Edito de la semaine

L’Edito de la semaine

Nous voilà de retour. Non que nous soyons partis, non, nous nous sommes tout au plus éloignés un temps du clavier. Pour autant, nous n’avons pas arrêté d’aller voir et d’écouter des choses, à droite, à gauche. C’est ainsi que samedi soir, je suis allé dans un petit village au nord de Toulouse pour assister à un spectacle un peu particulier, presque improbable, ou tout au moins trop rare par les temps qui courent. Le concept est simple : entre rêve et réalité, faisant abstraction des codes et des genres, le cœur humain est tenté par sa noirceur, une certaine perversité, que l’on a tous en nous.

Personne n’y prête attention, mais des corps à moitié dénudés prennent place au milieu du public, très discrètement. Les lumières rougissent et une musique démarre sur de petites touches puis devient sarabande. C’est alors une véritable nuit de Walpurgis (avec une petite semaine d’avance) qui se déroule au sein même du public. Malheureusement le happening d’Obsession Behaviour est trop court et n’a donc pas le temps de faire basculer les esprits dans le concept de la soirée. Heureusement, nous savons tous ce que nous faisons rassemblés ici ce soir.

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Crédits: Céline Lamodi

Sur les murs, tout autour de nous, des photos trash pendues. Elles sont de Céline Lamodi, photographe et organisatrice de l’événement. La MORIA, puisque tel est le nom de cet évènement, a été crée dans le cadre de travaux dirigés du CSCV (Centre de formations aux métiers techniques du spectacle vivant). C’est un projet collaboratif mêlant des médias différents (Photo, Film, Performances, Concert, Défilé, Graffiti et Techniques du spectacle) qui sert donc, ce soir, de travaux dirigés de formation pour des techniciens lumières.

Deux courts métrages sont projetés durant les intermèdes. Il font en réalité partie d’un seul et même film, réalisé en même temps que les shoots photos et accompagnent l’exposition des clichés. A la réalisation, on retrouve NK – PROD, alias Nicolas Kauffmann, qui s’est tracé une ligne de conduite exigeante : aller toujours plus loin en terme de qualité d’image, de cadrage et de montage. Et le fruit de son travail, ce soir, le confirme.

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Crédits: Céline Lamodi

Côté concert,  Da Sexuality occupe la scène. Si le côté mélodique me plait, je ne suis en revanche pas toujours convaincu par la voix et les paroles en français, sombres, mais trop simples, trop lisses. Le groupe a une certaine énergie mais elle ne suffit pas à cristalliser le concept du projet. Je dois dire en revanche que le son est très bon et très défini, ce qui permet de ne pas l’avoir trop fort et permet au public de se parler sans se hurler dessus, et ça, c’est tout de même assez rare pour être souligné. Les responsables du lieu, plus tard, me confirment que le Crazy Art Boat est conçu dans cette optique simple : public – artistes – ingénieurs du son/lumières. C’est leur trilogie gagnante.  Le Crazy Art Boat accueille aussi des groupes, fait résidence, tant pour musiciens que pour ingénieurs du son, et propose également des formations. On voit que l’équipe est formée de passionnés.

Durant le concert, plusieurs performances d’artistes (Lady Flore, MIKARAMBAR, Chair de Poulpe) s’offrent aux yeux du public. L’oeil humain est attiré comme un aimant par ce spectacle trash, dénudé, pervers. C’est bien là l’idée centrale du concept de la soirée. Dans le hangar, une population rock aux accents gothiques, depuis les collants à motifs spécifiques et étudiés aux coupes rasées sur les côtés. L’ambiance est détendue, tout le monde se parle tout en regardant les happenings.

En fin de soirée, SNAKE effectue une performance graphique live autour du thème des soeurs. Capuché, dos au public, il trace ses traits sincères et juste, selon son inspiration, sur fond orange, rappelant le feu qui nous anime tous à l’intérieur. Seule une boule sanglée de cuir, logée dans la bouche du sujet, nous fait prendre de la distance par rapport à l’imagerie traditionnelle religieuse. Ici, on est dans le détournement des codes, le fantasme, sur fond de musique new wave au teintes shoegaze. Tout colle au moment. La toile est partie en fin de soirée pour 100€ au profit des sœurs de la perpétuelle indulgence.

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Crédits: Céline lamodi

L’association des soeurs de la perpétuelle indulgence (site web), qui ce soir récolte des fonds au travers des dons du public, s’occupe de sensibiliser les populations à risques (c’est à dire tout le monde en définitive), fait la tournée des boites à cul, des trottoirs arpentés par les prostituées, propose des séjours de ressourcement pour les malades du VIH, histoire de faire le plein de bonnes énergies. L’asso a été fondée à San Francisco en 1979 mais qui s’est étendue à bien d’autres endroits dans le monde pour prôner plus largement la tolérance.

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Crédits: Céline Lamodi

Une soirée entre Dark Entries (soirée gothiques) et burlesque, qui mériterait une seconde édition, un peu plus longue et musicalement plus dans l’esprit Sisters of Mercy, ou Paradise Lost, quand bien-même si nous ayons eu droit à un très respectable cover des Cure (The Forest). Je retiens toutefois l’ambition du projet, sa qualité globale ainsi que le lieu, véritable découverte de la soirée pour ma part. Côté chiffre, ce sont tout de même 160 personnes qui ont pu apprécier le spectacle, et 340 euros récoltés pour les soeurs, pas mal pour une première !

Greg Pinaud-Plazanet

 

 

 

 

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