The Kills

The Kills à Brixton, une cure de pulsions sauvages.

Les Kills qu’on ne présente plus (mais je vais quand même le faire dans deux secondes) fêtent leurs 10 ans de vie commune en 2012 ! Pour célébrer ça, appuyons sur le bouton « retour arrière » de la cassette de ma vie, et revivez avec moi leur dernier concert de 2011, à Londres. « This is London, Baby … »

Par delà la Manche, à 5 km du « Central London », nous voilà donc atterrir un samedi 3 décembre 2011, au beau milieu du vivant « borough » de Brixton, et c’est le moins que l’on puisse dire.

A la sortie du terminus de la « Stockwell Line Tube » (métro Londonien), les sons et les odeurs malmènent notre sens de l’orientation. Sommes-nous en Angleterre ou bien aux Caraïbes ? Des joueurs de Steel Drum et ce marché aux fruits et couleurs exotiques sont là pour nous rappeler que l’on se trouve en plein Q.G. de la communauté Jamaïcaine de Londres. Des « homeless » barbus côtoient les enfants qui chahutent, la fumée des bus rouges à deux étages se mélangent à la cigarette que fume un disquaire de musique afro-caribéenne. Mais alors que sommes-nous donc venu faire ici ? Voir un concert de rock ?? Au milieu de tout ça ? Ca n’a pas l’air d’être l’endroit pour ça. Et ben pourquoi pas finalement ? Car après tout, Brixton, c’est aussi et surtout un lieu d’éclectisme (comme partout à Londres d’ailleurs) mais aussi de violence et de rebellion. Et ce depuis ce qui fut nommé  « race riots » (émeutes selon l’appartenance ethnique, du début des années 80). Théâtre de tueries et d’affrontements avec les autorités plutôt bien armées, The Clash s’en étaient déjà inspirés pour composer leur morceau aux sonorités reggae The Guns of Brixton en 1979 pour le légendaire album « London Calling » (http://www.youtube.com/watch?v=wqcizZebcaU). C’est dire si nous nous trouvons dans un lieu chargé d’histoire, et résolument rock’n’roll.

The Kills, la pulsion du rock?

Cette mixité, cette violence, on la retrouve aussi bien dans ce quartier, que dans le couple que nous sommes venu voir sur scène ce soir là. Avant que leurs atomes ne se rencontrent et ne fassent des étincelles, les deux « âmes sœurs » des Kills vivotaient tranquillement chacun dans leur coin. « VV », surnommée ainsi par son futur acolyte car lui rappelant le son de sa guitare quand il la branche, ou Alison Mosshart, était chanteuse pour ce groupe de Los Angeles, Discount. C’est avec ces boys que la tigresse se fait les griffes alors seulement agée de 17 ans. En tournée, elle est hébergée avec son groupe chez Hotel (c’est d’ailleurs de là que lui vient ce surnom), Jamie Hince qui, lui, passe son temps à gratouiller frénétiquement ses guitares à la recherche de son propre son dans cet appart Londonien dont les canapés usés sont toujours occupés par des musiciens de passage. Pour la petite histoire, ce soir là sur son canapé, ils se sont trouvés. Fascination d’Alison pour ce dandy anglais qui maitrise l’électricité de ces coups de guitare, et improvisation de Jamie en tant que professeur. Ils partagent leur vision de la musique. Ils se découvrent des obsessions communes. Chacun tient ce que l’autre voudrait. Ils ne se lâcheront plus, malgré la distance entre Londres et Los Angeles, les colis s’envoient et se remplissent de cassettes d’enregistrements, de photos. Jusqu’au jour où Alison plaque sa brûlante Floride pour la pluvieuse Londres. C’était en 2000, «année 0» de leur carrière. En 2001, les premières étincelles craquent : une première démo carrément punk – garage voit le jour, puis un EP polémique chez Domino Record ayant pour pochette la photo de la française Florence Rey (la silencieuse et mysterieuse « Tueuse de Flics » de 1994), pour laquelle le groupe se dit fasciné. Le reste n’est qu’une inévitable ascension vers la réussite, malgré leur attitude anti-industrie et tellement rock’n’roll. Un premier LP en 2003, « Keep You On The Mean Side« , se fait connaître vite grâce au titre blues garage Fuck The People. On y trouve aussi des morceaux plus psychéléliques comme Kissy Kissy . Un deuxième LP en 2005, « No Wow », très post-punk, nous reste en tête avec le titre du même nom et The Good Ones. En 2008, c’est l’explosion avec « Midnight Boom ». La poudre a pris feu pour de bon. U.R.A Fever  frappe en boucle nos esprits, la voix de VV et Hotel se répondent, la guitare jouissive lance de petit cris de plaisir et le refrain est aboyé par la brune à la rage encore contrôlée. C’est définitivement le morceau de leur carrière.

