Green Day

American Idiot… Déjà 10 bougies !

Il y a 10 ans, plus exactement le 21 septembre 2004, sortait le 7ème album studio de Green Day : American Idiot, opéra punk aux mille records, pierre angulaire du rock des années 2000. Green Day, n’en déplaise aux mauvais coucheurs, est un des groupes phares de la scène rock depuis la sortie du très bon Dookie en 1994, ont influencé de très nombreux groupes tout au long de leur carrière (Sum41, Good Charlotte et Blink 182 pour ne nommer que ces trois-là).

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Le contexte d’enregistrement était pourtant un peu compliqué pour le power trio d’Oakland. Après le succès plus que mitigé obtenu par leur précédent opus Warning, Green Day avait sorti deux disques sans enregistrer de nouvelles chansons : International Superhits (qui comme son nom l’indique, est une compil’ des succès précédents de Green Day) et Shenanigans, une autre compilation, mais de faces B cette fois. Ils décidèrent de reprendre la route des studios en 2003, et enregistrèrent Cigarettes and Valentines (dont la chanson éponyme deviendra par la suite un très bon single). Cependant, les cassettes d’enregistrements furent volées. Le groupe, sans se laisser abattre, considéra que ces enregistrements n’étaient pas satisfaisants de toute façon, et ils commencèrent à travailler sur un tout autre projet.

Pour retrouver l’inspiration, Billie Joe Armstrong déambulait souvent dans les rues afin de s’inspirer du quotidien des gens de la banlieue. Une phrase qu’il qualifie lui-même d’étrange lui vint alors à l’esprit : « I’m the son of Rage and Love, the Jesus of Suburbia » (Je suis le fils de la Rage et de l’Amour, le Jésus de la banlieue)

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Armstrong, de retour au studio, proposa au reste du groupe le thème de leur prochain enregistrement, celui d’un jeune homme sans but et sans certitudes confronté à l’Amérique de l’Après 11 septembre, et de son voyage afin de se construire. Après trois mois d’écriture et d’enregistrements, le disque sortait et devenait numéro 1 des ventes dans pas moins de 19 pays.

En temps qu’ « Opéra Punk », American Idiot épouse bien entendu le format du concept album (un album dont les chansons forment un ensemble cohérent par les thématiques évoquées par ses textes). Il raconte l’histoire du jeune Jésus de la Banlieue qui, lassé de sa vie sans relief et sans but, part de chez lui pour découvrir une nouvelle vie. En chemin, il rencontrera plusieurs personnages hauts en couleurs, St Jimmy, son alter ego autodestructeur (symbolisant la Rage) et la belle Whatsername (qui représente l’Amour), sera confronté au doute, à la solitude et à l’abandon. Il sera aussi initié au sexe, à la drogue et à l’amour. A la fin, le Jésus rentrera chez lui, et retrouvera sa condition désillusionnée, sans pour autant oublier les événements qu’il aura traversés.

La piste 1, American Idiot, est une parfaite entrée en matière. C’est un titre rapide, accrocheur, qui ressemble à ce que Green Day aurait pu produire il y a 10 ans : un riff et un refrain instantanément reconnaissables, un solo simple et efficace, tout ça en moins de trois minutes. De quoi ravir les nostalgiques et attirer un nouveau public. La chanson, qui sert d’introduction à la suite de l’histoire, pourrait ressembler à une annonce publique avant le début d’un spectacle de rue.

Le deuxième titre nous fait entrer au cœur de l’album. Jesus of Suburbia est, à raison, considéré comme une des meilleures compositions du groupe. Etonnamment long pour un morceau punk (plus de neuf minutes !), divisé en cinq mouvements à la manière d’une œuvre classique, Jesus of Suburbia pose la situation initiale et les jalons de la suite de l’histoire de son anti héros : d’une personnalité populaire au sein de son milieu, le jeune Jésus se rend compte de la désillusion de sa génération, et de sa propre inutilité. Son ressentiment s’accumule jusqu’à exploser, et il quitte son cocon banlieusard pour partir à la recherche de lui-même. N’étant absolument pas composée pour une diffusion radio, la chanson possède une efficacité redoutable en concert, et elle est devenue une des incontournables du groupe.

