The Strypes

Les Strypes, la prophétique jeunesse du blues retrouvée.

Encore interdits d’alcool et de tabac, les quatre jeunes Irlandais originaires de la petite ville de Cavan, font sensation depuis un an bien que leur tout premier album ne soit sorti que le 9 septembre 2013. Groupe de pub rock, speed blues et rythm’ and blues, les Strypes jouent une musique d’un temps révolu… vraiment ? A l’écoute, on n’est sensiblement plus du tout de cet avis.

Les Strypes sont un coup de pied au cul aux oiseaux de mauvaise augure avec leurs pronostics sur la mort du rock. Tout droit sortis de la contrée verte et humide irlandaise, les jeunes garçons savent ce qu’ils font et où ils vont : ils connaissent Chuck Berry et Howlin’ Wolf, écoutent les Yardbirds et les Rolling Stones, et savent apprécier la brit pop de Blur ou de Last Shadow Puppets. Ils semblent complètement vivre à l’écart de leur génération avec leur look de mods très soigné. Ils sont loin, les boys band de pop fade et commercialisée !

Pour un premier album, Snapshot fait très fort. Compte tenu du très jeune âge des membres du groupe, on peine à croire au résultat ! Partant sur des bases de blues, les Strypes parviennent à sonner à la fois roots et jeunes. L’album est composé de reprises, « You Can’t Judge A Book By The Cover » de Bo Diddley, ou le classique blues repris une soixantaine de fois « Rollin’ and  Tumblin’ « , ainsi que de chansons originales. Des deux côtés, l’effet est particulièrement réussi. Les reprises ont rajeuni de trente ans, notamment « Rollin and Tumblin’ « , plus agressif et plus rock que ce qu’on a pu entendre avec Canned Heat, dans lequel le jeune guitariste, Josh McClorey se fait plaisir avec un petit solo roots, certes, un peu brouillon… mais qui marche ! Si les reprises sont un franc succès d’un point vue créatif et performance, le plus intéressant dans Snapshot, ce sont les compositions originales qui relèvent d’une énergie sans comparaison. Les quatre jeunes ont ce don particulier pour rendre le blues dynamique et lui insuffler un jeunesse perdue. La guitare est volatile et rapide accompagnée d’un batteur qui va vite (non sans rappeler le jeu de Matt Helders des Arctics Monkeys), un harmonica omniprésent qui reste fidèle au ryhtm’ & blues prôné par les Strypes, et surtout l’étrange voix grave et muée mais aux nuances encore adolescentes de Ross Farrelly, comme sur « You Can’t Judge A Book… » ou encore « I Can Tell », sur lequel, d’ailleurs, on se demanderait presque si c’est bien un gamin de 17 ans qui chante. Parmi les perles estampillées blues pur, se place en haut du podium « Angel Eyes », qui vire un peu rock zepplinien par moment avec une langoureuse guitare aux descentes assassines, suivi de près par « Perfect Storm », avec une mention spéciale pour la basse et sa ligne aussi fournie qu’impeccable. On peut entendre aussi l’excellent « Mystery Man », à la rythmique rapide qui sonne en fond, comme un twist qu’on aurait percé et tatoué. Et preuve que les Strypes sont fortement inspirés, « Heart Of The City » tombe carrément dans le punk, les solos en plus : le chanteur qui crie et grogne, le riff entêtant d’une guitare et les chœurs sur « Heart Heart » sont en complète contradiction avec le solo carrément hard blues. « Blue Collar Jane », chanson d’amour pas du tout niaise, s’écoute comme un classique pub rock aux paroles redondantes.

snapshot

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D’autres titres comme « What People Don’t See » ou « Hometown Girls » reflètent un penchant prononcé pour le rock barré de Dr.Feelgood. Snapshot est une réussite en soi, mais il a ce petit quelque chose de spectaculaire pour avoir été fait par quatre garçons de seize, dix-sept ans, âge extrêmement précoce où il est dur de produire un tel projet qui se tient à ce point.

C’est donc à l’image des prophètes du rock’n’roll que les Strypes martèlent le retour tant attendu de jeunes talents dans le milieu, et incarnent une génération qu’on pourra enfin voir en concert avec une énergie digne de ce nom (Keith Richards va souffler sa soixante-dixième bougie en décembre prochain, quand même…). Et comme l’a si bien dit Philippe Manœuvre à propos du concert des Strypes à Paris le 2 juillet dernier: « Ce soir le rock est sauvé. »

By Juliette Geenens

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