Grands Classiques

« Charles, je veux que tu ailles voir James Brown. »

Les souvenirs de beaucoup attesteront que les concerts de musiques peuvent être des évènements vraiment merveilleux. Un bon moment entre amis pour certains tandis que d’autres prendront juste le temps, dans un moment intime, d’apprécier leurs artistes jouer en live. Toutefois, n’oublions non plus les éternels rêveurs, ceux qui se projettent dans quelques temps de jouer à leur tour sur scène pour enflammer la foule.

Charles Bradley a cru aussi en ses chances de percer lui aussi dans la musique seulement, comme tout un chacun reconnaîtra, la vie est intransigeante et le titre de son premier album studio nous le rappelle bien, le temps n’est pas aux rêveries à l’heure actuelle. Néanmoins, elle peut parfois réserver quelques bonnes surprises comme en 2011 justement où ce cher Charles foule le vestibule du studio Deptone Records pour enfin enregistrer « No Time For Dreaming », son premier nourrisson, longtemps attendu, à l’âge tout de même de… 62 ans. Un disque auquel il aura mis toute son âme, débordant de souvenirs, parfois douloureux, parfois enivrants. Une jolie narration qui tient sa place parmi les destins les plus atypiques. Mais revenons quelques années plus tôt.

charles bradley

1962. La Soul Music est en pleine ébullition et voit naître à foison de futurs parrains du mouvement. Stevie Wonder est encore un jeune adolescent qui va gentiment à la messe chanter des louanges au Seigneur tout puissant. Et puis il y a Charles Bradley, tout juste 14 printemps, venu assister sous la contrainte de sa sœur à un concert du Godfather of Soul, James Brown, à l’Appolo Theather de Harlem. Ce soir-là, il ne venait certainement pas voir l’inventeur du show sur scène avec un grand S, le « Mister Dynamite » qui a émerveillé de par ses pas de danse incroyables. Le mec, qui, lors des concerts se prenait à léviter sur place grâce à la seule force de qui vous voulez. Et pourtant…

Hors norme, notre JB, frais et virevoltant, aura fait au petit Charles ce soir-là comme il aura fait avec Jake Blues dans le film Blues Brothers : il lui aura montré le chemin. Charles le sait, il deviendra son successeur. Malheureusement et ce malgré des séances d’entrainement accrues dans la chambre pour faire comme JB, le jeune garçon va vite être rattrapé par son quotidien où trafics en tout genre, gangs et histoires sombres sont monnaies courantes. Pas vraiment dans de beaux draps, il choisira l’autre voie, celle de la délinquance dans son petit quartier de Brooklyn.

Le Job Corps, un programme de réinsertion pour les « égarés » le tirera peu à peu d’affaire où il apprendra le métier de cuisinier. Seulement, Charles Bradley ne renoncera jamais à la Musique. Ses débuts de chanteur avec son premier groupe au Job Corps se feront remarqués auprès de la riche clientèle et notamment auprès des dames qui voient d’un autre œil notre enjôleur d’un soir. Plus tard, il décide, après avoir trimé puis s’être fait virer, d’aller un temps en Alaska avant de revenir couler une douce retraite dans son quartier d’origine, à Brooklyn.

Coursier le jour, Black Velvet la nuit, son nom de scène, Charles Bradley est à un point de non-retour. Les chances pour un homme de 51 ans de sortir de l’ombre s’amenuisent à mesure que le temps passe mais lui s’en moque. Il n’attend qu’une chose, prendre le plus possible son pied à s’approprier le fantôme de James Brown le temps de quelques chansons.

Un beau soir, Gabriel Roth, fondateur de Deptone Records, label spécialisé dans la Soul vintage, se rend au club, une soirée bénite pour Black Velvet. Évidemment, celui-ci n’attendra pas la fin du set pour venir le prendre sous son aile et le faire enregistrer. Une très belle retraite qui lui est offerte.

« Take It As It Come » est le premier titre palpable du chanteur à sortir du studio, suivi des deux autres morceaux « Now That I’m Gone » et « This Love Ain’t Big Enough For The Two Of Us » (eh oui, faut faire un choix l’ami…). Il fera dans le même temps la rencontre de Thomas Brenneck, compositeur et guitariste du groupe Dap-Kings qui accompagne l’énergique Sharon Jones. Le hasard voudra que Jones et Bradley soient tous deux des imitateurs hors-pair de James Brown.

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Pochette de l’album « No Time For Dreaming » (2011)

À cet instant, Charles Bradley est tout proche de ses 60 ans et enregistre avec son nouveau groupe The Menahan Street Band le fameux « No Time for Dreaming ». Une histoire qui en dit long sur son parcours, qu’il habille grâce à sa voix tiraillée par l’âge sur la verve des musiciens du groupe, à la fois touchés, admiratifs et honorés de jouer à ses côtés. L’expérience lui permettra de ne pas rater le coche. Car sans être techniquement impeccable, « No Time for Dreaming » dégouline d’authenticité, de bravoure, de passion et d’humilité. Simple et efficace, on retrouve ce grain, cette patte rétro qui s’est un peu perdu.

Bon, même si la pochette du disque ne paie pas de mine, on distingue un Charles Bradley comme apaisé, même si le passé le plongera plus d’une fois dans la détresse : la mort de son frère par son propre cousin dans l’appartement familial à travers l’émouvant « Heartaches and Pain » ou le poignant « Why it So Hard ». Néanmoins, Bradley sait être reconnaissant du cadeau que la vie lui a offert, certes un peu tard enfin il est bien écrit de 7 à 77 ans sur la notice et il n’y a pas d’âge pour commencer à vivre. Ce n’est pas à Charles Bradley à qui l’on dira le contraire.

Charles Bradley sortira le 2 Avril prochain un nouvel album intitulé Victim Of Love.

http://thecharlesbradley.com/

By Marcus Bielak

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