Houndmouth

Houndmouth: Born in USA

L’Amérique. Fascinant continent bordé de paysages aussi vastes que spectaculaires et doté d’un état d’esprit qui n’a d’égale que sa perpétuelle envie de suprématie sur le monde. Oui, l’Amérique ne déconne pas. Elle ne déconne pas d’autant plus qu’elle détient une certaine réputation qu’elle se doit de préserver et qu’elle ne peut faire qu’en offrant le meilleur d’elle-même. En musique, il y aurait tant à dire, tant de grands artistes, de groupes qui ont doré ou plutôt fait briller de mille éclats le drapeau national tout au long de ces cent dernières années. Difficile de remettre le couvercle pour les générations d’après. Néanmoins, le vieil oncle Sam peut encore dormir sur ses deux oreilles parce qu’il y a encore du bon cru parmi ses ouailles et pour s’en rendre compte, rien de mieux que de voyager d’état en état à la recherche de petits qui un jour deviendront grands.

Notre regard s’est donc tourné du côté de l’Indiana en compagnie du quatuor fort attachant Houndmouth. Voilà maintenant deux ans que le groupe trace sa route aux quatre coins du pays enchaînant date sur date sans pour autant avoir eu l’opportunité de traverser l’Atlantique ce qui est bien regrettable pour nous. Houndmouth s’est formé en 2011. À cette époque, personne ne parle encore de la formation ou alors à de très rare exception, lorsqu’ils se produisent dans quelques bars ou petites salles de New Albany (leur fief) par exemple, histoire de se faire connaitre mais surtout de se faire entendre. Pourtant, notre quartet made in USA a déjà entre les mains une pépite qui ne demande qu’à être examinée à savoir leur tout premier EP contenant le fameux extrait Penitentiary.

Avec l’aide de leur ami et manager Chris Thomas, le groupe arrive peu à peu à élargir sa visibilité au point de participer au festival SXSW (South by Southwest) qui se tient chaque année à Austin au Texas. Une aubaine qui va changer le court de leur existence et dont ils vont se rendre compte assez rapidement. C’est un certain Geoff Travis, grand producteur anglais mais avant tout fondateur du label Rough Trade (label ayant vu passé les Strokes, Arcade Fire, The Kills ou plus récemment Warpaint) qui les repère et décide de les produire. Ensemble, ils se mettent au travail pour concrétiser la chose et à partir de cet instant, tout va s’enchaîner.

Leur premier album, From the Hills Bellow the City, voit le jour en 2013. Ailleurs, on commence à s’intéresser à ce petit groupe bien sympa de l’Amérique profonde. Sur le sol américain, c’est l’euphorie. Leur agenda se retrouve complet avec des tournées en pagaille dans quasiment chaque ville des Etats-Unis. Deux ans plus tard, le groupe poursuit sa lancée en sortant son deuxième album studio, Little Neon Limelight, confirmant un don pour le chant et pour la musique auprès de nos artistes. Vraiment, Houndmouth est de ces formations pourvu d’un grand potentiel, dont ces deux premiers albums attestent chez eux une capacité à aller très loin. Vous savez ce qu’il vous reste à faire dorénavant !

Les membres du groupe Houndmouth avec respectivement de gauche à droite Matt Myers (guitare), Katie Toupin (clavier), Shane Cody (batterie), Zak Appleby (basse)

Bon, maintenant que le gros est dit, intéressons-nous de plus près à la formation en elle-même. Commençons par le commencement, leur musique. Celle-ci se veut clairement « Americana », comprenez un goût très prononcé pour les sonorités dîtes traditionnelles aux Etats-Unis, la country bien sûr. Mais attention à la comparaison trop facile car le quatuor se définit en fin de compte plus comme un groupe de rock’n’roll plutôt qu’autre chose. Disons qu’à choisir entre Tex Fletcher et Crosby, Stills, Nash & Young, le choix est vite fait pour eux. Le plus d’Houndmouth, c’est sans nul doute d’être un quatuor composé à la fois de quatre musiciens mais aussi de quatre talentueux chanteurs. Parmi eux figure le guitariste à la gueule d’ange Matt Myers, Zak Appleby à la basse qui nous fait bizarrement penser à Jeremiah Johnson avec son allure de baroudeur, la ravissante Katie Toupin au clavier ainsi que le barbu/batteur Shane Cody. À eux quatre, ils renouent avec une tradition un peu laissée à l’abandon où il n’était pas rare que tous participent au chant comme c’était par exemple le cas pour le groupe The Band dont le chanteur principal, Levon Helm, n’était autre que le batteur. Entre la voix nasillarde du guitariste, la voix suave de la claviériste souvent comparée à celle de la chanteuse Linda Perry et son célèbre titre What’s up ou encore la puissance vocale du bassiste, chacun donne sa petite touche personnelle au son si distinct d’Houndmouth ce qui est tout particulièrement appréciable et pas si commun au final.

