Edito de la semaine/Lou Reed

L’Edito du Lundi

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Not such a perfect day indeed. Les sunday mornings ne seront plus tout à fait ces matinées insouciantes où l’on profite, en traînant dans son lit, de la chaleur matinale perçant au travers des rideaux livrés aux courants d’air.

Même si je connaissais déjà les quelques rares chansons de Lou qui passaient à la radio, ce n’est qu’en 1986 que je découvre, à 15 ans dans une cave, le Velvet Underground. Une époque où nous savions, comme dans les années 50-60, se retrouver entre amis dans une pièce pour écouter des disques. Les Ipods n’existaient pas encore et la musique n’était alors pas devenue ce produit que l’on consomme juste pour ses propres oreilles. Nous nous installions confortablement et écoutions un disque. Un vrai, un vinyle.  Sans un mot mais avec une certaine religiosité. On ne se remettait à parler et à échanger que lorsque la musique cessait tout en fumant des clopes. Puis on remettait le disque encore… Cela fait un peu image d’Epinal je vous l’accorde mais ce n’en est pas moins vrai. Je sortais d’une longue liste d’écoles catholiques, de pensionnats et je venais de passer deux ans dans un endroit où le bouillonnement culturel rock n’existait pas: Arcachon. Si vivante l’été mais inintéressante de par sa faune touristique, cette ville est on ne peut plus morte durant l’hiver. Les gosses de là-bas écoutaient bien plus Duran Duran (Reflex) que Vicious ou le rebattue mais mythique Walk On The Wild Side… Croyez-moi. Mon parachutage dans une ville connue pour sa culture rock (Bordeaux) allait changer la donne. French (François Gallet de son vrai nom, auteur/compositeur/interprète à mi-temps, devenu parisien à l’heure qu’il est), un garçon étrange et plutôt timide fût un des premiers gosses à m’accoster dans ce parc boisé gisant à l’agonie au milieu d’une série d’immeubles résidentiels. Ses parents habitaient au deuxième étage d’un de ces bâtiments et lui avait une chambre dans une cave réaménagée. Il commença donc à m’y passer des disques. Ses disques. Des 33t. Du rock, de la pop. Il ne s’est pas découragé une seconde devant mon manque de culture en la matière. Outre les Smiths, qu’il m’a alors fait découvrir et pour lesquels j’ai eu un vrai coup de foudre, il m’y fait également découvrir le Velvet. Je trouvais ça bizarre comme musique. Mais il y avait quelque chose d’attirant, de brut qui s’en dégageait. Quelque chose de presque hypnotisant (les rythmiques martelées tout comme dans Sister Ray ou I’m Waiting For The Man, les images projetées lors de leurs concerts…).

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De fil en aiguille je m’intéresse au chanteur, au bassiste (John Cale), à Nico, à cet univers borderline qu’était celui dans lequel ils baignaient : La Factory. Andy Warhol. Ses films crus sur le sexe ou la drogue. Ses freaks. Alors  jeune adolescent, cet univers ambivalent correspond assez bien à la rébellion qui couve alors dans ma tête, ce sentiment que l’on a presque tous à cet âge-là d’être le seul à pouvoir se comprendre. Cette sensation que l’on a des difficultés à sortir de sa chrysalide et d’aspirer l’air à grandes bouffées. La peur de le faire…  Je m’habille en noir, lis de la poésie, me mets à la guitare, m’ouvre à un monde dont j’avais avidement soif. Je ne vous ferai pas une rétrospective de la carrière de ce groupe devenu un symbole et ayant inspiré nombre de vocations dans la musique. Longues et moins longues. Moi-même je ne compte plus le nombre de reprises du VU jouées et chantées dans des bars, lors de fêtes de la musique ou plus simplement entre copains : Candy Says, Pale Blue Eyes, Sweet Jane, I’m Waiting for the Man et autres Femme Fatale. Aujourd’hui encore à la maison…

