Beck/Festival Beauregard/Feu! Chatterton/PJ Harvey

Festival Report : John Beauregard

« De Beauregard tombent des cordes, faut-il y grimper ou s’y pendre ? » Là est plus ou moins l’interrogation que j’avais par rapport à ce festival que l’on me prédisait beaucoup trop familial, « bobo », donc ennuyeux en terme d’ambiance. La programmation, si prometteuse, allait-elle se noyer dans l’ampleur d’un festival un peu trop institutionnalisé, propret ?

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© Sandra Farrands 2016

Après avoir un peu attendu, je rentre enfin dans ce lieu qui m’était inconnu jusqu’alors. Première impression et pas des moindres : l’endroit est vraiment superbe. Entourées de bosquets et d’arbres par-ci par-là, les deux scènes « John » et « Beauregard », ne sont pas très éloignées l’une de l’autre. L’élément qui les distingue est le château de Beauregard du côté de la scène du même nom. C’est idéal, et cela crée une atmosphère assez magique le soir. Un avantage dans le déroulement du line-up est que les concerts se succèdent sans se chevaucher, ce qui permet au public de tout voir et aux artistes de ne pas être délaissés. Ils sont valorisés sous le sceau de la découverte pour beaucoup, et c’est vraiment un bon point !

L’omniprésence des sponsors

L’organisation a sollicité la ville et ses partenaires au maximum. Bien évidemment, la région est valorisée. D’ailleurs, grâce à cela, un stand de dégustation m’a émoustillé les papilles. Il s’agissait d’une sorte de coopérative mettant en avant les producteurs du Calvados. On pouvait y trouver quatre sortes de fromages, du caramel de pomme et des jus. Pareil pour le bar à vin. Belle initiative.

Le bémol de l’institutionnalisation du festival est qu’ils ont fait en sorte de maintenir une forme « d’ordre » qui laisse peu de place à l’esprit festivalier, c’est à dire fêtard, noctambule. Qui plus est, sachant que le camping est très peu fréquenté, cela influe fortement sur le type de public qui se rend au festival qui, au fil des années (je suppose donc), s’est façonnée une atmosphère « sortie en famille » qui rend l’ambiance un peu trop calme et raisonnable. Mais il en faut pour tous, n’est-ce pas ? Les festivaliers qui ont l’habitude de fréquenter des endroits comme le Cabaret Vert ou le Dour Festival seront rapidement remis à leur place. (Alcohol prohibited.)

Parlons bien, parlons musique. La scène française a joliment été valorisée. Pourtant si peu connue du grand public, la coldwave et la scène psyché a tout de même réussie à propager une atmosphère particulière sur le domaine de Beauregard.

La scène francophone

A peine arrivée sur le site que les Havrais de N U I T transcendaient ce milieu d’après-midi pluvieux de leur synthé et bassline saturée. N’ayant profité de leur musique qu’en fond sonore pour visiter les lieux, je ne peux vous en parler objectivement. A vous donc de découvrir :

 

Cependant, ce jour-là, un groupe pop indé en particulier était dans ma ligne de mire : Feu ! Chatterton, un quintet parisien. Riche de ses qualités d’orateur poétique, Arthur, le chanteur, accompagné de ces quatre musiciens enjoués, a littéralement dompté la scène et le souffle du public. Leur live était transcendant, c’était génial. Arthur déclame les mots comme il respire. Ouvertement inspiré par la Beat Generation, il parle et chante comme écrivait Jack Kerouac, au fil de la plume.

