Review

« Amok » de Atoms for Peace : sublime apocalypse

Nous l’attendions avec impatience. Après trois années de travail assez difficiles, Atoms for Peace a enfin sorti son premier album. Nous avons donc, en bons fans de Thom Yorke et ayant suivi son penchant grandissant pour l’electro-rock (multiples collaborations avec Modeselektor entre autres, mais aussi très sensible sur The King Of Limbs, le dernier opus de Radiohead), posé les oreilles dessus.

Pour rappel, le groupe s’est formé en 2009 autour de Thom Yorke, qui avait convié les musiciens sur scène avec lui pour jouer The Eraser, son album solo. On y compte Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers dont la réputation n’est plus à faire, Nigel Godrich, ami de longue date de Yorke et producteur de Radiohead depuis des années, mais aussi Joey Waronker, batteur dans plusieurs groupes tels que REM, les Smashing Pumpkins et j’en passe, ainsi que le percussionniste Mauro Refosco. Seulement voilà, l’entente entre les artistes était telle que le groupe ne voulait pas en rester là. A la fin de la tournée, le groupe était baptisé. Ce sera Atoms For Peace, référence au fameux discours d’Eisenhower, et expression déjà empruntée pour l’un des titres de The Eraser.

Atoms-For-Peace

Atoms for Peace

Formation en 2009 et album en 2013? Autant dire que le disque a su se faire désirer. Normal, me direz vous, entre les tournées de Radiohead (voir live report), des Red Hot et d’Ultraista (voir live report), les artistes n’ont eu que peu de temps pour se voir. Mais les fans du travail de Yorke trépignaient d’impatience à l’idée d’une telle collaboration. Qu’allait bien pouvoir donner la réunion de musiciens d’un si haut niveau, fans d’afrobeat et de musique expérimentale? La réponse s’est matérialisée il y a quelques jours sous le nom d’Amok.

Amok. Au sens ethnologique du terme, il s’agit de violence meurtrière incontrôlée. Et c’est un nom qui lui va bien : il est spontané et frappant. Le groupe est né sur scène, et la connexion s’est établie. Les musiciens se sont donc dit qu’ils pourraient faire bien plus ensemble. Pari réussi. L’électro a été poussée plus loin, et est désormais soutenue par des structures très afrobeat, surtout amenées par Flea, comme sur « Before Your Very Eyes » ou « Stuck Together Pieces ». La voix de Thom Yorke quand a-elle reste ce qu’elle est, sensible et mélancolique, aspect renforcé par des claviers parfois sombres, notamment avec « Unless » ou des chœurs presque dérangeants (« Judge, Jury And Executioner »). Le disque a beau être minimaliste, les morceaux se distinguent par leur complexité, notamment « Dropped », se construisant peu à peu autour du rythme de départ, et « Default ». Deux morceaux à l’image du reste de l’album, puisque même au bout de la centième écoute, on peut y découvrir quelque chose de nouveau, un détail sonore qui jusque là nous avait échappé.

L’ambiance d’Amok est à la fois sombre et agréable. Paradoxal. Les textes sont ténébreux, la musique attise notre curiosité, mais les morceaux ne sont jamais lourds à écouter. On se laisse porter par le côté très aérien de ce cocktail improbable, et l’on finit par ne plus y réfléchir pour simplement apprécier la musique. Sensible, puissant. Une « larme nucléaire », comme c’était si joliment dit dans le dernier numéro de Plugged (n°9 – février/mars 2013). Yorke voulait un album dans lequel on se laisse prendre, sur lequel on se laisse aller à danser, et c’est ce que l’on a envie de faire.

Les recherches effectuées pour Amok ne se limitent toutefois pas à la musique. Mr. Yorke a pioché dans son carnet d’adresses bien rempli pour lui donner son identité visuelle. Stanley Donwood, ayant déjà collaboré avec Radiohead et pour The Eraser, a notamment été chargé de l’artwork.

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La pochette d’Amok est assez sombre, apocalyptique…

« Mais il y a un élément humoristique, également. On en a parlé avec Stanley Donwood, on a voulu reprendre les choses là où on les avait laissées avec The Eraser. C’est une bonne manière de créer un lien entre les deux albums, sans avoir à mettre mon nom sur la pochette. Tout ceci vient, à l’origine, des premières formes de “journaux”, au XVIème siècle, qui étaient des gravures. Des objets incroyables, sur lesquels étaient montrés des événements majeurs de l’époque, des catastrophes climatiques, des pendaisons, des batailles, et ce d’une manière extrêmement crue. Cette forme de représentation nous a paru idéale pour dépeindre une sorte de cauchemar, mais d’une manière si outrageuse qu’elle en devient presque un cartoon. Une façon également de dire des choses sans donner l’impression de prêcher. » Thom Yorke pour Les Inrocks, interview par Thomas Burgel, 7 fev 2013.

Des motifs s’animent également sur scène, à la manière du clip de « Default ». Et parlons-en, des vidéos. Thom Yorke a une fois de plus prouvé ses talents de danseur dans le très beau clip d’« Ingenue ». On y voit le chanteur danser en compagnie de Fukiko Tasake, danseuse contemporaine new-yorkaise d’origine japonaise. Le clip a d’ailleurs été chorégraphié par Wayne McGregor, qui s’était déjà occupé du désormais célèbre « Lotus Flower » de Radiohead.

Nous avons beaucoup aimé cet album, vous l’aurez compris, mais notre avis est certainement subjectif, autant être honnêtes avec vous. Nous aimions déjà Radiohead, même si les médias les accusent de plus en plus de faire de la musique aseptisée et d’être renfermés sur eux-mêmes. Ce qui est loin d’être notre avis. Disons plutôt que le groupe a suivi une certaine évolution, incorporant parfaitement des changements sûrement liés à notre époque, en sachant rester créatifs, curieux d’expérimenter et osant sortir des sentiers battus. Le travail de Thom Yorke avait déjà suivi cette évolution sur The Eraser, et reste dans la même lignée sur Amok. On y perçoit toujours son emprunte, surtout lorsqu’on l’écoute à la suite de The Eraser. Atoms For Peace joue d’ailleurs toujours les morceaux de ce disque sur scène, comme on a pu le constater dans les récents showcases européens.

L’album n’est pas très long, neuf titres pour une durée totale de 45 minutes, ce qui après trois ans d’attente a pu frustrer certains fans. Il s’agit là simplement de rester sur un format « à l’ancienne » : la plupart des vieux albums de hard rock étaient de cette durée. Mais rassurez-vous les morceaux sont souvent rallongés sur scène. Un album court, mais que l’on apprécie d’un bout à l’autre, raison pour laquelle on en redemande.

Retrouvez Atoms For Peace en concert le 6 juillet au Zénith de Paris.

By Kelly Le Guen & Greg Pinaud-Plazanet

Une réflexion sur “« Amok » de Atoms for Peace : sublime apocalypse

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