Kombur

KOMBUR: Le Death Core progresse et se diversifie

Cela ne vous a certainement pas échappé, le top 50 français ne compte pas énormément de groupes de rock, voir pas du tout. Même les rares exceptions de ces dernières années tel que Shaka Ponk ou Skip the use sombrent peu à peu vers la pop et le rock français meurt à petit feu sous le poids des bénéfices de maisons de disques sans scrupule. Vous me direz, vu l’état du téléchargement légal dans le monde, l’argent ne se trouve plus dans les disques mais sur la scène. Alors pourquoi nos groupes made in France n’émergent-ils pas ? Pourquoi cette musique intemporelle ne peut-elle plus se positionner comme leader ou même comme challenger de l’industrie musicale ?

Il faut tout d’abord rappeler le contexte: une époque où les réseaux sociaux nous abrutissent et où le buzz prime sur le talent. Où simuler une masturbation sur scène fera plus parler qu’un batteur jouant à l’envers ou encore un guitariste jouant avec ses dents. Où une poitrine opulente et un compte twitter actif sont plus attrayants qu’un passionné ayant voué sa vie à la musique. Où l’on pense encore que des likes Facebook sauvent des vies et où les casques audio leaders du marché dénaturent complètement le son mais vous comprenez, si vous l’avez sur la tête, vous êtes considérés comme « cool ».

Alors comment vivre de sa passion ou du moins, vivre sa passion ? Faut-il fuir son pays ? Vendre son âme au diable ? Faire comprendre au reste du monde qu’être populaire sur les réseaux sociaux est comme être riche au Monopoly ? « Keep on rocking in a free world » n’est qu’un lointain souvenir, il faut désormais se battre pour se faire une place dans ce monde qui se restreint chaque jour. Certains exilés rencontrent un fort succès, tel que Phoenix, qui grâce à une ascension dans certains pays étrangers trouva un certain succès en France quelques années plus tard. Mais ils ne sont pas les seuls, M83, Air ou encore les Plasticines, tant de groupes qui ne rencontrent pas le succès escompté dans notre chère patrie et préfèrent vivre leurs rêves les pieds dans l’herbe, qui désormais semble plus verte ailleurs. Heureusement des purs et durs continuent de lutter sur ce champ de bataille musical qu’est l’hexagone, En voici un exemple :

Après une année 2012 passée sur les routes françaises, KOMBUR  a sorti son premier EP Catharsis fin 2013. Enregistré, mixé et masterisé par Bruno ‘Brew’ Varéa (célébre producteur de métal), cet EP a été très bien reçu par les fans et par la presse, permettant même au groupe de partir en tournée européenne juste après sa sortie. KOMBUR doit sortir leur premier album en début d’année. Tony, guitariste, a bien voulu répondre à nos questions.

PdR: Salut Tony, raconte nous un peu ton parcours et comment tu t’es lancé dans la musique ?

J’ai toujours baigné dans la musique depuis ma naissance, d’une part grâce à mes grands-parents qui tenaient un bar/concert, mais aussi grâce à mon père qui était batteur dans un groupe étant plus jeune et qui m’a appris mes première notion de guitare vers l’age de 8/9 ans. J’ai ensuite joué un peu de batterie, ce qui m’a permis de créer mes premières compositions et mon premier groupe vers l’âge de 12/13 ans avec Pablo (KOMBUR). Vers 15 ans, j’ai pris mes premiers vrais cours de guitare m’apprenant ainsi  la technique et aussi la théorie musicale. Je pense pouvoir dire que c’est à ce moment là que la musique est vraiment devenue une passion à proprement dite. J’ai donc eu quelques groupes, notamment  un où je chantais au chant et au autre où je jouais de la guitare jusqu’à KOMBUR aujourdhui.

En fait, je n’ai jamais vraiment arrêté de composer, que ce soit actuellement pour Kombur, mais aussi simplement pour moi en explorant des horizons plus variés en dehors du métal. Je me suis vite rendu compte que la musique n’était pas arrêtée à un style en particulier mais au contraire bien plus ouverte qu’on ne puisse imaginer. Les possibilités sont infinies, aucune barrière, tout ce que l’on peut ressentir se traduit et se concrétise en musique. Il est donc impossible pour moi de passer à travers. J’y consacre aujourd’hui énormément de temps : tout les jours, parfois même toute la journée et pourtant j’ai toujours autant de satisfaction à le faire. Évidemment, pour m’y consacrer j’ai du faire un choix entre musique et études que j’ai donc arrêtées après le bac sans regret (rires).