En 1989 déboule l’album (solo) New York alors que jusque là je me contentais de Transformers et de Berlin (entre deux albums de Joy Division, Depeche Mode, Cure etc.), les deux albums de Lou que j’aimais le plus. New York me renvoie l’image d’un Lou Reed ayant pris du recul. Non pas dans les termes abordés, toujours très sociaux, mais il y semble moins errant. Le temps pour moi aussi de penser à me construire et à me poser, je viens d’avoir dix-huit ans. En 1990 le chemin vers la sagesse se poursuit avec le très bel hommage à Warhol (Songs for Drella), composé en collaboration avec John Cale. Lou revient sur ses relations compliquées avec ce personnage haut en couleurs qu’était le maître de la Factory et du Pop Art.

Lou Reed, c’était mon adolescence, cette période où toute la difficulté est de se construire. Un homme qui, ne me connaissant pas a su, comme à tant d’autres, me parler au travers d’une certaine forme de poésie. Un guide dans un monde courant à sa ruine. Ne vous méprenez pas, il y en a eu d’autres à endosser ce rôle, mais il était l’un de ceux-là.

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Toute la presse en parle depuis hier. Qu’elle soit musicale ou généraliste. C’est un choc. Il fallait pourtant un jour s’y attendre car il n’est qu’un nom qui s‘ajoute aujourd’hui à la longue liste de ces grands personnages du rock qui nous ont déjà quitté. Mais quel nom… Oh bien-sûr, les médias rappellent leur immense culture musicale en parlant de Reed comme du leader charismatique du Velvet Underground, que cette même presse n’a sans doute jamais écouté (je ne parle pas de la presse musicale qui, elle, ne connaît pas que l’album à la banane…). Mais tout cela est le spectacle de la vie. Show Must Go On. Au PdR, nous avons décidé ce matin, de traiter cette information de façon différente. Nous avons trouvé plus intéressant, ou plus personnel de faire paraître mercredi, un article qui n’en sera pas un: Un hommage. Un vrai hommage. Plusieurs rédacteurs vont vous livrer leur sentiment sur cette disparition, d’autres vous raconteront peut-être simplement ce qu’il représentait pour eux, comme je viens de le faire, peut-être aurons nous droit à quelques anecdotes même. Nous verrons.

Et puisque le spectacle ne s’arrête jamais, sachez que demain sort Reflektor d’Arcade Fire et cela ne se loupe pas. Moonface dont je vous ai déjà parlé sortira le même jour Julia With Blue Jeans On. Si vous souhaitez une voix plus virginale, quoique je doute que ce soit réellement le cas, vous préférerez sans doute vous diriger vers les Throwing Muses, et leur chanteuse Kristin Hersh, qui signent avec Purgatory/Paradise leur retour après 17 ans d’absence. Et croyez-moi c’est électrique ! Sinon il y a aussi Russian Circles qui mérite donc le détournement d’oreilles sur Memorial. Vendredi nous publierons un article sur le retour en fanfare de Jonathan Wilson ainsi qu’une Playlist toute en vidéos qui vous fera faire le tour du monde, de la Californie  à la Suède en passant par la Floride, l’Islande et  l’Ecosse.

Pour ma part, je n’irai plus jamais boire de sangria au parc ni donner à manger aux animaux du zoo mais je vous laisse avec ce morceau qui a été sorti pour venir en aide à l’association Children in Needs, en 1997 et où l’on peut croiser, outre Lou himself, un tas d’artistes dont Tom Jones, Bono, Elton John, Brett Anderson, Evan Dando, David Bowie ou encore Shane MacGowan et tant d’autres. Rien de mieux pour montrer que Lou était connu et reconnu par toutes les générations d’artistes. Foutue à fond, cette chanson, chantée par eux me fait dresser les poils. Ne vous en privez pas. Pour ma part elle tourne depuis ce matin but it’s not such a perfect day indeed…

By Greg Pinaud-Plazanet

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