Edito de la semaine

L’Edito du Lundi

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Aujourd’hui nous revenons à une version plus habituelle de l’Edito, parce qu’il y a quelques sorties qui me font envie. J’avoue que ces derniers temps, il n’y a pas grand chose qui m’accroche vraiment l’oreille sur la planète Rock Music, je parle de trucs qui font tilt, que j’ai envie de me repasser ou de chanter. N’allez pas croire que le marché de la musique est désert, bien-sûr que non, il y a beaucoup de sorties mais voilà… ça s’écoute mais ne se retient pas spécialement. Et comme l’on peut avoir un coup de coeur pour un artiste, pour un de ses albums, j’ai un coup de… Tiens, il n’existe pas de contraire à cette expression… et c’est bien dommage. Je vous explique, et après on passera à des choses plus positives…

J’ai toujours été un fan de The Verve et par extension, du travail de Richard Ashcroft. Je me rappelle la quasi perfection d’Alone with Everybody, de la quasi radiance de Human Conditions, entre autre… On approchait la perfection dans la matière. Je suis d’autant plus déçu par These People, album du retour, après un unique album sous le nom de RPA et une période de silence assez longue (six ans…). Une déception qui télescope celle que j’ai ressentie en écoutant le nouveau morceau des Stone Roses, autrefois fine fleur d’un rock mancunien aujourd’hui presque oublié. These People est un album fade, sans aucune nouveauté, presque un pastiche de ses meilleurs morceaux. Enfin, rien de nouveau… Si, si l’on compte les tentatives de rajouter par-ci, par-là quelques couches empruntées à la musique électronique… Et encore, c’est pour faire comme si. L’album reste entre deux eaux, n’arrive pas à décoller. Tout cela sonne très formaté, saupoudré de tentatives qui n’en sont pas vraiment, et si l’on s’intéresse de près aux textes… C’est saisissant : des métaphores éculées, usées sur les bancs du rock durant des années. Oh bien-sûr, tout n’est pas à jeter, non, mais même lorsqu’ Ashcroft se rapproche de ses meilleurs moments (They Don’t Own Me), cela ne sonne que comme une petite soeur, une suite (Lucky Man ?). D’ailleurs le retour de Will Malone aux arrangements y est certainement pour quelque chose… On s’en rend également compte sur des titres comme Picture of You ou encore Black Lines. Mais ne vous attendez pas à du grand Ashcroft. Moi qui me faisais une joie de son retour… Je suis déçu. Non, pire, presque triste de voir l’une des plus belles voix du rock aujourd’hui, sortir un album de si piètre qualité.

Une autre sortie aurait pu me détourner de ma déception. Cela aurait pu être le cas du dernier Eagulls : Ullages. Quitte à sonner années 90, autant y aller franchement. Après un premier album éponyme remarqué, il était important que le second soit au moins aussi bon, au risque que le groupe soit condamné à l’oubli. Et pour le coup, je suis assez surpris de la direction prise par le groupe. Alors que Eagulls, sorti en 2014, sonnait assez punk, voir post punk, Ullages nous emmène sur les rives de la New Wave qui, historiquement, a suivi. Ainsi nous avons un Euphoria qui fait immédiatement penser à quelques uns des premiers morceaux des Cure. Et ce sentiment restera jusqu’à la fin de l’écoute : guitares froides sur effets classiques de l’époque, batterie qui ressemble parfois à celle d’Echo & The Bunnymen et voix qui pourrait être celle du Great Bob parfois (Blume)… Ce n’est pas pour me déplaire, moi qui suis un grand fan de cette ère, mais tout de même… What The Fuck !? comme disent nos amis anglophones… Au fur et à mesure que le disque avance, les effets aidant, on s’embarque dans l’ambiant, cette pop qui passe en fond dans les meilleurs clubs underground du monde. Ah bon, il n’y en a plus ? L’underground est dépassé ? Peut-être oui. Il est vrai que certains auront du mal à garder leurs oreilles sur Ullages tellement il semble loin de ce que ce groupe de Leeds semblait pouvoir nous offrir de prime abord. Peut-être que le prochain album sera Britpop, et là, on aura bien compris le schéma. En attendant, l’on s’interroge, même si, je l’avoue c’est mon plaisir coupable, j’ai réécouté l’album plusieurs fois d’affilée parce que merde, c’était une putain de musique que la New Wave de l’époque !

