Découvertes

The Wankin’ Noodles, une invasion rock’n’roll made in Rennes

C’est une tempête de rock breton qui s’abat sur Paris! Plus particulièrement une tempête venue de Rennes. Et oui, le crachin breton est porteur de bonnes choses! 4 de leurs groupes font l’actualité en sortant presque simultanément leur premier album. J’ai nommé Wankin Noodles, Popopopops, Juveniles et Manceau. Avant de rencontrer un de ces groupes, fruits d’une influence pop rock anglaise made in France, prenons le temps de décrypter ce phénomène!

Les Transmusicales de Rennes. Voilà peut-être un élément de réponse, tant le festival est un véritable propulseur de talents. « Les Trans » reflètent « l’image de la musique actuelle à un instant T », comme l’explique sa tête pensante, Jean-Louis Brossard. Reconnue comme découvreuse de nouveaux talents au niveau européen depuis 32 ans, l’association ne va parfois pas chercher bien loin pour dénicher les artistes de sa programmation. Les Wankin Noodles (originaires de Saint-Brieuc) tout comme les 3 autres groupes cités plus haut y ont été découverts! Cette nouvelle vague de rockeurs succède à de nombreuses figures de la scène Rennaise, comme le fûrent Etienne Daho ou Niagara dans les années 80. Bien que l’activité musicale de cette région n’ai pas faiblie durant toutes ces années, on redécouvre à peine les capacités certaines de ces enfants bretons. Et leur propulsion les amènent parfois même au delà des frontières françaises. Tahiti 80 (de Rouen) par éxemple, sont devenus de véritables stars aux Japon et en Chine ! Ils en font bénéficier Manceau, qui y tourne également. Souhaitons donc aux Success, Bikini Machine et tous les autres talentueux musiciens rennais (et même à tous les Breton(s)) une longue prospérité !

Now, let’s focus on… The Wankin Noodles !

Wankin’ Noodles viennent de sortir leur premier album, Tu Dormiras Seule Ce Soir !

Les « Noodles » (pour se la faire courte) font de la musique depuis 2007, officiellement, puisque l’équipe des nouilles a, par plusieurs fois, changé. A l’époque, un premier EP voit le jour, un premier début de 5 titres avec « Their Lovely Countryside« . A croire qu’ils parlent déjà avec fierté de leur belle province. Le single « Hunt » leur offre un premier petit succès, aux sonorités bien anglaises tout de même, jugez plutôt ici.

Ce début prometteur leur ouvre en 2008 la porte de quelques grands festivals! Vous les avez peut-être aperçu alors aux Vielles Charrues de Carhaix ou aux Transmusicales de Rennes. L’ubu Club de Rennes vit leurs premiers concerts, là même où ils enregistreront 3 ans plus tard leur premier album!

En 2009, c’est la rencontre avec Mathieu, leur manageur de l’époque au festival Art Rock de Saint Brieuc. C’est cette année-là qu’ils enregistrent leur 2eme EP: « Virgins At Their Feet« . C’est bien là que le son des Noodles prend forme et qu’une bombe musicale explose, avec le titre à guitares et aux refrains braillards, un titre efficace taillé pour nous faire danser et jumper comme des petits diables: « Wrankers Off The Social Club« . Paris les découvre au Cabaret Sauvage aussi.

L’année d’après, ils participent aux Transmusicales Export, qui leur permet de jouer en Russie et en République Tchèque. La vague Noodles casse la baraque au delà des frontières. Visionnez leur live à Saint Petersbourg. Leur image de rockeurs conquérents, qui n’a peur de rien se fait les Eurockéennes. Après tous ces grands festivals de France écumés, il est maintenant grand temps de lâcher un LP à la face du monde.  Même si certains changent de cap (Jean Sylvain à la guitare a rejoint le bassiste des Russian Sex Toys pour former les Juveniles), le groupe ne lâche pas sa ligne de mire.

L’année dernière, le groupe fraîchement recomposé (Sébastien à la basse et Francis à la guitare rejoignent les deux plus fidèles des Nouilles: Régis au chant et Romain à la batterie), fonde son propre label pour autoproduire l’album. En toute liberté donc et au plus proche du live, c’est à l’Ubu Club que « Tu Dormiras Seule Ce Soir » voit le jour ! Le premier single de l’album éponyme est plus efficace que jamais. La gente féminine n’a qu’à bien se tenir !