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© Crew Beauregard 2016

 

« Feu ! Chatterton, incandescent cadavre pour vous servir »

En continuelle interaction avec la foule, les Parisiens ont cherché à nous séduire en racontant des histoires aventureuses comme sensuelles, dans une intensité qui frôlait l’authenticité. On s’y serait cru, en particulier lors de  A l’aube.  Persuadés que la virtuosité est une qualité nécessaire à quelqu’un souhaitant raconter une histoire, ils évoquent l’intérêt de l’improvisation, une pratique qu’ils gèrent brillamment. Clairement faits pour le live, ils nous ont régalé de divers solos et de moments de flottement, pour repartir encore plus fort. Le chanteur, atypique, incarnait un dandy intemporel, quelque peu classieux. Il était toutefois si naturel, qu’on en serait venu à le trouver attendrissant malgré une première impression de prétention. Dans le même élan, les musiciens sont venus pour nous transmettre leur amour des mots et de la musique. D’après leurs propres dires, ils aiment mettre en chansons les choses prosaïques du quotidien, si répétitif, si morne. Leur solution est de le fantasmer. Le chanteur s’amuse à dire que seul avec son verbiage, il serait vite ennuyeux et oublié. L’objectif de Feu ! Chatterton est donc de mettre des textes en mélodie, car l’émotion passe d’abord par la musique, ensuite vient le sens des paroles. Un bref couac en provenance de la régie-son frustra momentanément la foule qui fit signe au chanteur de faire quelque-chose. Celui-ci n’a pas hésité à s’arrêter pour manifester son impatience. Rien ni personne n’aurait pu gâcher ce moment parfait. Acclamé par la foule, le groupe ne perdit pas une once de l’atmosphère initiale, car cela reprit de plus belle. Une vraie communion. Bref, du bonheur.

Dans la même trempe, le vendredi a été visé dans le coeur par la cold-wave tordue à tendance psychédélique de La Femme. Une tête orange se dandine, une autre barbouillée de rouge à lèvre scrute la foule; une unique damoiselle qui semble si sage, sussure des mots, parfois absurdes et malsains, d’autres fois sensés derrière son synthé. Ceux-là mènent le set à travers des rythmiques dingues et entêtantes. La foule adore, elle en redemande. « C’est dur d’être une fille dans La Femme. »

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© Crew Beauregard 2016

Grand Blanc fait partie intégrante de ce fameux trio de groupes français que je cherche à distinguer ici. Toutefois, ces derniers sont l’aspect brutal, froid, et désincarné de la langue française. Les rythmiques sont très souvent plus lentes, plus lascives. Leurs textes n’ont pas nécessairement de sens précis, mais abordent des sujets baignés de mélancolie comme dans « Degré Zéro« . Sur scène, c’est l’effet miroir de leur musique. Camille danse de manière ondulatoire tandis que Benoit se met à nu (torse-nu).

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© Sandra Farrands 2016

Jeanne Added a quant à elle délivré un live énergique, grâce à son rock tantôt doux avec Look At Them, tantôt rageur avec War is Coming dans lequel elle n’hésite pas à sortir des synthés et des coups de basse saturés, accompagnés d’un tempo efficace. Son enthousiasme face au public a fait plaisir à voir. Celui-ci, très réceptif en ce début d’après-midi, a été sollicité pas mal de fois par la chanteuse. En total contraste avec le son produit, ses textes et son instru étaient agencés de manière à faire sauter les gens dans tous les sens, c’était étrangement grisant.

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© Crew Beauregard 2016

Qualifiée de « sensationnelle » en live, le petite brune surnommée « JAIN » ne m’a franchement pas convaincu. Musicalement, ça a été ultra répétitif. Uniquement munie d’une sorte de boite à rythme, elle balançait des sons pré enregistrés ce qui m’a semblé très limité musicalement. On sentait que tout sortait du même outil alors qu’elle aurait pu étoffer son live avec des musiciens pour faire le même type de son et ainsi obtenir quelque-chose de plus enthousiasmant… De plus, du côté vocal, ça se cantonnait à des paroles inintelligibles, dans la même tonalité et qui se ressemblaient à chaque chanson. Cela en devenait un peu lourd à force. Tout était dans la bassline, en fait. Certains me clameraient son mérite de savoir occuper une scène et ambiancer une foule toute seule, certes. Ce ne sont que ses débuts sur scène. Malgré tout, le mot qui me reste en tête est : simpliste.

