Grands Classiques

Je t’aime « Mellon Collie… »

Alors que certains artistes commencent directement leur carrière avec un chef-d’oeuvre (je pense notamment à Tricky avec son sublime « Maxinquaye » ), les Smashing Pumpkins ont dû attendre la sortie de leur troisième album pour confirmer leur statut de groupe mythique des années 90.

Ce n’était pourtant pas facile après un premier essai, « Gish » (1991), totalement éclipsé par le « Nevermind » de Nirvana (lui aussi, produit par Butch Vig), et un « Siamese Dream » (1993), qui, au contraire, fut considéré comme leur album le plus abouti. Certaines mauvaises langues disent même qu’ils ne pourront jamais le surpasser.

J’en vois déjà beaucoup, indignés devant leur écran: « Mais que dire de Pisces Iscariot alors? » Je m’explique: Il s’agit là d’un assemblage d’enregistrements réalisés pendant la production des disques précédents. Ce n’est pas un album à part entière…

James Iha, Billy Corgan, Jimmy Chamberlin & D'arcy Wretzky

Nous sommes en 1995. Kurt Cobain est mort depuis maintenant plus d’un an, et « Smells like Teen Spirit » résonne encore et toujours dans le crâne de millions de fans désemparés. Le morceau « Black Hole Sun » de Soundgarden, répresentation ultime du désespoir ambiant de cette époque, a remporté le « Grammy Award de la meilleure performance Hard-Rock ». Les Citrouilles ne collaborent plus avec Mr Vig désormais.

Personne ne s’attendait donc à la « bombe », qui va suivre.

C’est alors que « Mellon Collie and the Infinite Sadness », album en deux parties (Dawn to Dusk et Twilight to Starlight) débarque chez tous les disquaires. En sachant que la bande à Billy Corgan fut assistée pour l’occasion des producteurs Flood et Alan Moulder (à qui nous devons respectivement, et parmi tant d’autres collaborations, « Violator » de Depeche Mode, et une partie du travail sur « The Downward Spiral » de Nine Inch Nails, rien que ça…), il est inutile de préciser qu’elle était attendue au tournant.

Vingt-huit pistes, cinq singles. C’est ce qu’il a fallu au groupe pour tenir ses promesses et entrer dans la légende.

Un seul mot me vient à l’esprit: Inqualifiable. Rock Alternatif, Heavy Metal, Grunge, Pop, Musique électronique… Un immense éventail de styles magistralement exploités au fil de ces 121 minutes qui nous font voyager dans un univers à la fois onirique, sombre, agressif et psychédélique. Les critiques habitués à reprocher une saveur « uni-dimensionnelle » à leur musique ont certainement du se remettre en question.

Le succès est immédiat. Première place du Billboard 200 en moins d’une semaine. Le premier single, « Bullet with Butterfly Wings » est un nouvel espoir. La haine, la rage, la révolte. Tout revient enfin à la surface. La Génaration X peut enfin renaître et pogoter à souhait sur ce troisième appel à la Révolution bien après « Smells like Teen Spirit » (justement) et « Killing in the Name » de Rage Against the Machine. Les quatre autres morceaux « Zero », « 1979 », « Tonight, Tonight » et « Thirty-Three » exploitent chacun différents thèmes de l’album, et symbolisent parfaitement l’aspect schizophrène de l’oeuvre, sorti tout droit du cerveau instable de Corgan. Oeuvre qui se trouve quelque part entre la béatitude et la désillusion, entre l’adoration et la colère.

Alors que des pistes comme « Cupid De Locke » ou « Stumbleine » sont caractérisées par leur pureté, leur douceur, et leur romantisme, d’autres morceaux tels que « Bodies » et « Tales of a Scorched Earth » sont de véritables appels au secours, cris amers et acharnés, accentués par des guitares saturées et hargneuses. Certaines chansons servent de phases de transition entre ces deux extrêmes, de simples ballades chantées à la fois avec le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, à l’instar de « Here Is No Why », qui alterne entre bonheur et chagrin, car Corgan y traite la vie d’une Rock-Star, et du regret lié à sa mort (il s’agit sur ce morceau de Kurt Cobain. Et la boucle est bouclée…).

« Mellon Collie… » ne tarde pas à être adulé par les médias. Le Time le sélectionne comme « Meilleur disque de l’année » dans sa compilation « Best of 1995 » et le critique Christopher John Farley désigne les Smashing Pumpkins comme étant « Le groupe le plus ambitieux et le plus accompli qu’il soit ». Une réussite totale, donc, pour celui qui déclarait lors de nombreuses interviews datant de 1993 qu’il avait bien l’intention de sortir l’album qui serait le « Wall » de cette décennie.

La pochette de "Mellon Collie and the Infinite Sadness" (1995)

Pour parler à titre personnel, je dirais que cet album m’a sauvé. De la piste instrumentale éponyme à la berceuse « Farewell and Goodnight », rien n’ est à jeter, tant au niveau de la qualité que de ce que ces morceaux représentent à mes yeux. Depuis sa sortie, je l’écoute tous les jours, et j’y retrouve mes angoisses, mes joies, mes regrets, et les plus beaux épisodes de ma vie. Je ne sais pas si je devrais en parler à ma psy, mais, de toute évidence, ne sommes-nous pas tous un peu victimes d’un trouble de la personnalité multiple?

Il n’y a aucun doute, la « bombe » devait bel et bien exploser en ce jour du 24 Octobre 1995. Elle a anéanti tout désenchantement sur son passage et a fait taire, accessoirement, toutes sortes de sujets calomnieux. Et c’est d’ailleurs assez étrange quelque part, car les paroles de « Where Boys Fear to Tread » nous avaient prévenu: « Get on, get on, get on the bomb. Get back, get back where you belong… »

By Sandra Cillo

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