Après avoir repris leur souffle quelques mois (VV par en tournée avec Jack White dans leur formation : The Dead Weather, Jamie, expérimentant de son côté son talent de cineaste), The Kills nous signalent qu’ils sont toujours là et très heureux de se retrouver en 2011 avec leur 4eme et dernier album : « Blood Pressure ». Certains ont pu décrire cet album comme décevant, reflétant une relation qui s’essouffle… Les fans de « No Wow » regrettent déjà le côté décousu et sauvage du son des Kills. Mais ne serait-ce pas ça le passage à la maturité ? Si Nail and My Coffin sonne comme un morceau composé par un couple encré dans la routine pour certains, et si le « ohohohohohoho hohohohohohohohohoho » du refrain finit de tracer le chemin de pensée de ces derniers vers le « The Kills, c’est franchement plus ce que c’était », Heart is a Beating Drum les ramène à la raison lentement par une batterie venue du cœur, prenante. Future Starts Slow vous aspire définitivement dans un mur du son, votre souffle s’intensifie, vos tripes vibrent à chaque coup frappé, la guitare envoie par à-coups des décharges electriques. Si votre esprit n’est pas encore réduit en purée (subtilement), vous êtes pris dans la marche légèrement folk de Pots and Pans, vers là où les Kills ont toujours voulu nous emmener finalement, aux portes du paradis rock. Ils s’effacent au loin, nous laissant avec le goût trop fort de les voir défendre cet album, en chair et en electricité, devant nous.

La peinture de l’artiste Pure Evil prédirait-elle le chaos du concert qui se trame ?

Voilà pourquoi nous nous retrouvons à Brixton en ce début de décembre ! Dans ce joyeux bordel de choses des quatre coins du monde, se retrouvent ce soir les Kills et les jeunes et moins jeunes adeptes du « Prends ça dans ta face !! ». Après tout, c’est pour ça qu’on est venu… Bon ok, mes hormones aussi m’ont imploré d’acheter ma place à 18 £ pour la crinière de VV et le charme classieux de Hotel. The O2 Academy Brixton est la salle de légende de Londres, passage obligé des confirmés du rock comme des petits nouveaux pop à succès, tout le monde vient se frotter dans ce lieu pouvant accueillir presque 5000 personnes. Ce soir là dans la foule, des répliques de Jamie Hince, vestes élégantes, mèches gominées et les airs snobs font la cour à des Alison en chaleur aux longs cheveux en bataille et slims panthère… So sexy ! Le whiskey se vide au bar en attendant la tornade. Josh T.Pearson, première partie très déroutante, nous livre un show à mourir d’ennui… Est-ce une blague ? Personne n’écoute ses morceaux de 20 minutes de country sans saveur bien qu’on sente qu’il y met du cœur derrière son apparence nonchalante. Le barbu nous jette « I’m Josh T. Pearson ! Buy my shit ! » à chaque fin de morceaux (c’est-à-dire 2 fois en fait). Le supplice s’arrête enfin après une blague sur les « blow job » (pipes) de mauvais goût… Vous êtes sûr que cet homme des cavernes est le nouveau musicien à suivre ? Son album nommé « Album of The Year » par Rough Trade Shops et des concerts sold out ? Je doute qu’il ai touché le public ce soir, venu plutôt pour qu’on lui envoie des décibels de brutalité dans la tronche et non pas cette tisane à la camomille… Quatre personnes ont du prêter une oreille attentive ou alors faire genre…