Tous les quatre semblent de surcroît entretenir une grande passion pour le pays qui les a bercés et nourris au p’tit lait mais également pour les « roadtrips », en témoigne le nom donné à leur premier LP ainsi que certains extraits qui laissent sans conteste penser cela. On the Road, Houston Train, Comin’ Around Again, un panel de musiques qui nous donnent envie de partir sur la route. C’est d’ailleurs un peu ce que narre le single Penitentiary, issu de From Hills Bellow City. Une sorte d’escapade, un besoin d’aventure raconté en musique où il est question de s’arrêter à Chicago, de trouver du taff et de se retrouver en taule. Musicalement, le morceau est impeccable. Le son de la guitare vibre avec une chaleur digne des plus grands standards de blues américain alors que le clavier au tonalité « orgue des années 1960 » ainsi que la batterie se chargent quant à eux de peaufiner cette atmosphère planante et séduisante. On ne saura que trop vous inviter à ’écouter ce qu’il en est.

Le titre Ludlow est tout aussi cool. En plus d’un son bluesy/country, ça groove à fond sans aucune fausse note, sans aucune prétention. Certains titres se révèlent plus énergique encore à l’image de Hey Rose alors que les dernières compositions perdent en ténacité. C’est par exemple le cas pour le dernier et triste morceau Palmyra qui signe une fin d’album lancinante, un poil mélancolique même comme pour nous dire : « Au revoir les amis, merci de nous avoir écouté, à la prochaine. »

Mais comme dirait l’autre, ce n’était effectivement qu’un « au revoir ». Tôt ou tard le quatuor aurait fait son retour et effectivement, celui-ci s’engagea très exactement le 17 mars 2015, lors de la sortie de Little Neon Limelight, leur deuxième album studio. Vous savez à quel point un second LP est difficile à négocier, surtout quand le prédécesseur a connu un certain succès mais il semblerait que cette pression-là n’est pas réussie à déstabiliser nos quatre americanos. En effet, ce deuxième opus se révèle être davantage travaillé, soigné et abouti sans perdre une once d’authenticité. Cela dit, il y a comme une empreinte de modernité laissée sur ces nouvelles pistes. Comme si l’on avait dépoussiéré le vieux buffet qui traînait dans le salon. C’est certainement de cette manière que nos petits finiront par devenir grands, en évoluant tout en restant les mêmes. En tout cas, ce parti pris leur réussit plutôt bien.

Parmi les quelques extraits relayés avant la sortie de Little Neon Limelight, nous pouvions  écouter le superbe morceau Sedona dont il faut lui reconnaître beaucoup d’harmonie et de sentiments. Une très belle chanson joliment chantée en chœur par la troupe sur les toits de Los Angeles on suppose.

Le quatuor a l’air de trouver pas mal de plaisir à alterner les différentes voix du groupe qui à leur tour interprètent chacune un titre parmi les onze présents sur Little Neon Limelight. On commence ainsi par le guitariste qui prête sa voix pour chanter Sedona puis c’est au tour de la claviériste Katie Toupin d’interpréter Otis avant que le bassiste vienne casser la baraque sur la musique 15 Years. For no One est sans conteste l’un des morceaux sur lequel a beaucoup misé les quatre musiciens. Malgré sa simplicité, le titre démontre toute la sensibilité dont peut faire preuve Houndmouth qui peut être comparée à une formation frivole et juvénile. Mais la bande n’hésite pas envoyer la sauce quand il faut grâce au titre My Cousin Greg tandis que Say It donne le tempo pour aller danser sans s’arrêter. Une nouvelle fois, on se retrouve avec une fin d’album beaucoup moins entraînante qu’au début avec le morceau Darlin’. On imagine très bien quelqu’un se morfondre sur ses déboires amoureux en écoutant l’extrait. Courage, ça va allez.

Ce deuxième opus se veut clairement plus personnel, plus axé sur les gens, l’entourage du groupe plutôt que sur les lieux qu’ils ont parcouru. Si nous devions en faire une histoire, nous dirions que From Hills Bellow City, leur premier LP, serait le premier chapitre de leur livre où tout se met en place. Il serait consacré au début de leur périple alors que Little Neon Limelight serait le passage où les quatre amis qui forment Houndmouth parlent ensemble de leurs connaissances, des gens qu’ils aiment à l’image du titre My Cousin Greg qui n’est autre que le véritable cousin du guitariste Matt Myers dans la vie. Un bel ouvrage qui n’est encore qu’à son début et qui n’attend qu’à être lu non plus uniquement sur le sol américain mais outre-Atlantique pour notre futur et grand plaisir.

Marcus Bielak

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