La paire de chansons suivante Holiday/Boulevard of Broken Dreams fait partie du grenier à hits d’American Idiot. Holiday évoque les permanences des soldats envoyés à la guerre, et dénonce l’aspect « police du monde » de la politique militaire de Georges W. Bush. Boulevard Of Broken Dreams, quant à elle, reprend le Jésus de la Banlieue après son départ, qui nous confie que la solitude le gagne progressivement, et que ses attentes lui semblent très présomptueuses alors qu’il s’enfonce dans l’auto apitoiement. Ce titre a été ouvertement critiqué par les frères Gallagher à sa sortie, qui considéraient que Boulevard n’était qu’une vulgaire copie de leur chanson Wonderwall. Comme quoi être un super groupe de rock et avoir de la merde dans les oreilles n’est pas incompatible.

Les chansons 5 et 6 du disque sont un autre doublon (pas le dernier de l’album, vous verrez) : Are we the waiting et St Jimmy. Si Are we the Waiting est une chanson dispensable de l’album, c’est principalement parce qu’elle sert de tapis rouge au mastodonte qui prend sa suite. Car St Jimmy est ce genre de chanson qu’on prend dans les gencives, et qu’on avale sans trop comprendre ce qui a bien pu se passer. Un tempo rapide, très rapide après les deux chansons calmes que sont Boulevard et Are we the waiting, et la présentation du personnage éponyme, St Putain de Jimmy, un mélange à mi-chemin entre Sid Vicious et Robert de Niro, le Keyser Soze des petites frappes et de keupons cockés. Le titre, à l’instar d’American Idiot, est immédiatement devenu un standard du trio californien, avec son insolence jouissive et son énergie malsaine qui font méchamment taper du pied jusqu’à son final « … And don’t you fuckin’ wear it out ! ».

St Jimmy, tout de verve et de rage, prend sous son aile notre jeune Jésus de la Banlieue, et l’initie à la drogue dans la chanson numéro 7, Give me Novacaine, qui va marquer l’entrée dans la seconde moitié de l’album. Avec une introduction en acoustique, ce qui n’est pas une première pour Green Day, mais qui reste assez rare et bien faite pour que cela soit rafraichissant sans être cliché, la chanson est une montée en puissance qu’on pourrait vraiment associer à une prise de drogue, avec un début calme jusqu’au solo (qui serait rien de moins que le trip), mélodique et prenant, qui débouche sans pause sur la 8ème piste, She’s a Rebel (nouveau doublon !). Cette chanson introduit le dernier protagoniste, Whatsername, et l’admiration immédiate que lui voue Jésus, admiration qui se transformera vite en amour. Whatsername est forte, Whatsername est indépendante, Whatsername sait ce qu’elle est et ce qu’elle veut, elle est tout ce que le Jesus of Suburbia cherchait quand il a commencé son voyage. Après la dépravation et la violence amenées par St Jimmy, Whatsername est la lueur d’espoir pour le jeune homme, et il va se jeter à corps perdu dans sa relation avec elle. Tout le titre rayonne de cet optimisme, si soudain et si absolu, et malgré sa courte durée, il est probablement un des moments les plus joyeux de l’histoire.

La 9ème chanson, Extraordinary Girl, raconte la relation des deux nouveaux amoureux, et la prise de conscience du Jésus que celle qui est en train de le sauver n’est pas aussi infaillible qu’il voulait. S’il reste convaincu que cette fille est extraordinaire, il constate qu’elle est aussi ravagée que lui, et cette douleur causera leur séparation. Cette séparation est racontée dans la 10ème chanson (qui complète le dernier doublon de l’album), Letterbomb. Letterbomb est une lettre de rupture, envoyée par Whatsername. Après l’avoir entendu a capella au tout début du titre, elle avoue à son amant qu’elle ne peut plus se complaire dans leurs mensonges et leurs illusions de révolution et de contestation, et qu’elle quitte la ville pour ne plus jamais revenir. Cependant, Whatsername lui conseille de ne pas se morfondre, et de se reprendre en main, d’en finir une fois pour toutes avec ses délires de Jésus de la Banlieue.

