Edito de la semaine

L’edito du Lundi: Ces albums dont nous ne vous avons pas parlé en 2015…

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Avec toutes ces disparitions dans le monde du rock depuis le début de l’année, nous n’avons pas eu le temps de nous pencher sur 2015 et ce que l’on a raté. Tout s’est enchaîné très vite, si vite que twitter a même tué Donna Summer une seconde fois, puisque déjà disparu en 2012. Internet va vite, trop vite pour le nombre d’informations et les gens lisent sans s’y attarder, ce qui fait que tant de monde soit tombé dans le panneau vendredi dernier. Personne ne se souvenait que Donna Summer était déjà bien froide… La consommation du web est ainsi faite. Pour la musique c’est pareil, on repère, on écoute une fois, on jette, ou bien on met de côté pour plus tard et puis on passe à autre chose. C’est comme cela que l’on ne parle pas de certains albums qui nous ont beaucoup plu mais dont on a manqué de temps pour en parler. Il est temps de leur rendre justice ici et maintenant…

C’est le cas pour l’excellent Tell Me I’m Pretty de Cage The Elephant, un album rendu élégant par la production de Dan Auerbach (The Black Keys), sûrement, car cela sonne tellement loin de ce que le groupe faisait auparavant que l’on ne peut que penser cela. Jusqu’ici Cage The Elephant donnait dans un rock qui se voulait un poil ado.  Même Melophobia, en 2013, n’avait pas réussi à me convaincre de la réelle nécessité d’avoir l’un de leurs albums. C’est peut-être pour cela que Tell Me I’m Pretty resta si longtemps sur mon étagère à regarder le reste de ma ménagerie passer sur la platine. Pourtant, dès le premier morceaux, on note la différence, un truc un peu à la Temples (Cry Baby), la faute à la Fuzz. Puis Mess Around confirme le changement de son, de façon de poser la voix, une orchestration un poil plus 70’s sans toutefois faire pastiche, quoique deux ou trois morceaux m’ont furieusement fait penser à du T.Rex (That’s Right, Punchin’ Bag). Disons simplement que tout tombe en place plutôt bien, ce qui lui confère une certaine unité. Cet album réussi là où les autres avaient échoué : me coller l’oreille au disque quand il tourne. Attention, je ne vous conseille pas de refaire cela à la maison, je suis oreillo-cascadeur de métier et je rejette toute responsabilité si vous veniez à passer outre mon avertissement. Dix titres très bien foutus, un tournant pour le groupe (qui avait peut-être déjà été annoncé par Melophobia d’ailleurs, je me pose la question…), sûrement. Grâce à Auerbach donc, ou simplement parce que le groupe, après trois albums a ressenti le besoin de changer leur son, de s’installer dans la cour des grands et donc de prendre Auerbach pour avoir cela, je ne sais pas, toujours est-il qu’il viennent de passer à l’âge adulte et que, si le travail se poursuit par la suite, nous pourrions bien les voir en challengers de quelques groupes ayant explosé ces dernières années. Reste à voir si Baptiste qui en assurer la chronique mercredi, sera de cet avis…

C’est aussi le cas pour A Folk Set Apart, de Cass McCombs. Il ne s’agit pas à proprement parlé d’un nouvel album mais d’un petit recueil de raretés et de faces B qui méritent votre écoute attentive. Il est compliqué de parler de l’artiste tellement ce type cultive sa solitude, au point de ne jamais accorder d’interview en face à face, sans pour autant que cela fasse de lui un associal. De plus il est inclassable car n’appartient à aucune scène étiquetée, c’est un électron libre et c’est certainement pour cela aussi que je l’apprécie. Il m’invite à sortir de ma zone de confort, et, aussi dangereux que cela puisse paraitre, il se trouve que je découvre plus de choses, différentes à chaque fois, lors de la sortie de ses albums.  Et écouter A Folk Set Apart, une collection de morceaux allant de 2003 à 2014, rend justice à cet éclectisme éclairé, cette liberté très années 60 que l’artiste a. De même que sa solitude ne le cloisonne pas, les quelques erreurs de choix que vous pourriez entendre sur ce disque, semblent totalement assumées, si bien qu’on dirait presque que McCombs nous fait un clin d’oeil à nous, auditeurs, pour nous dire: « Ouais je sais, mais franchement, tu t’y attendais pas à celle-là ! ». Cela dérouterait chez quelqu’un d’autre, mais pas chez lui, non.

Cela pourrait s’arrêter là mais la production rock et alternative est tellement riche que l’on ne vous a pas non plus parlé de Beings, le superbe et poétique album de Lanterns on the Lake. Et même si Gracious Tide, Take Me Home et Until The Colours Run nous avaient préparé le terrain, là j’avoue être tombé dans les brumes de la rêverie dès les premières pistes. Le disque est atmosphérique sans pour autant être léger. Non, même si la voix de Hazel Wilde survole les mélodies, le songwriting est vraiment maitrisé, à la façon d’un Another Tale From Another English Town (Until The Colors Run – 2013). Rien n’est laissé au hasard de la flânerie, aucun dérapage ne se fait sentir et pourtant on erre littéralement dans ce disque cohérent et contextuel. Et même si l’un des morceaux est plus électronique, il se fond parfaitement avec le reste de l’album. Si le groupe avait besoin d’un quelconque phare pour pouvoir se diriger sur son lake, le voici… En espérant vraiment que cela leur permette de sortir de leur confidentialité et d’être découvert par un plus large public.

Ni de Right On! de Jennylee. On connait la Jenny Lee Lindberg, bassiste de Warpaint, on connait moins la Jennylee débutant sa carrière solo par un album qui sonne parfois très 80-90’s et que je jugerais assez intime tout en n’étant pas étouffant. Right On! donne l’envie de se lover dans une grosse couverture à poipoils (la couverture, quoique, vous faites bien ce que vous voulez…) et de rester à regarder l’hiver défiler par la fenêtre. Tout comme une autre bassiste qui écrit (Laetitia Shériff, pour ne pas la nommer), le songwriting de Jennylee est bien souvent conduit par la basse ce qui entraine une certaine tension sourde à l’écoute. Pour autant, la production  ne met pas trop en avant la basse par rapport aux reste des instruments, une technique que l’on sait déjà utilisée par Warpaint (mettant en valeur la voix notamment). Il n’y avait donc pas de raison pour que cela ne profite en rien à Right On ! . Et même si un ou deux morceaux semblent être des promesses menant vers nulle part, l’album reste très bon dans son ensemble et ses choix de production l’empêchent de tomber dans la simple case « album solo d’une bassiste de groupe ».

Bon, allez, moi je file, j’ai encore un tas de truc à écouter, mon vrai boulot à faire, des gens à rencontrer… Je vais probablement finir emporté par un infarctus avant mes 55 ans, mais tant pis, c’est la vie, le tout est de laisser un petit quelque chose derrière soi, un tout petit cairn qui dira qu’à un moment j’étais là. Oh pas pour grand chose mais j’étais là. Quand je pense à la montagne de cairns laissée par Bowie… je suis à l’autre bout de la chaîne alimentaire moi hein… d’ailleurs vendredi, on vous laissera profiter d’une Playlist spéciale avec bien entendu quelques un des morceaux phares du monsieur, retenus par la rédac, mais aussi quelques morceaux moins connu qui sont pourtant très importants à mon sens, en attendant, bonne semaine à tous !

Greg Pinaud-Plazanet

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