Edito de la semaine/Hope Sandoval & The Warm Inventions

L’Edito de la semaine

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Si l’on a pu réécouter Mazzy Star il y a peu, Hope Sandoval n’a pour autant pas quitté le groupe qu’elle avait monté au début des années 2000. Elle revient donc ce mois-ci avec The Warm Inventions et un Lp intitulé Until The Hunter. Mais revenons un peu en arrière…

Mazzy Star, ce groupe us, est né sous le soleil californien suite à un split. A cette époque, Hope sandoval jouait aux côtés de David Roback (ex Rain Parade) et de Kendra Smith (ex Dream Syndicate) au sein d’Opal, un groupe rock psychédélique basé à Los Angeles. Leur musique était basée sur une alliance de rock classique et d’une énergie que l’on apparentait, à l’époque, au punk, dans l’esprit… Un peu comme si l’on mariait le Velvet Underground à Buffalo Springfield, le tout arrosé d’une touche des Monkees ou des Who. Et puis, lors d’une tournée en Grande-Bretagne, le groupe s’est, lui, désuni. Kendra Smith, alors chanteuse du groupe, quitte en effet la formation de façon assez brutale. A cette période d’ailleurs, nombre de groupes de la même mouvance se séparent. Peut-être à cause de leur côté punk, peut-être simplement parce que d’autres courants rock s’imposaient. Ces années-là (1984-92) sont particulièrement marquées par un post-punk sur la fin, par une new wave qui, quoiqu’on en dise s’essouffle et par l’émergence du raz de marée britpop issue d’une pop anglaise devenue trop classique.

Dès lors, Hope Sandoval s’associe à David Roback pour fonder Mazzy Star. Tout le monde se souvient de Fade Into You, chanson phare du groupe dans les années 90, relayée massivement par MTV, entre autres. Mais les choses se gâtent pour Mazzy Star au moment où le groupe est signé par une major (Capitol Records). Le contrat doit durer sept ans, mais le groupe est sous pression. Cette période des années 90, dont le contexte est retranscrit à la perfection dans le film Kill Your Friends (2015, avec Nicholas Hoult) : La Britpop inonde les ondes et l’on attend du groupe Mazzy Star qu’il entrent dans un moule… ce qui ne leur convient pas. On les étiquette parfois de shoegazers pour faire vendre leurs disques de façon plus large. Mazzy Star fait table rase et se sépare après seulement trois albums, trouvant là leur seule alternative pour échapper au contrat les liant avec Capitol Records.

En 2000, le groupe se reforme le temps d’une mini tournée et parle d’un nouvel album qui ne viendra pas tout de suite puisque l’on n’en entendra reparler qu’en 2009 (l’excellent Seasons of your Day, 2013). Dans le même temps, Hope Sandoval s’allie avec Colm Ó Cíosóig, batteur et fondateur de My Bloody Valentine, pour former Hope Sandoval & The Warm Inventions. Leurs productions sont assez erratiques : si leur premier album, Bavarian Fruit, sort assez vite (2001), le second ne voit le jour qu’en 2009 (Through The Devil Softly) et enfin Until The Hunter, cette année. Sandoval, entre temps, multiplie les participations sur des albums pointus comme Massive Attack, Jesus & Mary Chain, Death in Vegas ou encore The Chemical Brothers. Il faut dire que sa voix est tellement particulière… Sur le dernier album d’ailleurs, elle s’accorde à la perfection avec celle de Kurt Vile, car en parfaite opposition.

Entre chaleur et mélancolie, Until The Hunter met en avant la voix caractéristique de Sandoval tout en s’affranchissant des sons habituels que l’on pouvait entendre en accompagnement chez Mazzy Star. Les pistes sont assez différentes les unes des autres, même si l’on peut leur reconnaitre une certaine unité. Après tout, Sandoval et Ó Cíosóig ont chacun leur propre son et si cela donne au Lp une base familière, on peut également reconnaitre qu’ils savent les marier entre eux pour produire une espèce de labyrinthe brumeux où l’on se perd facilement, à la manière d’une suite de rêveries, ayant différents thèmes mais toujours les mêmes racines. Pour autant, c’est moins aérien que les productions de Mazzy Star. On retrouve dans ce disque de la guitare slide par ici (The Peasant), des boucles en répétition par-là, du picking même sur Hiking Song. On est ici ancré dans le folk, celui que les années 70 crachaient sur leurs radio FM des grands espaces.

Until The Hunter bénéficie de très beaux arrangements, ce qui fait que le disque ne se résume pas à la voix de Sandoval et à la guitare d’ Ó Cíosóig. Les deux artistes prennent du temps à produire leurs albums, ce n’est pas pour rien. Chaque morceau a le temps de murir tranquillement. Il n’y a qu’à écouter la première piste Into The Trees pour s’en apercevoir : ces drones tournoyants, ces percussions à la limite de l’oreille, ces petits sons qui viennent parfois toucher la surface en ondes fugaces. Tout est préparé avec talent. Dans un disque comme celui-ci, les émotions offrent une riche palette de couleurs, tout en côtoyant un certain minimalisme.

Greg Pinaud-Plazanet

 

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