Edito de la semaine

L’Edito du Lundi

C’est la rentrée, ça y est. Les enfants reprennent la direction des classes, vont retrouver leurs copains, leurs professeurs, parfois en avoir de nouveaux. J’aimais ces moments d’observation, de découverte. Cela définissait toujours mon positionnement pour l’année qui s’ouvrait. Une époque d’insouciance, bien loin de la vie d’adulte que nous aurions plus tard. Pour la musique aussi, septembre marque la rentrée, après des étés toujours un peu pauvres.

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Dans les prochains jours, les sorties vont fleurir. Notez bien que c’est tout le paradoxe de la rentrée… Ainsi, dès le 2 septembre, nous avons vu arriver le nouvel opus de Neil Hannon, l’homme de Divine Comedy. Foreverland se décline en deux versions, dès sa sortie, ce qui est bien plus intelligent car l’acheteur peut directement choisir en connaissance de cause. La version Deluxe compte dix-neuf morceaux supplémentaires, portant sobrement une date comme seul titre. Peut-être la date de leur composition ? Les douze morceaux de la version standard présentent des morceaux plutôt calmes (Foreverland) même si la façon de composer d’Hannon reste enjouée et piquante. La video, ci-dessous, de Catherine The Great se focalise sur l’amour que porte un homme à une femme persuadée d’être la grande reine, et qui fait tout pour qu’elle se sente bien, au détriment de ses propre sentiment. Le décalage est délicieux.  Funny Peculiar est un duo qui me fait penser par certains côtés (la voix féminine notamment, sa compagne dans la vie : Cathy Davey) à un autre duo (Somethin’ Stupid des Sinatra père et fille), agrémenté de cette touche légère et désuète, propre à Divine ComedyHannon l’érudit ne s’embarrasse pas de savoir ce que voudrait son public, il trace son chemin comme il l’entend, composant ses morceaux comme ils viennent, souvent à contre courant de l’industrie musicale mainstream, faisant de lui l’un des piliers de l’indie né dans les années 90. La truculence des textes est aussi l’une de ses marques de fabrique et dans Foreverland, Neil Hannon n’hésite pas à égratigner avec humour de grandes figures comme Napoléon ou la reine Catherine. Mais l’artiste évoque aussi la solitude des choses parfois, la maladie. Foreverland représente un peu son Never Land à lui, cet endroit que l’on aimerait trouver mais qui ne reste finalement qu’un but à atteindre. L’important en devient la route à suivre, et jusqu’ici, cet éternel dandy adolescent a toujours su piloter son navire, loin des grandes routes commerciales…

Le même jour sortait We Fucked a Flame into Being de Warhaus. Derrière ce groupe, on retrouve l’un des chanteurs guitaristes de BalthazarMaarten Devoldere. L’on sent d’ailleurs quelques similitudes, bien que Warhaus pousse un peu plus certaines choses au bout de son envie, comme l’utilisation d’une lenteur étudiée, d’une section cuivre plus présente. Les textes sont plutôt sombres, presque ésotériques, désespérants parfois aussi : l’amour est une nécessité se parant d’excès mais passant finalement trop vite pour en saisir la quintessence. Devoldere exhume violemment son désir de le retenir. On retrouve toujours cette espèce de nonchalance apathique chez l’artiste, ce truc qui vous fait penser à un truc important pour vous mais qui vous fait shooter, l’air de rien dans un cailloux, de manière négligée, car finalement, rien n’aura le temps de changer, tout est si… éphémère… La première piste pose le décors avec son beat lent mais marquant et son petit coup de clavier qui entretient la fugacité du moment. La suite du disque reste dans cet esprit et c’est une jolie réussite.

La fin de la semaine verra arriver un film, accompagné d’un album, le tout sortant tout droit de la tête de Nick Cave et de ses Bad Seeds. Skeleton Tree a été teasé sous forme de projet global à projection unique. Une nuit. Une seule nuit pour profiter, sur grand écran, d’une oeuvre qui devrait être assez mystique. L’enregistrement de l’album s’étire sur trois années, entre 2014 et 2016, lors de diverses haltes studio. Le film de cette expérience, intitulé One More Time With Feeling (en hommage à Regina Spektor ?) est dirigé par Andrew Dominik (directeur notamment de l’excellent L’ Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, ou encore de Killing Them Softly), le tout en belle lumière noire et blanche. Le film est basé à peu près sur le même concept narratif, assuré par Cave lui-même, que 20 000 Days on Earth, additionné d’interviews du groupe et de plus longues séances d’enregistrement. On plonge là encore dans ce process d’écriture, de créativité, que Nick Cave souhaite mettre en lumière, voir à nu. L’album, quant à lui, contiendra huit pistes. Un seizième album assez court donc pour une expérience qui s’annonce à la fois introspective et généreuse dans sa conception même.

Enfin je finirai cet Edito en vous conseillant fortement deux choses. La première est de regarder la série produite par Netflix, The Get Down. La seconde est de vous procurer la bande originale de ce petit bijou (elle est sortie le 12 août). Le scénario retrace un pan de l’histoire de la musique américaine issue du Bronx dans les années 80. Au milieu des ruines et encadré par des gangs, le Bronx a vu les prémices du hip-hop et du rap. Je ne suis pas fan de ces deux mouvances musicales, mais on assiste à la naissance des battles musicales et verbales entre D.J (voir la video ci-après) avec des ouhaaaa et des hooooo, sur du disco détourné, sans pouvoir s’empêcher d’avoir la bouche bée. La série est, de plus, portée par un jeune casting à la hauteur de ses ambitions. Ajoutons que le Get Down du titre est le moment à repérer sur le disque qui permet le mix. La scène de la recherche de ce moment par un D.J en devenir est d’ailleurs assez prenante, mais elle est loin d’être la seule. Préférez bien entendu la vostfr pour garder intacte la verve originale et profiter en même temps des sous-titres qui apportent une certaine compréhension de la vie de l’époque dans ce milieu défavorisé, les paroles des morceaux étant parfois expédiées à la vitesse d’une roquette et donc difficiles à suivre. Et puis c’est du Baz Luhrmann au meilleur de sa forme…

Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne rentrée et une bonne semaine sous ces cieux musicaux. Profitez de cette arrière saison pour faire le plein de notes et de mots.

Greg Pinaud-Plazanet

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