Review

The Suburbs, le nouvel album d’Arcade Fire

C’est peu dire qu’ils en ont fait du chemin, les Arcade Fire. De groupe farouchement indie à formation médiatisée, faisant la couverture de tout ce qui se fait de plus branché en matière de presse rock, en passant par les délires grandiloquents de leur (polémique) second album Neon Bible, ils ont finalement acquis un statut à part. Ils pourraient désormais être qualifié de groupe le plus ambitieux et le plus cérébral de ces 10 dernières années.

Joignant un don pour les harmonies époustouflant une « intelligence musicale » et une intégrité plutôt rare, refusant de vendre leur âme au diable, consommateur de « soupe » à la chaîne, ils bravent les attaques, traversent les différentes tendances musicales sans toutefois s’y laisser happer, sans se départir de leur virtuosité. Si sur leur second album, boudé par la critique car trop produit (il fut enregistré dans une église appartenant au groupe), les Arcade Fire usaient et abusaient de l’imagerie biblique, cette période est belle et bien révolue.

Après cet intermède qui leur avait valu un grand succès public et une tournée phénoménale – dont une date au Superbowl, tout de même -, le groupe semble revenir à ses racines. Chez lui, dans ces banlieues nord-américaines que l’on observe sur les 8 (!!!) différentes pochettes de leur nouvel opus. Ce thème du retour chez soi est d’ailleurs récurrent sur cet album, qui les verra sans doute acceptés comme l’un des plus grands groupes de notre génération.

Tout en restant fidèle à leur style, riche de cordes et d’accordéons, se nourrissant d’harmonies presque baroques, tout en revenant à un simplicité très rock’n’roll dans la structure de certaines chansons, ils livrent ici un véritable album-manifeste. Profond dans les thèmes évoqués, merveilleusement produit (les différentes pistes ont été enregistrées dans divers endroits chers au groupe), puisant dans différents domaines culturels comme la science-fiction, The Suburbs est sans conteste l’un des disques majeurs de cette année.

Présenté par le tandem Win ButlerRégine Chassagne (têtes pensantes et paroliers du groupe) comme « une lettre des banlieues », l’album orchestre en 16 titres une subtile description de ces « banlieues », trop grandes, trop vides, mais malgré tout aimées. Il nous évoque l’ennui, l’adolescence et ce mouvement perpétuel qui en résulte. Des thématiques que l’on qualifierait « d’universelles » si le terme n’était pas aussi galvaudé, en ces temps où le faux prime sur l’authenticité, et où la moindre starlette peut se prendre pour l’incarnation ultime du star-system. Mélancolique, même sur les plages les plus entraînantes et électriques, il nous emmène tel un boulevard périphérique acide le long de ces tendres banlieues, comme un retour à la maison où tout aurait changé, où l’on ne reconnaitrait plus rien.
Martial, presque electro sur les titres les plus entraînants, s’approchant d’un Springsteen (sur « City with no children »), faisant des détours du côté du baroque sur l’envoûtant « Rococo », épique sur les longues plages soniques de « Half light » (I et II), le son lui-même varie d’une piste à l’autre, d’envolées symphoniques en moment plus low-fi. D’un réquisitoire sur la place de plus en plus importante de la technologie dans nos vies, enrobé d’une réverb’ moite, en ballade nostalgique d’une « guerre urbaine » finie depuis longtemps.

Cotoyant le roman d’anticipation, cet album est selon Régine Chassagne « La bande-son d’un film qui ne se fera jamais », avis auquel nous ne pouvons qu’adhérer. Ces 16 pistes magiques et hypnotiques, peu accessibles à la première écoute, semblent formées de couches successives, révélées une à une au fur et à mesure des différentes lectures du machin. L’ombre de The Cure et de Depeche Mode plane même sur plusieurs titres, très New Wave.
Quoi qu’il en soit, au chapitre « génies du rock indé cérébral », les Arcade Fire se posent là. Cet album, chef-d’œuvre de mélancolie tout en cavalcades électriques et en finesse mélodique fera surement accéder ses auteurs au firmament des groupes « majeurs ». Il suffit de l’écouter, et de s’en imprégner, pour le savoir. A acheter pour son amoureux (ou son amoureuse), mais, finalement, à garder pour soi.

By Novgorod

2 réflexions sur “The Suburbs, le nouvel album d’Arcade Fire

  1. Bonne chronique mais, il faut précisé que le son est aussi très inspiré 80s’ parfois on dirait du Eros Ramazzotti, même dans ces textes qui traitent de la jeunesses, de l’adolescence etc.

    • En effet ! Et maintenant on pourrait updater l’article en parlant du clip très late eighties de la chanson The Suburbs (réalisé par Spike Jonze je crois)…

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