Edito de la semaine

L’Edito de la semaine

Au Peuple du Rock, nous avons des origines musicales anglaises, d’où le drapeau placardé contre ce mur. Je pense aujourd’hui à deux choses qui, sans avoir la même gravité, ne m’en ramène pas moins à mes jeunes années. Je pense tout d’abord à ces enfants fauchés par la cruauté et la connerie humaine. Des enfants qui assistaient à un concert, et si bien-entendu cela nous renvoie à un certain 13 novembre parisien, l’homme ici pousse encore plus loin l’absurdité de son geste en fauchant la prime innocence. Comme ça, pour choquer, pour inspirer la terreur alors que, malgré les drames ayant touché ces dernières années nos pays d’Europe et d’ailleurs, personne n’a cédé à la peur. Je me souviens alors de Manchester, de sa musique, de ses banlieues. A l’autre bout, un pan d’histoire du grand et du petit écran s’éteignait. Sinclair est parti retrouver Wilde, disparu en 2010. L’iconique Aston Martin DBS vient de se garer en face de la Dino GT, devant la porte du paradis. Il n’y a pas de comparaison à faire entre ces deux faits, ce sont juste les hasards du calendrier du cancer pour l’un, de l’absurdité humaine pour les autres.

Rock’n Roll Consciousness, c’est le dernier album -Ep?- en date pour Thurston Moore, ex Sonic Youth. Cinq titres qui commencent avec un solo de guitare inhabituel pour ce grand gaillard de 58 ans. Sur cette première piste, il faut attendre 7 minutes 46 pour voir poindre sa voix si caractéristique et le son qu’on lui connaît. Ce second album continue à tracer la route de Best Day, sorti en 2014, tout en réincorporant certains schémas sonores de sa vie passée au sein d’un groupe d’éternels teenagers. Pour autant ces sons ont perdus de leur bruitisme brut, ils sont plus travaillés, plus produits. Du coup, le disque semble moins urgent, plus posé, plus optimiste aussi. Les textes revêtent un habillage plus mystique, plus cosmique même parfois, traduisant un idéalisme que Moore n’a finalement jamais perdu en cours de route, et qui forment, avec la musique, une invitation certaine à la rêverie. Alors quelle est la conscience dont Thurston Moore nous parle ici ? Est-ce celle qui s’élève grâce à la musique, à ses textes ? Ou simplement celle qu’il a d’être un tout, historiquement et musicalement cohérent avec son passé et son avenir ? Peut-être un peu des deux finalement, mais ce sera à vous de vous faire votre idée tout au long de ces 43 minutes.

La tournée d’il y a quelques années semblait indiquer que Slowdive n’en avait pas fini avec le shoegaze, et après que certains membres aient pondu l’excellent et délicat Minor Victories l’an dernier à l’occasion de la formation du super groupe du même nom, Slowdive s’est remis à l’écriture et a repris le chemin des studio pour revenir cette année avec leur premier album depuis 1995. Si le shoegaze vous semble suranné aujourd’hui, Slowdive lui écrit, au travers de cet album, ses lettres de noblesse en nous le présentant plus accessible – s’il le fallait – tout en en gardant l’essence même. Le premier morceau est calme, apaisé, spectral. Dès la seconde piste, les arabesques dessinées par les guitares reviennent hanter le disque pour l’accompagner jusqu’à l’avant-dernier morceau. Slowdive clôture parfaitement son disque avec une piste minimaliste au possible au regard du reste de cette galette de très bonne facture.

Le mois dernier sortait Death Song, des très velvetiens Black Angels -il n’y a qu’à écouter Ronette, sorti sur l’Ep Phosgene Nightmare en 2011 pour s’en persuader-. Il est donc d’autant plus amusant de voir tous ces mots associés puisque The Black Angel’s Death Song est un morceau du Velvet Underground datant de 1967. 50 ans plus tard, très exactement, The Black Angels tentent le même exercice, à savoir sortir un album utilisant un haut volume d’amplification sous-tendue par du droning, maximisant ainsi les harmoniques de l’ensemble. Toutefois, Death Song n’est pas aussi musicalement chaotique que son ainé. Le son, ici, est dû aux progrès que les méthodes d’enregistrement ont faits depuis les années 60.  Ce cinquième album se rapproche plutôt des deux premiers opus du groupe psyché-rock texan, tout en étant bien plus dark et plus lourd dans ses ambiances. Et quand bien même je le trouve assez linéaire dans l’ensemble, c’est une réussite grâce à sa production sans faille – plus propre qu’à leur habitude – qui contribue grandement à porter son écoute à l’oreille éventuelle de nouveaux fans.

Je rends l’antenne pour cette semaine, vendredi, vous aurez droit à un report de Matmatah puisque nous avions un émissaire dans la salle lors de leur passage à Nantes le 22 mars dernier. En attendant, mettez-vous-en plein les feuilles, la musique ne sera jamais assez forte pour repousser la tyrannie, d’où qu’elle vienne.

Greg Pinaud-Plazanet

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