Tess Parks

Tess Parks – Le feu ardent

Envoûtant, c’est encore ce qui caractérise le mieux ce feu ardent mais jamais débordant qu’incarne Tess Parks. Cette jeune canadienne charme, happe tous ceux qui passent sur son chemin, de sa voix suave et divagante. C’est comme une évidence une fois que l’on a allumé la machine. Les premières notes brillent devant nous. Le titre Someday vibre dans les cœurs, tel un hymne à l’aventure. Le son lourd et pesant des guitares plante le décor. Bon sang, la tentation est trop forte. Impossible de laisser filer ça. Impuissant, on finit par appuyer de nouveau sur le bouton lecture en se disant que vraiment, elle est sacrément douée.

Tess Parks est une Canadienne de 24 ans. Originaire de Toronto, elle fait ses classes avec les anciens que sont Les Rolling Stones, Jefferson Airplane, Janis Joplin ou encore Robert Johnson. Au départ, Parks avait dans l’idée de faire carrière dans la photographie. Elle plie bagages et part pour Londres y faire ses études. Désenchantée rien qu’à l’idée de devoir développer des pellicules toute la journée, la Torontoise fait ce qui lui semble être le mieux pour elle, se concentre sur la musique. Lors de son excursion, elle fait la rencontre du producteur Alan McGee (Primal Scream, Oasis, The Libertines, My Bloody Valentine…) séduit par l’univers déjà bien bâti de la chanteuse qui devra par la suite revenir au Canada. Sur les conseils du producteur, Parks monte le groupe The Good People, composé de musiciens talentueux et sexys selon les dires de la principale intéressée. Oui, la Torontoise ne lésine pas sur les moyens. Parks et ses sexys musiciens cassent la baraque avec leur EP Work All Day/Up All Night paru début 2013 à tel point que McGee, totalement emballé, décide carrément de la prendre sous son aile et la produit sous son nouveau label, 369 Music.

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Le 18 novembre 2013 sort dans les bacs Blood Hot, le premier album de la chanteuse. Avec ce premier opus, Parks place la barre relativement haute. Sur la même veine que Work All Day/Up All Night, Blood Hot confirme un savoir-faire non négligeable tout en corrigeant légèrement le tir. Exit les sonorités acidulées trouvant écho auprès d’un songwriting approximatif. Place désormais aux réverbérations des guitares électriques et aux battements suffocants de la batterie.

Sur Blood Hot, Parks tranche avec un style désinvolte, rugueux à l’image de l’agaçant mais accrocheur When I Am Young. Un rock’n’roll moite, transpirant, presque oisif que l’on écoute sur le rocking-chair de sa terrasse, le désert aseptisé de l’Ouest américain en toile de fond. Ce n’est pas le titre Refugee Camp qui viendra démentir cela. Avec un peu plus d’attention, on peut apercevoir le fantôme de Patti Smith ainsi que celui de Liam Gallagher flotter discrètement au-dessus de la canadienne (c’est à cause du côté arrogant qu’ils dégagent mutuellement). Et tout comme Gallagher, Parks semble visiblement avoir conscience de l’héritage rock dont elle a hérité pour accoucher de Blood Hot, en témoigne une partie instrumentale d’une justesse et d’une finesse indéniable. La saveur au palais est divine.

Sur Stick Around, Parks parvient néanmoins à nous gonfler en sur-jouant la femme désabusée. Le côté langoureux exacerbé ne prend pas. Heureusement Open your Mind nous réveille un peu afin que nous puissions entamer tranquillement les cossards Walk Behind Your House et Goodnight Love. Life is but a Dream n’apporte pas grand-chose de plus mais, tout comme le très bon Love Around, résonne plutôt bien. Tess Parks est de ces bonnes écrivaines savant conclure leurs œuvres avec deux titres emprunts de finesse et de cohésion, mais également les introduire lorsque l’on décide d’entamer sans attendre son second opus I Declare Nothing sorti fin juin 2015.

Le premier titre Wehmut suit effectivement sans fausse note les traces de son aîné Someday, issu du premier album, histoire de nous tenir en haleine. Difficile en effet de faire un break tant Blood Hot été parvenu à se montrer accrocheur du début à la fin. I Declare Nothing ne trahit personne grâce à une construction soignée. Aucun paramètre n’est délaissé. On prend le temps de faire les choses bien. Chaque sonorités de chaque instruments, aussi multiple et variées soient-elles, se joignent de manière homogène comme des alvéoles emplissant une belle ruche bien assemblée. Toutefois, cette belle ruche n’aurait peut-être pas pris la même forme sans cette astucieuse collaboration entre la Canadienne et la tête pensante du groupe The Brian Jonestown Massacre, Anton Newcombe. Les fans du groupe seront d’autant plus ravis d’apprendre que cette alliance a pris forme tant l’on sent sans peine cette pâte rock indé tout au long de l’opus, décision inédite dans les choix opérés par la chanteuse jusqu’à présent. La différence est subtile pour un auditeur moins imprégné par l’univers de Parks, cela dit, elle est pourtant bien présente et grandement appréciable. C’est comme une sorte de mise à jour des drivers qui redonne du tonus à la machine.

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On insuffle très souvent un aspect psychédélique à l’album du fait de son effet de style trémolo. Au contraire, I Declare Nothing ne tergiverse à aucun moment et malgré une détente assez longuette, le geste lui ne faiblit jamais. C’est lazy, contemplatif mais diablement efficace. Les morceaux Peace Defrost et German Tangerine en sont de parfaites illustrations. Le hic, c’est qu’au  bout d’un moment, Parks peut finir par lasser. Il est clair qu’il n’y a rien à redire sur son partis pris ni sur la manière dont elle en fait part. Il n’empêche qu’à la fin des deux albums, une légère monotonie finit par nous gagner progressivement. On aurait peut-être aimé écouter autre chose à un moment ou un autre et c’est lorsque l’on commence à penser cela, que l’on sent que cette attente allait être enfin comblée au moment où déboulent les très bons Voyage de l’âme et Friendlies, que l’album s’achève. I Declare Nothing est un peu ce fameux bon film sans trop d’ambition qui déçoit car il a le malheur d’être la suite directe d’un gros carton au box-office. C’est le ressenti que l’on pourrait avoir en laissant traverser dans nos oreilles ce goûteux mais au final sans réelle surprise I Declare Nothing qui en dépit de cela possède indéniablement beaucoup de qualités et certaines originalités, la plus distincte étant sans nul doute l’incorporation d’Anton Newcombe dans la composition musicale du LP qui se distingue par ses talents d’instrumentaliste. Finalement, ce n’est pas à reculons que nous écouterions un éventuel troisième album qui on l’espère reprendra là où avait intelligemment commencé le titre Friendlies, la poursuite d’une nouvelle et belle route sur un coucher de soleil écrassant.

Marcus Bielak

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