Tom Chaplin

The Wave, un album qui met des mots sur les maux

The Wave, voilà comment Tom Chaplin a nommé son premier album. On connaissait l’artiste leader de la formation Keane, grande ambassadrice avec Coldplay de la renaissance de la britpop dans les années 2000, on le découvre dorénavant seul contre tous. Tom Chaplin fait cavalier seul, chevauchant une belle monture qu’est ce premier LP aux accents lancinants.  Oui, le monde de la musique est parfois difficile et cruel. Il est un monstre qui peut dévorer les âmes sensibles. Heureusement, le désespoir et la mélancolie peuvent laisser place au renouveau et à la réussite, deux choses que touchent Tom Chaplin avec The Wave, un album qui met des mots sur des maux.

Vaincre ses démons pour aller de l’avant

Nous apprenions après la sortie de l’excellent album Under the Iron Sea de Keane de terribles révélations au sujet du leader du groupe : Tom Chaplin souffrait d’une addiction à la drogue et à l’alcool. Un mal le plongeant dans une grande dépression au point qu’il n’était plus capable d’écrire de jolies mélopées pour le plaisir de ses fans. Une désillusion qui se transforme alors en une traversée du désert. Heureusement, elle prend fin en 2016, lorsqu’il se remet à écrire. De là, il accouche d’un sacré paquet de démos que nous avons dorénavant le plaisir d’écouter. Généreux, Chaplin nous avait gratifiés avant la sortie de son LP d’un très bel extrait intitulé Quicksand, un hommage à ce qu’il a de plus précieux sur cette terre, sa fille bien entendu. On pouvait être rassuré en apprenant par ailleurs que Chaplin s’était approprié les services de Matt Hales, producteur entre autre de la talentueuse Lianne La Havas. Bref, nous avions de quoi être rassuré jusqu’au 14 octobre 2016, date de sortie de The Wave.

Afficher l'image d'origine

The Wave, une douce surprise

Ce qui frappe lorsque que l’on écoute The Wave, c’est sa fluidité. En effet, on parcourt vite l’album sans trop voir le temps passé ce qui est plutôt positif pour juger le travail d’un artiste. Tout s’accommode pour former un ensemble homogène sans être compacte. C’est doux, épuré, gracile, subtil et fin. Bravo Chaplin. De surcroît, on est agréablement surpris d’écouter quelque chose qui rime différemment de ce qui fait l’identité de Keane.

On comprend rapidement que l’album est prévu pour être perçu, ressenti comme une reconstitution de cette douloureuse traversée du désert. Une sorte de ballade musicale qui peut aussi s’apparenter à une ballade en voiture. Que l’on se rassure, on l’a parcourt malgré tout à bord d’une splendide Mustang, de quoi rendre le trajet bien plus agréable. Effectivement, The Wave est comme une magnifique Mustang qui vous trimbale sur l’autoroute avec tout ce que cela peut entraîner…. Certes, elle vous fait péter une durite tant elle est gourmande en essence, sans parler du fait qu’elle est bruyante, qu’elle ronronne inlassablement à chaque accélération mais au final, c’est pour tous ces petits désagréments que l’on a fini par s’attacher à elle et que l’on prend du plaisir à la conduire. L’album est triste, abordant des sujets difficiles (avec tout ce qui se passe dans ce monde de fou, on aimerait parfois penser à des choses un peu plus joyeuses vous en conviendrez) toutefois il sait aussi nous remonter le moral. Tout porte à penser que c’était la volonté de Chaplin et sur ce point, il peut être rassuré : on apprécie la construction de l’album qui mise sur une progression, un avant/après matérialisé par des variations aussi bien musicales que verbales qui oscillent dans nos oreilles.

The Wave sonne comme un album pop qui n’en est pas un. Malgré une structure soignée et accessible, le songwritting alourdit la chose de par toutes ces confidences que nous livre le chanteur décidé de remonter la pente. Still Waiting, fort de sa simplicité, ouvre la marche. On comprend dès lors ce par quoi est passé Chaplin : beaucoup de solitudes. L’introduction peut refroidir mais au vu de son parcours, on trouve finalement logique d’avoir une telle entrée en matière. Par ailleurs, The Wave ne tombe pas dans le pathos en nous entraînant dans les méandres du désespoir. La remise en cause de soi et la résurrection débute avec Hardened Heart et se poursuit avec le schizophrène mais entraînant I Remember You (yeah if I close my eyes I can see you fighting in the tide and it’s so hard to let the memory die so I just wanna know if you’re alright).

Hold on to Our Love : Tou est dit rien qu’en lisant le titre de cette belle chanson plein d’optimisme et de combativité. On imagine que la descente aux enfers de Chaplin a du provoquer pas mal de dommages collatéraux, notamment auprès de sa moitié mais comme dit si bien Françoise Hardy, l’amour est plus fort que la mort ! On ne saurait passer à côté du somptueux Quicksand, véritable leçon pour les papas en herbe qui voudraient trouver des conseils pour éduquer leurs bambins (But If you crash land, in the Quicksand, I will pick you up, I will pull you out). Quicksand pourrait s’insérer parfaitement dans un album de Keane. Au-delà d’un beau message, le morceau marche très bien : simple, aéré, efficace, parfait. Solid Gold ne nous laisse pas de marbre tandis que son homologue See It So Clear, lui, se laisse apprécier de part sa fraîcheur. Le morceau éponyme The Wave ferme sobrement la marche. C’est sans nul doute l’une des plus belles chansons de l’album avec Quicksand. Ici, Tom Chaplin semble renouer avec lui-même, renouer avec le monde (time will sweep these things aaway and I’ll be carried by the wave). Les cinq pistes bonus ne sont pas révolutionnaires mais elles se laissent écouter  avec attention.

The Wave : Good Vibrations

The Wave est une très belle thérapie. Tom Chaplin a travaillé dur pour nous offrir cet album extrêmement touchant et assurément réussi. On ne l’attendait peut-être pas autant que  A Moon Shaped Pool de Radiohead et pourtant, nous avions tout intérêt à le faire. Oui, saluons l’artiste, saluons son parcours, saluons son combat mais saluons également son travail car même si cela peut paraître moins immédiat à dire, Tom Chaplin nous berce grâce à sa voix puissante et suave mais cela n’aurait peut-être pas été aussi beau sans un accompagnement instrumentale impeccable. Laissez-vous séduire par ce grand malabar fort attachant qui nous a totalement convaincu pour cette premièr fois. Merci Tom et bonne route à toi !

 

Marcus Bielak

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s