Edito de la semaine

L’Edito du Lundi

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Le mariage gay vient d’être légalisé de l’autre côté de l’Atlantique, dans le même temps, ou presque, des attentats dans le nord de l’Afrique et en France ont été perpétrés. De si petites avancées pour tant d’idéologie rétrograde. Les terroristes sont élevés au rang de stars, ils ont droit à plus des « 15 minutes of fame » warholiennes. Maintenant on suit les prises d’otages et les attentats quasiment en direct, avec le compte des blessés et des morts augmentant dans un coin de l’écran après chaque annonce d’un des envoyés. L’info certes, mais l’indécence aussi de l’information, cette pornographie jetée sur les ondes. On fera une émission spéciale pour vendre au public tous les détails de la radicalisation du coupeur de tête de l’Isère. Cela fera de l’audimat. Et on resservira la soupe pour tous les autres qui le suivront. Marre. Simplement marre. Même plus révolté… L’usure gagne. Besoin d’évasion…

Transition de merde je vous le concède, avec la musique, cet espace d’évasion le plus pur qui soit. Le festival de Garorock vient de se terminer et nous devrions avoir dès la fin de cette semaine, on l’espère, le report. Puis suivra le report du Hellfest. Oui cette année, on voit du live ! Et d’ailleurs pour commencer la revue des sorties intéressantes, je commencerai par le Sticky Fingers Live des Stones. Il est tout frais, au contraire du groupe, et propose dix pistes live impeccables enregistrées cette année au Fonda Theater à Hollywood. Alors ok, les Stones blah blah… N’empêche que ça reste un des plus grands groupes de rock à ce jour et que c’est l’album avec un grand A celui-ci… En live, à fond les manettes à la maison, en ayant renfilé votre vieux jean slim et votre Perfecto… Y aura rien de mieux. Allez, je suis sûr qu’il ne vous faut pas grand chose pour redevenir le bad ass que vous étiez (pardon pour ceux qui le sont toujours, c’est encore mieux !).

Continuons à parler des vieux pour le moment, Neil Young, Mickael vous en avait déjà touché un mot, vient de sortir The Monsanto Years. Un disque plus qu’engagé : militant. Et lorsque ce militantisme est tourné vers la nature, alors il me semble important de le relayer. L’agriculture à outrance, supportée en cela par l’agro-business, appauvrit nos sols. Nous en tirons toujours plus et pourtant seulement une petite partie atteint les étales pour défaut de calibrage. On surproduit et on jette. On sacrifie nos sols sur l’autel de la logique commerciale. On y est sensible ou pas. A vous de voir.

Je terminerai le tour des vieux pots avec Iggy Pop qui vient de sortir un live regroupant des morceaux jamais édités jusqu’ici (comprendre dans ces versions-là…), enregistrés entre 81 et 85, sur scène donc. On notera une certaine ressemblance avec le Bowie de cette même période sur ce live en particulier, comme pour nous rappeler qu’ils ont été inséparables durant des années… Rien de plus à dire, la galette est pas mal, mais pas indispensable.

Allez, place aux nouveaux, plus jeunes, plus « in »… Avec Citizen et son Everybody Is Going To Heaven, rien à voir avec un quelconque souhait de remake du très culte Nous Irons Tous Au Paradis (Ah Lanoux, Rochefort, Bedos, Brasseur…) ou le très culte aussi On Ira Tous Au Paradis de Polnareff (festival du kitch assuré sur cette sublime vidéo: https://www.youtube.com). Non, ici on parle d’un rock un peu plus pêchu. Pour l’occasion le groupe change de ton : Plus lourd, plus sombre, moins passe partout contrairement à ce que pourrait laisser entendre le premier titre Cement. Des mélodies légèrement dissonantes en arrière plan, de bons gros riffs en surface et vous aveZ là un bon mix qui se tient. Petite accalmie en milieu d’album avec un assez beau morceau (Heaviside), insérée ici pour mieux nous replonger dans le climat poisseux général du disque. Les explosions de son sont contenues, on sent l’agitation sous la surface. Un peu comme lorsque l’on regarde un gars interné en psychiatrie au travers du hublot de la porte… On le relâcherait presque parfois…

Pour rester dans le thème du jour, voici No Joy. More Faithful est leur troisième album et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’est que la confirmation que des groupes comme Lush (ah le label 4AD !) ou Curve ont eu des descendants. Il est donc ici question d’un Shoegaze une peu différent de celui pratiqué par My Bloody Valentine, Ride ou par  Starflyer 59 (oui parce qu’on parle jamais de Starflyer 59 alors que Silver et Gold sont des albums qui font partie des pierres angulaires du Shoegaze…). Beaucoup de fuzz et de reverb donc, une voix féminine, des motifs répétitifs donnant l’impression de ne jamais être perdus, un ensemble un poil planant tout en étant très lourd au niveau densité sonore. Le disque tend parfois vers les ombres, parfois vers la lumière et s’il est à noter quelque chose de remarquable chez eux c’est que même s’ils évoluent dans un style un peu vieux (mais qui revient en force). Ils évoluent et changent de géométrie au fil des albums, évitant ainsi la lassitude d’entendre toujours les mêmes schémas. Pour ma part,  j’ai signé dès que j’ai posé mes oreilles sur leur dernier, mais ce qui comptera vraiment, ce sera votre avis en définitive…

Je finirai par mon coup de cœur : mewithoutYou, tout attaché et sans respirer. Le groupe pourrait, sur ce dernier album, assez facilement être confondu avec Interpol. Ils n’ont pourtant absolument rien à voir et la voix est assurée ici par Aaron Weiss, mais on ne peut s’empêcher de penser à Paul Banks. Et les comparaison ne s’arrêtent pas là à mon sens, avec un petit quelque chose en plus. J’aime beaucoup cet album du quintet de Philadelphie. Disque d’actualité si l’on peut dire puisque Weiss tisse une cosmologie toute tournée vers Dieu, en se servant d’éléments traditionnels de toutes les religions existantes ou au moins des trois principales.  le cheval pâle, dans le christianisme représente la Mort sur une monture blanche. Une allégorie de la Bible pour retenir la leçon de fond, sans nul doute, mais l’imagerie populaire est forte. Les textes sont vraiment bien écrits, c’est fin, les mots tombent en place de façon parfaite pour donner une image plus grande, plus profonde de chacun des morceaux présents sur ce disque. Je recommande chaudement ce disque…

Allez, je vous laisse ici, déculottés sur le bord de la route, perdus mais les yeux pleins d’étoiles… Enfin je l’espère, les Edito étant un peu des invitations aux voyages intérieurs, on espère toujours que l’on pourra emmener au moins quelques lecteurs vers nos paradis artificiels. Je finirai juste sur ces mots du poète contemporain Frederick Seidel:

« I parade in the air                                                                                                                          And wait for the New Year                                                                                                                 That then will, then will disappear.                                                                                                 I am trying not to care.                                                                                                                       I’m not able not to.                                                                                                                                A short erect tail                                                                                                                                     Winks across the winter field.                                                                                                           All will be revealed.                                                                                                                             I am in a winter field.« 

Greg Pinaud-Plazanet

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