Très vite, les Kills viennent réveiller tout ça, at last. Apparition verre de vin à la main of course, les basses mitrailleuses de Now Wow retentissent et VV surgit sur une toile rose léopard en fond de scène. Sa sensualité nous envoute et fait monter la pression que Hotel stimule du bout des doigts, frappant frénétiquement sa guitare. A la fin « They ain’t no wow now ! » répété jusqu’à ce qu’on en puisse plus finit de nous exciter à point ! Parfait pour enchainer avec Future Starts Slow, leur nouveau single. Le public est projeté en avant de la scène, certain étouffent alors que ceux qui ont l’espace de la fosse prennent leur pied, se jettent en l’air et frappent des mains (j’en fais partie). Electrifiés par ce qui pénètre nos oreilles, nos sens sont décuplés (non, ce n’est pas l’effet de l’alcool, d’ailleurs j’ai rien bu). Les vagues de riffs de guitare rugueux et sauvages rebondissent jusqu’au fond de la salle. L’air est électrique, c’est dangereux. Pas le moment de reprendre son souffle, les Kills conservent cet instinct sauvage qu’ils ont réussi à faire ressortir en nous avec quatre automates percussionnistes en « leather jacket », frappants le rythme de Heart Is A Beating Drum avec des bâtons de lumière bleue. Alison agite sa chevelure de droite à gauche en mouvements violents, testant son pouvoir d’attraction de part et d’autre de la scène, ça réveille toute homosexualité féminine jusque là encore inexistante. A point, il faut refroidir cette bande de transis bouillonnants que nous sommes désormais : s’ouvre alors une douce parenthèse mettant en scène le couple, perchés tout proche l’un de l’autre au bout du plateau, les pieds dans le public. Ils entament un morceau de Patsy Cline: Crazy. La guitare bourrée d’écho et brouillonne donne l’assise à Alison pour sa sérénade à Jamie (ou peut-être bien à nous se prend t-on à penser quand elle finit par nous regarder avec un sourire coquin !). Oui, à en devenir « crazy » on vous dit. DNA et Satellite sont relevés par une magnifique chorale de gospel en robe rouge qui nous invite à reprendre en cœur le fameux « ohohohohohohoho ». S’il paraissait déplacé sur l’album, en concert l’hymne est juste efficace. D’autant plus quand Alison lève ses bras au ciel en une véritable communion avec nous. La fusion du couple fait plaisir à voir quand ils se partagent la guitare pour Tape song. La chimie entre eux deux est explosive, on comprend pourquoi ils ont su s’imposer au cours de cette dernière décennie. Même les bébés rockeurs étouffés sur le devant de la scène se déchainent pour U.R.A Fever. Alison crie sans retenue, la bête s’exprime et Jamie le maître la contient tant bien que mal. Black Ballon nous rend notre douceur un instant avant de retrouver la voix criarde et la gratte pêchue sur un percutant Cheap And Cheerful qui réveille les passions. Le manche de guitare de Hotel s’agite, le corps de VV aussi, les percussions nous soulèvent, tout ça est trop bon ! « It’s alright to be meeee » hurlé par la belle à la crinière rouge pétant nous apprend à recevoir ce qu’on nous envoie. Après tout, c’est bien pour ça qu’on est venu comme je le disais plus tôt ! Après une brève pause, le couple revient pour un « encore » mélancolique. C’est le moment d’apprécier Pale Blue Eye, une reprise du Velvet Underground, magnifiquement interprété, tout en subtilités cette fois. En transition parfaite, The Last Goodbye aussi poignant que vous ne l’avez jamais entendu. Impossible de ne pas penser à un amour perdu, la larme à l’œil avec ce piano et la voix troublée légèrement au loin… Certains auront perdu l’intérêt pour le concert à ce moment (le public est difficile apparemment). Mais un puissant et décousu Sour Cherry ne les laissent pas oublier qu’ils sont fassent aux Kills (bon sang de bon soir !) pour finir en beauté avec Fuck The People tellement électrique que la guitare n’a presque plus rien de son blues originel. Enfin  Monkey 23, enchainé à merveille, ralenti le temps en cette fin de chaos, nous réconciliant avec le silence. Le groupe nous salue avec leurs percussionnistes. Cela finit par nous achever, après deux heures de show intense. Alison nous remercie pour cette nuit éprouvante, et l’on se résigne à les laisser disparaître, vidés de toute énergie après cette « fucking experience ».

Des deux côtés de la scène, tout à été donné, et c’est ainsi que les Kills finiront leur année 2011. Pour nous, public rendu à notre état sauvage (les centaines de gobelets de bière jonchant le sol sont là pour nous rappeler la guerre à laquelle on a participé, comme l’affiche du concert le prédisait), il faut sortir de la salle, errer dans ces rues désormais sombres et silencieuses de Brixton, après l’explosion qui a tout détruit sur son passage. 2012 ne viendra peut-être jamais (ah ben si, on fête leurs 10 ans!)… mais au moins, nos hormones et nos pulsions auront été libérées !

By Gwendoline B.

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