Edito de la semaine

L’Edito de la semaine

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Tout est bon pour faire du fric. Tout. Et ce n’est pas RCA qui pourra me contredire puisqu’ils ressortent toute la collection des albums de Lou Reed, sans changer un poil le master et donc les versions qui existent déjà sur le marché… Oui, RCA vous dira sûrement: « Oui, mais là vous pouvez tout avoir pour 60 euros seulement en dématérialisé ! » Ah oui ? Et sur les 60 euros, combien reviennent aux ayant droits de l’artiste ? En général, c’est  retrait fait  sur le contrat d’artiste, la licence, la distribution et l’édition, entre cinq et dix pour-cent. Ce n’est donc pas votre part que vous bradez le plus, aurais-je envie de dire… Bien-entendu que le consommateur va vouloir acheter moins cher, bien-entendu que cela sera intéressant pour lui, et puis oui, c’est vrai, l’auteur-compositeur-interprète est mort, donc on s’en fout des ayants droits, ça ira pas dans la poche de Lou… Oui, je n’ai pas peur de le dire, parfois la façon dont fonctionne notre société me fait espérer un monde où la violence de l’argent ne sera plus un pouvoir incontournable, où des grands de ce monde, ayant trop joué avec l’argent des autres, seront détrônés. Je ne rêve pas d’une révolution, non. Juste d’un monde plus juste, meilleur pour tous. Que l’on reconnaisse le droit à un être humain, quel qu’il soit, d’avoir les moyens d’exister. Vous vous demandez certainement pourquoi une simple compilation peut me mettre dans ces états-là… Une simple petite chose comme celle-ci peut être cette simple petite étincelle, salvatrice, que vous attendiez depuis longtemps pour exploser un bon coup et vous remettre à zéro.

En parlant de compilation, que dire également de celle de Placebo ? Trente six pistes déjà éditées sur album ou singles. Rien dans cette compilation ne justifie son achat, à part l’envie de venir en aide au groupe pour rembourser sa dette vis à vis de sa maison de disque. Oui, car là aussi, dans les contrats, il y a à dire… Le groupe vit sur des avances, la maison de disque se rembourse ensuite, mais les leviers de pourcentages font qu’entre la production et les tournées, le groupe se retrouve toujours en débiteur. Si vous souhaitez bien comprendre ce mécanisme, je vous conseille de regarder le documentaire de Jared Leto, Artifact.

Bon, assez parlé de choses qui fâchent. La rentrée est chargée, entre nouveautés, sorties, concerts, news, ça fuse et les vieux de la vieille (chapeauté pour le coup) sortent aussi des trucs. Après avoir été nommé chevalier, à 71 ans, Van Morrison continue de chanter avec l’album Keep Me Singing. C’est loin des exceptionnels enregistrements live datant de 73 qu’il a sorti récemment,  toutefois, Keep Me Singing présente douze pistes totalement nouvelles sur treize. A 71 ans… alors que d’autres se contentent de recycler. Oh Van Morrison l’a aussi fait, comme en 2015 avec Duets, mais de façon générale, l’artiste sort régulièrement de nouvelles choses. Alors oui, bien-entendu, le disque est un peu crémeux, un peu soul-jazz, c’est d’ailleurs pour cela que l’on y retrouve le cover d’Aretha Franklin : Share Your Love with Me. Honnêtement, ce disque ne rivalise aucunement avec ses albums phares, mais je pense que mettre le disque, l’air de rien, à Noël, peut sauver vos fêtes de fin d’années en famille et vous évitera de vous retrouver autour du piano à chanter des cantiques…

 

Et puisque nous sommes dans les vieilleries (n’imaginez rien, je ne suis pas de ceux-là…), No Exit est sorti le 30 septembre. Il s’agit d’un live de Marianne Faithfull qui a, depuis bien longtemps perdu sa voix virginale mais dont le tremolo reste attachant. De plus, il faut dire que les textes sont souvent superbes et l’enregistrement les fait clairement ressortir à l’écoute. Tous les titres ont été récoltés durant la tournée 2014  de cette dame qui fut l’égérie de beaucoup et berça de sa voix beaucoup d’autres. Marianne, c’est un peu comme Johnny Cash : une légende. Et les légendes ont encore de beaux jours devant elles vu la qualité de ce live. A noter qu’il existe aussi un DVD reprenant un concert à Budapest (2014) et quelques titres de son live at the Roundhouse, à Londres avec son groupe (dont notamment Ed Harcourt que nous suivons également sur sa carrière solo).