A l’occasion de la sortie de ce premier opus le 18 avril dernier, Le Peuple du Rock a rencontré les garçons dans le mouv’, quelques jours avant que leur soit remis le prix « Artiste Jeunes Révélation », Produit de Bretagne à Vannes (le 16 mai dernier). L’année de la consécration?

Retrouvons nos petits branleurs (plutôt doués quand même) entre quatre murs pour une session live de « Paris » …

… Et quelques explications de leurs propres bouches:

Gwendoline Bonnin : Alors, les garçons, pourquoi ce nom, les Wankin’ Noodles ? Je ne sais même pas si je le prononce bien, mais c’est plutôt évocateur…

Romain (batterie) : Et bien voilà, c’est parce-que personne ne le prononce bien.

Sébastien (basse) : Ca nous va bien de faire chier.

Régis (chant) : Alors déjà, c’est fort parce que ça ne veut absolument rien dire ! Non, n’essayez pas de traduire…

GB: Ca donnerait Les Nouilles branlantes, branleuses, on ne sait pas trop…

Régis : On dit des Pâtes qui se la Pètent ! Pour les enfants… ou pour ma mère ! Ce nom sonne, ça nous plait et je pense qu’on a du poser la même question à des types comme les Rolling Stones, ça a presque autant de sens finalement… Ca vend du rêve.

GB : Votre premier album Tu dormiras seule ce soir est sortit le 18 avril, vous aviez déjà 2 EPs sous le coude, comment vous avez composé et sélectionné vos morceaux pour ce disque ?

Régis : On a composé à la pelle puis on a retravaillé certains morceaux avant de les enregistrer par nos propres moyens pour les juger et en faire découler une ligne directrice, très rock, très simple, très efficace. On a jeté beaucoup de choses !

Romain: On a fait deux écrémages au final et on a sélectionné le meilleur du top of the best pour l’album. Ce sont les titres qui fonctionnent le mieux ensemble, qu’ils soient français ou anglais d’ailleurs. C’est une claque progressive de l’aller au retour.

GB : Vous composez aussi bien en français qu’en anglais, pourquoi avoir décidé de jouer dans les deux cours ?

Régis : A la base on fait de l’anglais. Le français est venu sous le coup d’un défi donné par un de nos confrères musiciens qui nous a dit « Hey, pas chiches de faire un morceau en français ». Forcément, on l’a fait ! Et l’exercice nous a plu. Ca peut paraître une tentative de séduction des labels, pour devenir un truc plus bankable, mais nos morceaux en français sont construits de la même manière que ceux en anglais. C’est la même recherche d’efficacité, d’idées ultra simples et concrètes. Ca cohabite assez bien dans nos sets live et l’on voulait vraiment montrer ces deux couleurs ensemble.

Romain : Et puis je pense que peu de groupes qui chantent en français ont des textes comme les nôtres. Je ne suis pas en train de nous jeter des fleurs ! Je dis juste que nous sommes tellement débiles que nos textes le sont tout autant. Alors qu’en France on a plus tendance à vouloir faire du beau, nous essayons juste de faire efficace, ce qui est différent.

GB : C’est vraiment une démarche anglaise ça !

Romain : Voilà ! On fait du français mais comme si on bouffait du rosbif !

Régis : C’est tout l’avantage d’avoir fait de l’anglais avant du français. La recherche d’efficacité et de simplicité est dans la langue anglaise. On a du apprendre à se dire, bon ben ces mots là, en français, ça ne le fait pas ! On ne va pas utiliser le mot « euphémisme » dans nos chansons. Ni « acrostiche ». C’est un art de la formule.

GB : Les répétitions aussi font que vos morceaux sont efficaces, surtout ces refrains scandés. Le public est-il plus réceptif au français alors?

Romain : Quand on fait les titres anglais, le public français danse et chante. En français, les gens sont plus attentifs et parfois même dans les endroits où l’on n’a jamais joué, le public chante le refrain. On souhaitait cette efficacité.

Régis : C’est vrai qu’on préfère se concentrer sur la recherche d’une formule vraiment punchy, ce qui prend quand même pas mal de temps, au lieu d’essayer d’écrire des textes très cohérents et fournis. On aime quand ça va à l’essentiel et ça se ressent dans nos musiques, forcément.

GB : Originaires de Saint-Brieuc (Vive la Bretagne !), vous avez choisi d’enregistrer votre album à l’Ubu Club de Rennes, qui a vu vos premiers concerts. Quels rapports vous entretenez avec ce lieu ?