A côté des deux albums dont je viens de vous parler, il y a, heureusement, des perles comme Skip a Sinking Stone de Mutual Benefit. Un disque qui ressemble à ce que peut sortir Villagers car il peut être difficile de reconnaitre la voix de Jordan Lee (Mutual Benefit) de celle de Conor J. O’Brien (Villagers). Cependant, là où Mutual Benefit se différencie, c’est dans l’orchestration. Tout le monde se souvient de leur premier album, Love’s Crushing Diamond et ses choeurs (That Light That’s Blinding, Strong Swimmer…), de ses mises en musiques délicates mais fournies (Advanced Falconry) où nombre de couches viennent se superposer en jouant des choses différentes qui pourtant tendent à raconter la même histoire. Si Skip a Sinking Stone n’a pas perdu ce style d’orchestration (Madrugada, Getting Gone par exemple), les choeurs ont presque disparu pour laisser la place à la voix nue de Jordan Lee. Le résultat est un album absolument magnifique, fragile à l’image d’un Awayland (Villagers) voluptueux, léger mais qui a une identité propre forte. Niveau textes, point de ralliement, tout est très personnel et si l’on peut ne pas se sentir inclu, on ne peut qu’écouter le disque comme si l’on lisait un livre parlant de quelqu’un d’autre, juste parce que c’est beau, bien écrit et ici, excessivement bien mis en musique au travers d’un folk très recherché (comprendre ici non conventionnel) et mélodieux.

Enfin je finirai par le très rock Teens of Denial de Car Seat Headrest. Dynamique. C’est le mot qui me vient à l’écoute de ce disque. Je ne connaissais pas le groupe (ben oui, ça arrive…) et je viens donc de le découvrir par hasard. Et c’est une bonne découverte pour moi. J’étais royalement passé à côté de Teens of Style, l’an dernier. J’ai immédiatement accroché à la voix (Will Toledo), à la façon de chanter, à l’urgence de la batterie, aux bizarreries. Des textes immersifs pour qui est teenager, voir un peu plus, quoique même à moi, certaines choses me parlent… comme cette lassitude qui peut vous prendre en vous sentant d’un coup extérieur à un monde qui pourtant vous incluait pleinement. Le regarder et se sentir si étranger qu’on en devient critique et que l’on gagne en objectivité face à l’incertitude du futur. A l’écoute du disque, on repère certaines petites choses qui semblent jetées là, au milieu de certains morceaux, on se pose la question puis en écoutant bien, on se dit que oui, ça fonctionne, que c’est même assez instinctif au final. Parfois on croise une voix Malkmusienne (Destroyed by Hippie Powers), parfois un couplet issu de White Flag de Dido (mais non, n’ayez pas peur…). De même Toledo s’amuse à ne pas faire ce que la nomenclature rock attend de lui. En effet, cela peut être parfois surprenant mais certains refrains ne viennent pas forcément quand on les attend, abandonnant ainsi les schémas traditionnels pour une meilleure mise en valeur des textes.

C’est terminé pour cette semaine, un Edito mi ange, mi-démon pourrait-on dire. Je vous conseille fortement de balancer vos oreilles du côté de Car Seat Headrest en tout cas. N’hésitez pas, et si vous n’aimez pas, vous avez exceptionnellement le droit de m’insulter dans les commentaires. Je sais que vous ne le ferez pas, mais ça pourrait être marrant d’avoir vos avis. Passez une bonne semaine et profitez bien car je ne sais pas ce que vendredi nous amènera…

Greg Pinaud-Plazanet

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