PdR: Quelle est ta vision du paysage musical actuel et penses-tu qu’un groupe de rock puisse encore se faire un nom ?

Ma vision du paysage musical actuel est assez vaste, dans le sens où comme dit précédemment je ne m’arrête pas à un style. Bien au contraire, j’écoute de tout ! Il y a évidemment du bon et du mauvais partout.  Pour ce qui est du métal, j’avoue être assez content de l’évolution qu’il prend. Je parle notamment du deathcore ou l’on peut voir beaucoup de progrès en terme de diversité. Malheureusement le stéréotype de la vague actuelle plait, ce qui à mon goût ne permet pas aux artistes d’exploiter leur talent. Je parle notamment de ce que l’on peut entendre sur NRJ ou autre radio du genre. Évidemment, il y a du talent, seulement les artistes « NRJ » ne se risquent pas à sortir du lot, ce qui crée un côté rébarbatif. Tout le monde connait déjà le prochain tube qui va sortir sans même l’avoir entendu, ce qui est plutôt dommage. Mais il suffit d’un minimum de recherche pour découvrir des artistes actuels avec du potentiel sincère et créatif.

Pour répondre à ta question, évidemment un groupe de rock peut se faire un nom, il lui suffit de faire une reprise de Maitre Gims (rires). Bien sûr, il faut garder un côté commercial et médiatique qui est essentiel au développement d’un groupe rock ou autre sans négliger le côté musical. Donc oui, un groupe de rock peut encore se faire un nom. D’ailleurs qui ne l’attend pas ?

PdR: Tu fais donc des tournées à l’étranger, comment t’a accueilli le public hors frontières et pourquoi avoir choisi de vous exporter ? Par nécessité ou pour l’aventure ?

On a eut la chance de pouvoir rencontrer un public très réceptif et une ambiance très conviviale, je pense que le public que nous avons pu rencontrer a clairement un besoin d’évasion et de défoulement. Peut-être dû à des conditions de vie moins aisées qu’en France par exemple.

Une tournée à l’étranger est une suite concrète et logique de notre travail, évidemment exporter notre musique est pour nous quelque chose d’essentiel. La musique est un langage universel fait pour être partagé. Il n’y a donc pas de frontière dans ce domaine là. C’est une aventure incroyable tant humainement que professionnellement qui nous a énormément apporté, je souhaite à n’importe quel groupe d’avoir l’opportunité de le faire. C’est simplement un rêve d’enfant qui se réalise.

PdR: Selon toi, pourquoi les groupes Français ont du mal à émerger ?

Je ne pense pas que ce soit un problème de nationalité. Il y a énormément de groupes dans tous les pays qui n’émergent pas. Sans parler d’une détermination et d’un investissement qui doivent être à plus de 200%, il y a aussi un côté financier non négligeable et beaucoup d’autres conditions à prendre en compte comme la situation familiale. Vous comprenez, pour une femme et huit enfants, c’est plus compliqué (rires). Beaucoup ont aussi peur de prendre des risques, comme l’arrêt des études ou le refus d’un CDI et préfèrent rester dans la sécurité du quotidien qui ne leur convient pas forcément.

Pour être grand, il faut voir grand et s’en donner les moyens. Tout le monde à ses propres barrières et la possibilité de les franchir, reste à vraiment le vouloir.

Percer dans le rock comme dans tout autre style de musique est plus qu’un choix, c’est un pari sur l’avenir avec énormément de sacrifices. Mais même si la réussite se mérite, peu seront les élus qui pourront en vivre un jour. Cependant, dans un monde qui sombre dans la facilité musicale, le rock se pose comme un outsider, une communauté d’irréductibles mélomanes combattant les forces obscures de la génération Disney sous acides.

Propos recueillis par Fabio de Rose.