Edito de la semaine

L’Edito du Lundi

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Fast Food, Fast Love, Fast Web, Fast TV… Aujourd’hui nous sommes dans le Fast. Karl Zero, début avril, lors d’une émission télé « C’est à vous « disait qu’il n’y avait presque plus de fond, auquel on privilégiait la forme… Je vous rassure, je n’ai vu que l’interview en video, pas pour une question de rapidité d’accès, mais pour éviter toute la merde que cela charrie en même temps. La Télé de qualité est morte il y a longtemps alors que le dictat de l’audimat se mettait en place.

Aujourd’hui il n’y a plus de fond, juste du divertissement que l’on propose comme autant de hamburgers sur un étal, devant être enlevés toute les sept minutes pour rester frais. L’info est pareille. Les média publient maintenant sur le web un scoop, non vérifié, pour mieux le mettre à jour au fur et à mesure de l’avancée de la vraie info. Les journaux papier, pourtant sains et hautement contrôlés (au niveau de la véracité), sont délaissés. Les gens préférant tapoter sur leur smartphones pour lire les gros titres racoleurs qui accompagnent l’information-scoop, la Fast News, sans se préoccuper le moins du monde des faits, du fond, du contexte, et cela anime, plus qu’à l’habitude il faut bien le constater, les discussions privées durant lesquelles, ne disposant pas de la même update de l’info, nous devons ressortir les mobiles pour vérifier que l’autre est à la page et donc, dit vrai. Au final, cela tue les débats, qui restaient de toute façon stériles avant la vérification, et l’on se retranche derrière le « ah ben j’ai lu ça ce matin rapido dans le métro, donc… », donc quoi ? Donc c’est vrai ? Je ne peux pas te dire que tu aurais pu, si tu voulais en parler, t’y intéresser plus et aller voir ce qu’il y avait plus loin, voir recouper tes informations et surtout surveiller leurs évolutions ? Et tout est comme cela… En entreprise, combien de dossiers cèdent à la facilité et ne vont pas au fond des choses, combien d’étudiants tout fraîchement sortis de l’école vous remettent un rapport en pensant, après deux-trois copier-coller issus du web, qu’ils mériteront leur entrée au Panthéon ? Bon rassurez-vous, je dresse ici un tableau volontairement très sombre afin de pouvoir mettre le doigt dessus plus facilement, mais c’est tout de même du vécu…

A en croire le nombre d’Ep sortis ces dix derniers jours, je me dis que l’industrie se met peut-être aussi à la Fast Musique, même si je pense qu’il s’agit là plus d’une contrainte économique que d’autre chose… Toutefois il est compliqué de parler d’un Ep lorsqu’il ne comporte que quatre titres car il ne donne pas spécialement de vision d’ensemble des oeuvres d’un groupe. Du coup on hésite parfois à en faire une review, par contre c’est un format rêvé pour les Edito. Je commencerai ici par un groupe formé en 2011 mais qui ne jouait jusque là que pour leurs potes : The Seasons. Ces petits Québécois nous livrent leur Ep Velvet!!! d’outre Atlantique ; Ep qui après un premier morceau assez indie pop finalement, nous proposent trois autres titres assez différents les uns des autres mais toujours dans une dominance pop-folk par contre. L’ensemble est assez sympa, de la rime, du rythme, de bonnes trouvailles au niveau du songwritting, un peu moins au niveau orchestration, bien que le tout fonctionne plutôt assez bien mais n’oppose pas, tout simplement, la même richesse. Quatre titres qui brodent en filigrane une note assez mélancolique sur l’ensemble du disque. A noter le très beau morceau Velvet Wedding. Il est dommage par contre de n’avoir, sur l’Ep sorti fin avril que quatre des sept morceaux qui formaient initialement l’Ep sorti au Québec en 2013 et qui n’avait jamais vu le jour ici…

Autre Ep, mais un peu plus long cette fois puisqu’il regroupe sept morceaux, Rooms est le nouveau petit produit d’un groupe venu de Montréal et qui fait, depuis quelques temps, tourner les têtes : Heat. Si l’on peut voir un certain lien de parenté avec les Strokes, Heat déballe son rock indé teinté de post punk avec une voix qui n’est pas sans rappeler le protégé de Kim Gordon: Kurt Vile. L’Ep est vraiment bien, je vous le conseille fortement en écoute si vous avez envie de déambuler dans les rues de votre ville, sans but, sans repère. Un Ep qui me ferait aussi penser un peu à Lou Reed quelque part… Heat est un groupe qui sait transformer une chanson en hit, juste en portant une attention particulière aux petites choses. Pour ma part, je l’ai écouté et acheté dans la foulée…

Revenons sur le vieux continent avec The Phantom Cowboy du groupe belge K’s Choice qui, à la première écoute a de très bons restes rock, c’est le moins que l’on puisse dire. le groupe s’était certes reformé en 2009 pour un album (sortit en 2010) mais sans plus. Sarah et Gert (frère et soeur), fondateurs du groupe avaient ensuite annoncé début 2014 leur souhait de sortir un nouveau projet musical: Bettens (leur nom de famille), intitulé Waving At The Sun pour sa sortie commerciale. Même si Phantom Cowboy présente un groupe à part entière (seul le clavieriste est d’origine, à part les Bettens bien entendu), il a été écrit à quatre mains seulement. Aux manettes par contre on retrouve Alain Johannes, un vieux routard qui a déjà bossé avec Lanegan, PJ Harvey ou encore Queens Of The Stone Age et Dave Grohl… On comprend mieux la sonorité qu’a ce disque. K’s Choice est revenu dans le giron du rock et montre qu’une absence prolongée n’est pas forcément une mauvaise chose.

Joseph Lyons, alias Eaves, jeune anglais montant, vient nous présenter son songwriting de haute qualité au travers d’un album bien ficelé, très ciselé et surtout à écouter : What Green Feels Like. Neuf morceaux d’une qualité presque exceptionnelle, n’ayons pas peur des mots, parfois il faut qu’ils s’expriment. Intense, profond, l’album fait écho au déjà très bon Ep qui était sorti fin d’année dernière et qui laissait présager du meilleur. Penser de cet album qu’il est conventionnel serait passer à côté, vraiment. Chaque morceau porte en lui son lot de surprises, d’explosions. Dans son ensemble, c’est un album assez calme qui se vit plutôt que ne s’écoute, pour avoir une chance d’en saisir la maitrise de toutes ses influences.

Allez, c’est fini pour moi, je vais écouter Eaves certainement toute la journée et j’irai me coucher avec Heat avant de me mettre à écouter les sorties de cette semaine… En vous la souhaitant bonne !

Greg Pinaud-Plazanet

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