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© Crew Beauregard 2016

Les Belges de Ghinzu ont été une curiosité qui ne m’a que trop peu convaincu comparé à l’impatience des fans qui attendaient leur retour depuis des années. Leur set était bon scéniquement comme musicalement. Mais personnellement, les nuances de leur musique étaient tellement diffuses sur scène qu’elles ne m’ont pas capté outre mesure. La voix du chanteur étant, de surcroît, noyée dedans.

La scène anglophone

Le vendredi soir eu lieu le concert de Beck. Belle prestation jouée sous le soleil, d’autant plus lorsqu’il joua le cultissime Loser que le public a repris en cœur, bien évidemment. Son batteur s’est fait le plaisir d’un solo complètement fou. Son set s’est démarqué par ses délires groovy, reprenant des titres disco-funk pour enflammer un public conquis d’avance. Beck se sentait le bienvenu, et c’est au nom de son talent et de cet accueil qu’il nous a tant fait plaisir.

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© Crew Beauregard 2016

Impossible de ne pas parler de The Kills qui a tout retourné avec une énergie propre au rock, le vrai. Ce duo que nous connaissons tous est venu présenter son tout nouvel album « Ash to Ice« , qui est réellement une pépite. Leur prestance sur scène est telle que même en étant deux, leur son retentissait dans tout le festival avec une teneur particulière… Alison Mosshart se déhanchait inlassablement fouettant l’air de sa crinière blonde, à l’image de la brutalité du rock que son guitariste envoyait. Priceless. Le seul bémol est qu’il était difficile d’apprécier la qualité de leur musique avec une saturation excessive du son. Ce fut également le cas lors du set de The Horrors et Jeanne Added.

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© Crew Beauregard

Et puisqu’il faut aller à l’essentiel : PJ Harvey. Les festivaliers pourront dire ce qu’ils veulent de son flegme, de ces interventions très rares auprès du public, cette artiste est d’un professionnalisme remarquable. Comment ne pas être époustouflé par cette entrée sur scène? En file indienne, ses musiciens occupaient l’espace sonore et scénique avec éloquence, la chanteuse leur laissant toute l’attention nécessaire. Pas une seule fois elle n’a prit avantage de sa position pour s’imposer, non. Son concert était orchestré à la note près, de même que la mise en scène, qu’elle a valorisé avec un costume surprenant comme elle sait le faire. Il me sembla qu’elle se mit dans la peau d’un corbeau ce soir-là. Comme à son habitude, les titres de son tout nouvel album The Hope Six Demolition Project ont été les premiers à être joués. The Orange Monkey oú l’histoire du petit garçon afghan, qui lui réclama une pièce lorsqu’elle voyageait là-bas, ou encore The Words That Maketh Murder et Let England Shake, issus de l’album du même nom et qui évoquent les conséquences de la guerre… Tant de sujet abordés et qui manifestent son engagement naturel et le sérieux qu’elle insuffle à sa musique. Cette femme n’était que puissance magistrale et centrale, tandis que les hommes qui l’entouraient lui étaient complémentaires dans les choeurs. Une onde de choc.

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© Crew Beauregard

Remarquable de part sa programmation, ressourçant grâce à son atmosphère, le concept de ce festival est intéressant, d’autant plus lorsqu’il s’agit de le rendre accessible à tous les publics, et pas uniquement à ceux qui sont dans une optique de fiesta généralisée. L’accent ici, était réellement mis sur l’appréciation de la musique et la détente.

Sandra Farrands

 

 

 

Une réflexion sur “Festival Report : John Beauregard

  1. A reblogué ceci sur Musikotrotteret a ajouté:

    Le premier week-end de juillet a eu lieu le festival Beauregard, à Hérouville St-Clair dans le Calvados. Au nom du Peuple Du Rock, j’y suis allée en immersion pour vous en relater les spécificités.

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