Review

The Jesus & Mary Chain, ou l’épopée du Rock-Baston

Milieu des années 80, je trainais dans les caves avec les potes à écouter le dernier LP 33trs de groupes anglais pour la majorité, des Lloyd Cole & the Commotions, Smiths, Stone Roses, This Mortal Coil etc. La place forte se trouvait alors du côté de Manchester et c’était propret. D’un autre côté j’écoutais des trucs comme les Buzzcocks, groupe assez important de la scène mancunienne, mais un peu moins propre puisque plus rangé du côté punk, ou bien les New York Dolls, les anciens Bowie (Diamond Dogs en tête).

De son côté l’Ecosse n’était pas en reste et c’est de là qu’un jour j’ai reçu  ma claque d’un groupe que j’ai suivi jusqu’à sa fin en 1999.

Oui, bien avant que les frères Gallagher ne paraissent inventer le Rock-Baston, deux autres frères s’y adonnaient à cœur joie entre deux chansons.

C’est en 1984 que Jim et William Reid décident de monter un groupe de rock. Ils engagent un premier batteur qui ne reste pas longtemps, puis un second en la personne de Bobby Gillespie (qui fondera l’excellent mais non moins éclectique Primal Scream par la suite), et enfin un bassiste. Petite formation basique donc mais qui commence à tourner très vite et surtout très bien en live.

Jim & William Reid

Ce groupe est vite classé dans la rubrique noisy, notamment à cause de leur premier LP « PsychoCandy » (1985) où on a l’impression qu’un mur d’aspirateurs a été collé au fond du studio d’enregistrement. Néanmoins les mélodies sont accrocheuses et la voix intéressante, écoutez donc « Just Like Honey » ou encore « Never Understand » si vous en doutez. En live c’est pire. Ils sont atypiques, murs de bruit, dos au public la plupart du temps sans compter que parfois leur concert ne dure pas plus de 15 minutes lors des festivals. Ils pètent d’ailleurs leur matos quasiment à chaque apparition et déclenchent des émeutes dans le public à force de se déchaîner violemment sur scène.

Pour le moins intriguant donc, et heureusement car c’est ce qui va les lancer.

Avec les frères Reid, c’est le Drugs & Rock’n Roll à tous les étages, ce qui leur vaudra d’ailleurs plusieurs arrestations pour possession et quelques interdictions de concert dans certaines villes anglaises. Ils ont l’esprit résolument punk et ne s’en cachent pas : « Jesus Suck », un de leur morceau présent sur un single ne sera pas pressé tant que le titre ne sera pas changé. Le groupe accepte quasi par obligation car peu avant ils s’étaient déjà fait jeté d’un label, ils n’avaient donc que peu de choix à ce stade avancé de l’album. Le morceau s’intitulera finalement « Just Out of Reach ». C’est moins fun mais sur scène le morceau sera joué en tant que Jesus Suck, un peu genre « j’ai fais c’que tu m’as d’mandé mais j’t’emmerde ».

Personnellement je les découvre en 1987 grâce à un album très différent : « Darklands ».

Entre temps Gillespie s’est tiré pour Primal Screams (je vous conseille d’ailleurs l’excellente réédition de leur album « Screamadelica ») et le batteur remplaçant ne reste pas longtemps. Les deux frères remplacent donc la batterie par une boite à rythme et enregistre un album plus intimiste. Ce LP regroupe quelques uns des meilleurs morceaux du groupe à mon sens à savoir « Darklands », « April Skies » ou encore « Happy When It Rains », que j’adore.

Jim Reid sur scène

Ils font alors le pari un peu barge pour l’époque de partir sur les routes avec un pré-enregistrement de la partie percus, mais au bout de quelques concerts, devant les critiques du public principalement, ils réembauchent un batteur. D’ailleurs batteurs et bassistes se sont tellement succédés que le groupe n’est en réalité formé que des seuls frères Reid au tempérament assez chaud pour se balancer des bugnes en plein concert ou lors d’interviews.

Cette image semble leur peser un peu et en 89 l’album « Automatic » perd le côté rock sulfureux qu’avait le groupe jusqu’alors. C’est pour ce LP que je les ai vu pour la première fois au Jimmy ou au Théatre Barbey je ne sais plus, à Bordeaux pour 70 frcs. Petite scène, j’avais alors 18 ans et… j’me suis pris une claque comme un grand. Bains de fumée, un set d’1h15 mais intense, plus noisy que l’album qui venait de sortir et même s’il n’y avait pas d’accrochage avec le public, il y avait de l’électricité dans l’air entre les deux frères, ça se sentait.

Cette ambiance se ressentira fortement sur l’album qui suivi « Honey’s Dead » (1992) et la compil « Sound of Speed » (1993) que je lui préfère (Où on retrouve des morceaux de « Honey’s Dead »). Cette compil regroupe des titres comme « Snakedriver », « Reverence », « Tenage Lust » en version acoustique ou bien « GuitarMan » (une des covers présente sur la galette) et « Sidewalking » qui sont des bijoux. Leur verve punk revenait pour mon plus grand bonheur. J’aimais bien les groupes un peu rebelles, un peu borderline et atypiques, c’était mon côté trash rien qu’à moi.

En 1994, alors que je partais en Irlande pour bosser durant presque 1 an pour éviter le redoublement de ma première année d’IUT (oui je sais vous vous en foutez mais c’est pour animer le contexte), je découvre qu’ils sortent « Stoned & Dethroned », un LP clairement axé ballades mais qui sonne vraiment bien, y figure notamment un excellent duo « Sometimes Always » avec Hope Sandoval (Mazzy Star), non que la chanson soit un must mais écoutez-là et je vous parie que vous l’aurez dans la tête durant un moment… D’ailleurs sur « God help Me » on peut clairement entendre le leader des Pogues, Shane MacGowan.

Sortent ensuite leurs deux derniers albums, la compilation de B-sides « Hate Rock ’n’ Roll » (1995) et le studio, « Munki » (1998) que j’aime bien mais qui sont à mon avis loin de l’âge d’or du groupe. Le problème est que les deux frères sont des flémards endurcis. Ils ont la créativité mais ne se foulent pas, l’esprit n’y est plus et la mésentente de Jim et William n’a rien arrangé. Il faut savoir que ces deux-là ne se parlaient même plus lors de l’enregistrement de « Munki », ils n’allaient même pas aux prises de son ensemble tellement ils se faisaient la gueule.

The Reid Brothers

Après une dispute en plein concert entre les deux frères, le groupe se sépare et ne se remettra jamais vraiment ensemble. C’était la fin d’une époque, les années 2000 arrivaient et d’autres avaient pris la relève.

« Psychocandy », « Darklands » et « Sound of Speed » restent pour moi des disques de chevet, non pas que je les écoute pour m’endormir mais j’aime les réécouter régulièrement et je me rends compte qu’en perdant ce groupe, on a perdu un son.

By Greg Pinaud-Plazanet

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