Romain : C’est un club assez grand et l’on a enregistré là-bas avec la volonté de mettre les mains dans le camboui, tout comme pour  la création de notre propre label [Wankin Noodles Company] pour que le disque produit vienne vraiment de nous. On n’est pas contre travailler avec un producteur, mais on a voulu cet ingénieur du son et réalisateur [Tom Peters du studio Monkey Puzzle House, UK] qui nous suit depuis le début et qui nous a aidé à forger notre son. On voulait que le 1er album soit du pur son Wankin’ Noodles, le plus fidèle possible au live. On est peut-être un peu présomptueux en disant ça, puisque des gens comme Pete Townshend [guitariste et songwriter de The Who] ont déjà dit qu’un album fidèle au live, ça n’existe pas ! Mais on s’en fout, voilà, on l’emmerde publiquement !… Mais non! on l’adore !

GB : Le morceau que vous nous avez joué en session tout à l’heure, qui s’intitule Paris, parle de notre belle capitale… mais on peu dire que vous crachez un petit peu dessus ! Pourquoi donc alors que vous y tournez de plus en plus?

Régis : On ne crache pas dessus ! La motivation de cette chanson est la même que quand on s’en prend à la gente féminine [cf. : Tu Dormiras Seule Ce Soir], on fait preuve de drôlerie et ça n’est jamais véritablement agressif. On a beaucoup d’amis à Paris, on s’y rend souvent mais s’il y avait un filigrane sous ce morceau ça serait « on va un petit peu marcher sur le parisianisme ». Parce qu’on est des provinciaux et les premières fois qu’on est venus à Paris, personne ne nous connaissait. On a vécu des soirées géniales mais une petite partie de Paris faisait un peu coquille. On a eu envie de taquiner un peu ça.

Sébastien: On peut aimer la ville de Paris et dire ce qui ne va pas, tout simplement. Il y a un nombre incalculable de français qui n’aime pas Paris, et d’ailleurs qui ne savent même pas pourquoi. On dit juste tout haut ce que la France pense tout bas : Paris, on en a ras-le-bol et en même temps, ça nous plait !

Romain : C’est notre rôle de rockeur de dire ce qui ne va pas…. Euh, ça fait très Julien Clerc de dire ça ! Avec notre cœur de rockeur c’était obligé !

Régis : Même dans le milieu de la musique, les parisiens pensent qu’il ne se passe pas grand-chose en dehors de leur ville. On est défenseur de la province, on y tourne beaucoup et on peut dire qu’il s’y passe des choses incroyables aussi ! On pourrait être très chauvins en disant qu’à Rennes, nous avons les Transmusicales, reconnu en Europe pour être les têtes chercheuses de nouveaux talents. D’ailleurs ce sont eux qui nous ont découverts… bon, ils n’ont pas cherché bien loin sur ce coup… Il y a aussi la Route du Rock. On replace une certaine équité avec ce titre. Sinon, nous sommes en train d’écrire Marseille, mais ça parlera de foot cette fois ! Haha. Non, c’est faux, nous ne sommes pas du tout fouteux.

GB : En parlant de festivals, est-ce que ça vous plait d’y jouer devant un public qui ne vous connait pas forcément ?

Régis : On aime tout. Jouer dans un club de 10 personnes, dans une salle de 400 personnes en première partie, ou se retrouver dans un festival, c’est l’éclate. On adore manger du live et on a peur de rien…

Romain : Ce sont les gens qui pourraient avoir peur en fait.

GB : Vous avez déjà joué à l’étranger, en Russie et en République Tchèque, comment vos morceaux ont-ils été accueillis ?

Romain : Ben alors déjà ils ne comprennent pas le français!

Régis : On a eu un bon retour à Moscou, des gens nous ont dit « c’est dingue ce genre de choses ça n’existe pas chez nous ». On nous a dit : « Mais qu’est-ce-que c’est que ce concept ?! Des guitares et un chanteur braillard! ». C’est vrai qu’aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest, ça fait bien 50 ans que le rock’n’roll est là, on s’est un peu lassé. Les pays soviétiques n’ont pas forcément connu ça ! Ils le découvrent un peu sur le tard et ils ont adoré !

GB : Vous leur avez carrément fait découvrir le rock !

Romain : Non, quand même pas. Mais ils étaient contents de voir un groupe de rock en live.