A côté de cela il y a des nouveautés auprès desquels l’on aurait aimé passé sans s’arrêter forcément. Pour ma part, c’est le cas du dernier Bon Iver qui est pour le moins déroutant. Ce troisième album marque une rupture (définitive ?) avec le travail habituel de Justin Vernon. Ici le Vocoder est roi. On aime, ou pas. Et même si je reconnais que c’est un disque complexe et très bien construit, je n’ai pu accrocher totalement. Il y en a trop, bien trop. Peut-être ne suis-je simplement pas prêt à cela maintenant ou bien que j’attendais une suite directe aux deux magnifiques premiers albums, plus acoustiques, je ne sais pas. Peut-être me faudra-t-il attendre un peu, que ce détachement se fasse, pour l’écouter à nouveau avec un œil différent. Le disque est une véritable mise en abîme de deux mondes différents, à savoir le synthétique et l’organique. Pour autant, la façon dont cela est fait est intelligente, les textes sont toujours aussi personnels et prenants. Et je préfère largement par exemple un 33″GOD » à  un 715 – CREEKS, qui, à part la voix vocodée, n’a absolument aucun instrumental, en plus… Sur tous les morceaux cependant, Vernon semble masquer sa voix derrière l’effet, plus ou moins présent, et je trouve cela dommage quand bien même cela semble servir le thème général du disque. Le concept reste donc intéressant mais peut vite taper sur les nerfs. C’est un peu comme un guitariste qui se paierait une nouvelle pédale Flanger et qui en foutrait partout jusqu’à la nausée. 666 aurait pu me ramener à la raison mais là aussi, certains effets utilisés me semblent trop présents. Mais finalement, ce sera à vous de juger…

Et puis il y a ceux que l’on attend avec appréhension suite aux deux premiers extraits et puis qui se révèlent être une petite réussite. C’est le cas de The False Foundation d’Archive. On commence lentement, sur un duo piano-voix puis on plonge dans les béats électroniques, scindant ainsi la première piste (Blue Faces) en deux parties bien distinctes, la seconde annonçant la suite de l’album avec un certain brio. Driving in Nails est donc totalement électro, limite indus, mais ça fonctionne. Archive n’a jamais autant utilisé de boucles hypnotiques que dans ce disque. Cela peut sembler répétitif et parfois on craint de s’ennuyer mais il y a toujours, chez eux quelque chose qui, tout en vous sortant de votre bulle de confort, réussi à vous emporter : des fonds saturés, des beats, des plages de claviers muées en nuées de brume, des montées en puissance… Rien n’est lisse. Le titre qui donne son nom à l’album est très différent de ce qu’Archive avait l’habitude de nous servir, mais il est plus que bienvenu avec son rythme speed, sa voix urgente, ses dissonances en arrière plan et promet, en live une bonne petite montée d’adrénaline. On se repose ensuite un peu avec Bright Lights, beaucoup plus aérien et Thousand Thoughts, presque évanescent. Plus loin, Sell Out est assez déroutante mais vise juste et l’on se prend à partir avec la chanson, pour peu que le texte vous parle. Stay Tribal repart dans l’urgence, et la ligne de chant est, là aussi, novatrice pour le groupe. The Weight of the World se permet quant à elle de revisiter quelque peu la surf music de la fin des années 50, façon électro. Un mélange là aussi surprenant mais qui apporte les fruits d’une expérimentation assez intéressante. A écouter avec des oreilles neuves et ouvertes.

 

C’est terminé pour cette semaine, vendredi on aura l’occasion de vous parler d’Edward Sharpe, en attendant passez tous une excellente semaine !

 

Greg Pinaud-Plazanet

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