Carrolls

Carrolls, à surveiller de très près

On le sait, la Belgique, terre d’accueil du grand Jimi Hendrix, nous fournit son lot de talents insoupçonnés en matière de musique. Selah Sue, Hooverphonic, BRNS… Il est naturel de penser que les contrées belges peuvent dissimuler des groupes naissants plein de ressources, d’idées et d’ambitions. Carrolls est de ceux là. Un peu perdu du côté Wallon de la Belgique, les cinq membres de Carrolls sont originaires de Louvain-La-Neuve (à une trentaine de kilomètres de Bruxelles). Fort de leurs influences et de leur fascination pour Manchester, leur premier EP sorti le 19 janvier dernier est un rappel à la révolution brit pop des années 90, mais reflète surtout un amour inconditionnel pour l’indé anglais des Arctic Monkeys et de Kasabian.

Souvenez-vous. 2009. Les Arctic Monkeys sortent Humbug, album noir et teinté d’un pessimiste qu’on ne leur connaissait pas. L’EP de Carrolls (du même nom), c’est pareil. Chose étrange, cette première expérience studio, ne ressemble pas, justement à un premier EP. Carrolls, c’est déjà très réfléchi, très dark et l’innocence des premières fois semble déjà loin. Les gars ont des méninges, ils s’en servent, et ont l’air de prêter une grande attention à leur image. Une prise de tête utile, qui revendique un certain style : l’extravagance pensée. Le groupe se veut fou mais il est sérieux. Leur musique apparaît comme une fusion entre la modernité d’un rock US à la Stroke et un certain raffinement anglais. Dans son temps, Carrolls n’hésite pas à utiliser une touche électro perceptible, sans jamais nier les origines du rock’n’roll, tant dans le son que dans l’énergie. En plus de bichonner leur son, les cinq belges travaillent minutieusement leur visuel et leur univers. La pochette en est un exemple : vintage et complètement barrée, rien n’est laissé au hasard.

Carrolls nous offre six morceaux afin de se forger une opinion. Les deux premiers, dont les titres sont excessivement (et volontairement) longs, ont été construits sur la même base : du rock et du bruit, mais parsemés de passage d’un calme déconcertant, comme l’ont beaucoup fait les Arctic Monkeys, de leurs débuts à Humbug. « Pygmalion » et « Rrose Selavy » tout deux mélancoliques et dépressifs, incarnent l’ambiance générale de l’EP. C’est « Infinity Lesson #4 » qui se distingue des autres morceaux. Il se révèle être le plus intéressant, par ses influences new wave et son caractère purement post-punk. Aérien et flanqué d’un riff efficace, il ressemble à une fausse balade d’une grande modernité. D’ailleurs, la fin de l’EP semble s’arracher de cette influence « Turnerienne » pour s’émanciper dans un style propre au jeune groupe. « Make No Mess », élu OVNI de l’EP, n’est rien d’autre qu’un set acoustique plaisant, qui semble dire « Au revoir les gars, c’était marrant, alors on se quitte tranquillement ».

Pourquoi Carrolls mérite qu’on les surveille attentivement ? D’abord parce qu’ils sont plein d’ambition. De leur EP découle un profond complexe d’exigence. L’intention est louable, ils veulent bien faire. Trop bien faire. Sans remettre en question leur amour pour la musique et pour la scène, le groupe belge, Carrolls, s’il était plus désinvolte, pourrait bien faire de ses étincelles, un véritable feu de joie. Le talent est là, indubitablement. Ne manque que l’insolence.

Retrouvez Carrolls sur leur page Facebook, et leur Soundclound.

Découvrez leur EP en intégralité ici.

Juliette Geenens