Edito de la semaine

L’Edito de la semaine: Nick Cave, entre ombre et lumière

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En juillet de l’année dernière, Nick Cave perdait son fils dans un accident sous l’emprise de LSD. Pour un musicien, la musique peut être une bonne thérapie et c’est ce que semble être Skeleton Tree, le seizième album des Bad Seeds. En partie indissociable du film-documentaire qui s’est vu projeté lors d’une seule nuit de septembre. Pourtant, cet album, s’il n’est pas dans le canon du groupe, résonne également à lui tout seul comme les cloches d’une église dans la brume. Skeleton Tree apparaît comme sépulcral et d’une beauté rarement égalée dans la discographie de ce grand bonhomme du rock, comme une lumière d’espoir dans un jour sombre.

L’album est assez court, à peine une quarantaine de minutes, mais en fallait-il réellement plus ? Il évite ainsi de façon assez habile le piège dans lequel il aurait pu tomber : le pathos. Huit pistes dont les premières sont plus narrées que chantées, apportant la lourdeur du couvercle bas et lourd, si cher à Baudelaire. Seuls les refrains sont plus ou moins chantés et additionnés de choeurs marquant les moments où l’auditeur peut respirer un peu. Intense. C’est l’un des mots qui définit le mieux Skeleton Tree. L’orchestration, si elle est minimale, n’en est pas moins posée, étudiée, grave. Warren Ellis, le compagnon de toujours, a laissé de côté ses envolées saturées pour une ambiance suintante, palpable et plus organique, donnant ainsi un corps à la peine endurée. Cave, de son côté, trouve, dans la poésie des mots, un sens à l’existence, à la création et bien entendu à son miroir : la mort. Une oeuvre de narration complexe, qui montre une certaine domestication du chagrin entrelacé à une réflexion plus large sur la vie.

Si la créativité, difficilement retrouvée après le drame, est devenu le point central de la réalisation d’Andrew Dominik dans One more time with feeling, le sujet de Skeleton Tree est tout autre et peut ici déployer à nouveau ses ailes pour se focaliser sur le vrai sujet de fond : le renvoi dos à dos d’une perte lourde, brutale à l’espoir. Il doit être cependant intéressant de voir l’oeuvre dans sa totalité et constater la différence frappante entre cette dernière et 20 000 Days on Earth, qui se terminait sur un plan de l’artiste en famille, entouré des jumeaux. Ici, Girl in Amber cristallise le souvenir : « Some go and some stay behind, Some never move at all, Girl in amber trapped forever, (…), Let no part of her go unremembered, clothes across the floor… » C’est au travers de telles phrases que l’artiste expurge ce qu’il a à dire, de façon intime mais toujours pudique, au travers d’une narration qui, si l’on n’y fait pas attention, pourrait parler de l’un des multiples personnages que Nick Cave a crée durant sa carrière pour nous conter ses histoires.

Distant Sky est tout simplement magnifique et l’on s’imagine projeté dans une église, sur fond d’orgue, pris entre la voix soprano féminine (Else Torp) des couplets et la voix de Cave sur les refrains. C’est la messe du disque qui se déroule devant nous. Ce moment chargé d’un certain recueillement télé de grâce. On touche les cieux, on tutoie les anges. Puis viendra la huitième et dernière piste, Skeleton Tree, en touche d’espoir, une sorte de « bout du tunnel » lumineux et tourné vers le grand tout qui se conclu par un apaisant « All is allright now ». Cette composition est le parfait miroir des boucles entrelacées de la première piste du disque. L’on s’en rend davantage compte lorsque l’on écoute le disque en boucle et que la fin de Skeleton Tree sonne le début de Jesus Alone.

Si le méditatif Skeleton Tree peut paraitre très proche de certaines orchestrations de Push The Sky Away, l’album précédent,  il en embrasse encore davantage son titre, comme une envolée libératrice vers ces voiles que forme le soleil lorsque les nuages se dissipent.

Greg Pinaud-Plazanet

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