Le 11ème titre est le tubesque Wake me Up When September Ends. C’est un titre très triste, qui s’isole un peu de l’histoire d’American Idiot car il raconte la perte du père de Billie Joe Armstrong quand celui-ci était jeune. La musique est servie par un très joli clip, qui raconte le déchirement d’un jeune couple (Jesus et Whatsername ?) par l’engagement du jeune homme –joué par Jamie Bell– dans l’armée pour aller combattre au Moyen Orient. Ce clip est aussi le premier où l’on voit apparaitre leur guitariste live Jason White, qui rejoindra enfin Green Day en tant que membre officiel pour le CD UNO, après plus de dix ans de services.

Le 12ème titre arrive comme conclusion de l’épopée du Jesus of Suburbia, et s‘intitule Homecoming. De la même manière que Jesus of Suburbia ouvrait l’histoire, cette piste la conclut. Le jeune Jésus apprend le suicide de St Jimmy, et commence à déprimer. Il commence un travail sans intérêt, et ressent encore plus sa solitude depuis le départ de Whatsername et de St Jimmy. Puis il reçoit des nouvelles d’un de ses anciens amis qui mène une vie à cent à l’heure, et décide enfin de retourner dans sa banlieue, où l’accueillent ses anciens amis. Malgré ce retour, un refrain funèbre tourne encore dans sa tête, clamant qu’il se sentira seul jusqu’à la fin de sa vie.

La dernière piste, Whatsername, se déroule des années après le retour du Jesus of Suburbia dans sa banlieue. Il se souvient de Whatsername, et des moments qu’il a passés avec elle, mais ne parvient pas à se souvenir de son nom. Il dit avoir brulé toutes les photos d’elle, mais malgré le fait qu’ils aient pris des chemins différents, il sait qu’il ne l’oubliera jamais.

Ce qui fait d’American Idiot le meilleur album de Green Day, et l’un des meilleurs albums rock de tous les temps (si !), c’est qu’il contient absolument tous les ingrédients nécessaires à un bon disque. Il est original, cohérent, sincère. Green Day avait grandi en même temps qu’un certain type de public, et ce public a atteint l’âge adulte. Si la maturité musicale avait déjà été atteinte sur le précédent album Warning, les membres de Green Day prouvent ici qu’ils n’écrivent pas que des chansons pour ados qui parlent de masturbation : l’album est frondeur, engagé politiquement, ce qui explique aussi une grande partie de son succès aux Etats-Unis. American Idiot est aussi un album très sentimental. Les chansons peuvent tout autant donner une patate d’enfer (Holiday, St Jimmy, American Idiot, I don’t care…) qu’émouvoir, à l’instar de Wake me up, Letterbomb ou la déchirante Whatsername. Le personnage du Jesus of Suburbia est très humain, et permet de s’identifier très facilement à ce jeune homme perdu, incertain, perpétuellement en quête de lui-même. La tournée qui a accompagnée cet album, et le DVD live Bullet in a Bible qui en découle a été nommé « Meilleur show de tous les temps » par le magazine Kerrang !, et a réuni 130 000 personnes en deux jours ! Les prises de risques artistiques sont aussi nombreuses et agréables : les deux chansons de plus de 9 minutes, des introductions étonnantes (percussions ethniques pour Extraordinary Girl, invitée a capella pour Letterbomb), Mike Dirnt et Tré Cool (un surnom pareil, ça parle tout de suite) respectivement au chant principal sur Nobody Likes You et Rock N’ Roll Girlfriend

Pas étonnant que l’album ait passé les dix ans de longévité. Green Day n’a pas forcément conservé cette qualité d’écriture depuis (même si les albums produits depuis restent de très bonne facture), mais on peut espérer que dans un futur pas trop lointain, la bande à Billie nous pondra un digne successeur à cette perle qu’est American Idiot.

Je vous laisse avec cette citation pleine de vérité de Mike Dirnt :

« Green Day, c’est comme le sexe : quand c’est bon, c’est vraiment bon, et quand c’est pas bon… On est quand même bons putain ! »

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Baptiste Chausson

Une réflexion sur “American Idiot… Déjà 10 bougies !

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