1991. Et si au tournant des années 2000, je perds leur trace dans le maelström musical ambiant,  c’est un groupe qui est resté, pour moi comme pour quelques amis, une référence. Hier soir, le Metronome (Toulouse) les recevait pour leur album, sobrement intitulé Here, sorti fin 2016. 

Pour l’occasion, j’y suis allé avec Sylvain, fan de la première heure et accessoirement rédacteur occasionnel au PdR, de passage sur Toulouse. Teenage Fanclub était accueilli par Le Metronum, une salle de très bonne qualité, dans le nord de la ville. Le seul problème de cette salle est qu’elle n’a pas, à mon humble avis, la programmation qu’elle mérite. Pour autant, nous avons pu y voir de temps en temps d’excellents groupes passer et hier soir était un de ces soirs. La salle s’est remplie gentiment, le temps de faire un tour au merchandising proposé, somme toute assez pauvre (tee-shirts, dernier album et mugs), un passage au bar pour se prendre un coup à boire et la première partie commençait. Quatre morceaux balancés depuis un ibidule, façon karaoké, puis le reste du groupe entrait en scène pour un set aux forts accents jazzy sur des textes amusants, sinon parfois même truculents, un peu à la façon d’un Neil Hannon, sans pour autant en atteindre le génie. C’était gai, mais cela ne nous a pas non plus laissé plus d’impression que cela.

La tête d’affiche est entrée en scène après un très court entracte ayant permis aux roadies d’installer leur matériel. Le public attendait, il n’a pas été déçu. Le set a proposé vingt trois morceaux que le groupe a enchaînés, finalement, assez rapidement. Et ceci sans pour autant nous donner le sentiment de n’être là que pour faire le job. Non, le groupe s’est amusé. Teenage Fanclub n’a jamais été porté sur les fioritures, sobres, leurs morceaux se suffisent à eux-mêmes.

Le groupe a commencé par envoyer Start Again, issu de Songs from Northern Britain, chanson que l’on pourrait tout à fait considérer comme un hymne pour la formation écossaise. Un morceau très « Byrdien » sur fond de légère saturation. D’ailleurs il est assez facile de reconnaitre les anciens morceaux, le dernier album étant très calme. De leur caractère noisy des débuts, au fur et à mesure des productions, le groupe s’est posé, développant davantage son talent pour les arrangements, et l’épuration des mélodies que dans  la saturation systématique. Ils ont également beaucoup travaillé sur leur trio vocal, formé de Norman Blake (rien à voir avec le musicien américain et son look à la George Harrison, ici on est plutôt sur un Mark Hamill qui aurait bien vieilli), Gerard Love et Raymond McGinley. Ils ont réussi à transformer, au fil des années, un groupe qui  eu explosé sur un territoire musical en vogue, en un groupe qui a su passer les courants, et s’imposer de soi. Pour autant, parfois, le dernier album laisse l’illusion d’être plutôt plan-plan. Il faut alors l’écouter avec plus d’attention pour qu’il se révèle enfin et vous livre une richesse que le quintet n’a jamais développée jusqu’à celui-ci. Un véritable hommage aux émotions.

Crédits@Cosmo

Crédits@Cosmo

Hier soir,  j’ai été assez étonné de ne pas entendre I Have Nothing More To Say, un morceau que leurs aînés n’auraient surement pas renié tellement j’ai parfois l’impression d’y entendre Roger McGuinn (The Byrds), tout comme sur Ain’t That Enough, à laquelle nous avons par contre eu droit pour mon plus grand plaisir. Je pense que I Have Nothing More To Say aurait été bien en lieu et place de Hold On par exemple, mais cela aurait entamé le petit coin de set-list réservée à Here . Mais ce n’est que mon avis. Dans l’ensemble, si le groupe ne fait pas spécialement d’expérimentation à proprement parler, certaines petites choses viennent confirmer qu’ils aiment aller titiller leurs propres limites. Teenage Fanclub ne sortira pas de son prés carré, ne les cherchez pas en dehors des barrières qu’ils se sont fixées. Le fait est, par contre, qu’ils maîtrisent brillamment leurs acquis. Au final, seuls quatre morceaux du dernier album ont été joués. Cela fait peu pour une tournée suivant une sortie, mais il est vrai qu’il est préférable de le découvrir chez soi, en toute tranquillité. Cela n’a d’ailleurs pas eu l’air de déplaire au public du Metronum, visiblement ravi que le groupe leur serve les meilleures pépites issues de leur discographie, même s’il l’on pouvait sentir quelques absents (Pet Rock). Mais vingt trois chansons en une heure quarante cinq, c’est déjà une belle performance par les temps qui courent. Et puis que voulez-vous, un concert de Teenage Fanclub, c’est un peu comme un Finger de Catbury…

Credits@Cosmo

Credits@Cosmo

Si le concert a été de très bonne facture, et si l’on fait abstraction des quelques petits défauts que l’on a pu remarquer de-ci, de-là (notamment au niveau de la voix du guitariste soliste, ou encore quelques accrochages de notes très discrets, les points culminants ont sans nuls doute été Star Sign et The Concept (Bandwagonesque), Thin Air (Here) ou encore les excellents Don’t Look Back et Sparky’s Dream (Grand Prix). Je n’oublierai pas non plus les très bons God Knows It’s True, Radio et Everything Flows, trois morceaux qui figuraient parmi les quatre chansons composant le rappel d’hier soir.

Greg Pinaud-Plazanet

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