Régis : En discutant on a aussi appris que chez eux depuis quelques années, la culture reste bloquée sur celle du DJ. En matière de rock, ils n’ont que des superstars qui jouent. Je me souviens de l’affiche de Slash par exemple, et à côté l’affiche du festival où l’on jouait, avec notre nom. C’était super chouette et on a hâte d’y retourner !

Sébastien : Jouer à l’étranger est un de nos objectifs principaux.

GB : Vous vous dites influencés par la musique des 60’s, 70’s, de quels groupes s’agit-il exactement ?

Régis : A la base, notre album vient d’un projet figé sur les années 60, puis 70. Mais ensuite on a  assumé un peu nos influences des années 90, et puis même celles des années 2000. Notre son est donc un peu british et fait aussi le grand écart entre l’approche 60’s / 70‘s et la musique d’aujourd’hui. On n’est pas un groupe qui sonne super actuel, mais on n’est pas non plus retro du tout. Notre culture est composite.

GB : Et pourtant vous ne vous aventurez que peu au-delà des limites de la composition rock classique. Vous n’utilisez pas de synthés par exemple et restez loin de cette vague électronique très à la mode en ce moment.

Régis : Nous sommes un groupe à guitares de toute façon, clairement.

Romain : Ca ne nous intéresse pas forcément tout ces synthés. La seule utilisation du clavier qui nous branche, c’est plutôt l’orgue. Quand Wolfmother en utilise sur leur premier album, ça nous botte. L’utilisation de nos guitares, c’est la même idée qu’avec nos paroles. Il faut choper un riff, un truc qui peut se retenir. Que ça reste classique et simple mais d’en faire un truc incroyable.

Régis : Mais à côté on écoute aussi des choses avec des synthétiseurs ! J’adore le dernier de The Horrors [Skying, 2011] qui n’est presque composé que de grosses nappes de synthétiseurs qui créent un univers.

Romain : Ou Sexuality de Tellier qui possède pleins de trucs incroyables. Mais ce n’est pas ce que l’on a envie de faire.

GB : Pour finir cet entretien je voulais vous demander : A quand la première partie des Hives ? Puisqu’on entend beaucoup leur influence sur vous.

Régis : Ce sont eux qui feront notre première partie, c’est en pourparler… Non, on les a déjà rencontré succinctement, on leur avait donné notre toute première démo de l’époque, on n’avait que 6 mois d’existence… Mais je pense qu’ils ne s’en souviennent pas du tout ! On les a vus pleins de fois sur scène car c’est un groupe qui a vraiment marqué notre culture. Ils osent encore être garage avec un son presque actuel. En France, on a le même tourneur [Radical Production] et ça serait un énorme rêve de faire leur première partie. Si ça arrive je pense que ça va être une fête de tous les diables.

Romain : Tout comme on aimerait faire la première partie d’Arctic Monkeys ou de feu Supergrass.

GB : Et pourquoi pas la première partie de The Gossip ?

Romain : Alors là, je vous invite à vous référer à l’album !

GB : Justement, votre morceau Kill Beth Ditto, d’où ma question, pousse au meurtre. Pourquoi tant de haine envers la charismatique chanteuse des Gossip?

Sébastien : On aime bien taper là où ça fait mal !

Régis : Notre écriture est aussi un art de l’histoire. C’est donc parti d’un pitch complètement débile : Les Wankin’Noodles ont envie de conquérir l’Amérique ! Tels des super-héros, ils traversent l’Atlantique en volant (évidemment) et souhaitent atterrir à New York. Sauf que le milieu musical et la hype New Yorkaise sont dominés par… Beth Ditto ! Dans l’histoire, elle fait 3m de haut, écrase 60 passants dans la rue à chaque pas et la seule solution pour nous, c’est de tuer Beth Ditto.

Sébastien : Mais elle n’est pas grosse du tout hein, elle est juste grande et puissante !

GB : Heureusement qu’on a eu quelques explications car en effet nous n’aurions jamais pu deviner ça! Ma dernière question et celle que tout le monde attend : Dormirez-vous seuls ce soir ?

Romain : On dormira tous ensemble ! (Rires) On n’a pas dit qu’il n’y aura pas de filles…

Régis : Attention, on est tous plus ou moins mariés. On sera tous ensemble, après, on ne sait pas avec qui!!

Mille mercis à l’agence Ephélide (Marion Pace et Maxime Pascal) et aux Wankin’, si sympatiques et rock’n’roll!

By Gwendoline Bonnin

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